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Le syndrome Raoult : anatomie d’un malaise français
©GERARD JULIEN / AFP

Polarisation du débat

Le syndrome Raoult : anatomie d’un malaise français

L'émergence de la figure du professeur Didier Raoult traduit-elle un échec de la promesse du macronisme ? La polarisation du débat entre les personnes favorables et celles qui s'opposent au professeur Raoult sur le plan de la croyance plutôt que sur le plan de la vérité scientifique est-elle symptomatique de l'esprit politique français ?

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est essayiste et auteur de nombreux ouvrages historiques, dont Histoire des présidents de la République Perrin 2013, et  André Tardieu, l'Incompris, Perrin 2019. 

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Yves Michaud

Yves Michaud

Yves Michaud est philosophe. Reconnu pour ses travaux sur la philosophie politique (il est spécialiste de Hume et de Locke) et sur l’art (il a signé de nombreux ouvrages d’esthétique et a dirigé l’École des beaux-arts), il donne des conférences dans le monde entier… quand il n’est pas à Ibiza. Depuis trente ans, il passe en effet plusieurs mois par an sur cette île où il a écrit la totalité de ses livres. Il est l'auteur de La violence, PUF, coll. Que sais-je. La 8ème édition mise à jour vient tout juste de sortir.

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Atlantico.fr : En quoi l'émergence de la figure du professeur Raoult traduit un échec de la promesse du macronisme ?

Maxime Tandonnet : Oui, bien sûr, on peut parler d’un échec du macronisme à réconcilier la France, mais ce serait très superficiel de s’en tenir là. Lors de son discours d’investiture en mai 2017, le président Macron annonçait : « La première [exigence] sera de rendre aux Français cette confiance en eux, depuis trop longtemps affaiblie. Les Françaises et les Français qui se sentent oubliés par ce vaste mouvement du monde devront se voir mieux protégés. » Or, le phénomène Didier Raoult soudain surgi en 2020 à l’occasion de la crise du covid19 incarne une France déchirée au plus profond de sa chair comme elle ne l’a jamais été, entre les « élites » (ou supposées telles), parisianistes, intellectuelles, politiques, médiatiques, post frontières, qui n’ont de cesse que de vomir leur mépris envers le professeur Raoult et une France profonde qui s’identifie largement dans le provincial, paria de la science et de la médecine, à l’allure déjantée, non conformiste, vomi par les comités et revues scientifiques officiels. Mais cette rupture qui s’était déjà exacerbée avec la crise des Gilets Jaunes, n’est pas de la seule responsabilité de la présidence Macron. Elle est bien plus ancienne. Déjà Jacques Chirac fut élu en 1995 pour combattre la « fracture sociale » entre les élites et le peuple. Depuis, les choses n’ont jamais fait que s’aggraver au point d’atteindre aujourd’hui leur paroxysme.  

Yves Michaud : Macron aurait fait des promesses concernant le renouvellement des élites ou la fin de l'entre-soi de l'oligarchie dominante ? Laissez-moi rire! En 2017, il a, comme toujours depuis, beaucoup parlé dans tous les sens mais c'était vide, vide et archi-vide. 

Du coup, deux choses ont tout de suite été évidentes pour moi dans cette crise du Corona.

D'abord l'impréparation patente du pouvoir exécutif. 

Macron l'omniscient était bien trop occupé à sembler faire ses réformes (« en même temps ») pour se soucier rapidement d'une crise qui ne tombait pourtant pas du ciel. Entre parenthèses, ce fut pareil en Espagne, où la question vitale de janvier, février et mars, avant que les cimetières soient embouteillés, c'était de savoir si Sanchez le menchevik se ferait ou non bouffer par Iglesias le bolchevik.

Seconde chose : on est resté dans l'entre-soi non pas des « élites » - si l'entourage de Macron, ce sont des élites, alors je suis le pape – mais de l'oligarchie de pouvoir. Ayant organisé l'Université de tous les savoirs en 2000, à laquelle tous les grands savants de l'époque ont participé, j'ai tout de suite été effaré de voir l'équipe de « bras-cassés » que Macron a choisi pour son « conseil scientifique » et le conseiller. Ce sont des notables de la science administrée, pas des scientifiques aux « credentials » reconnus (ah le Salomon! Ah le Delfraissy! Ah l'anthropologue Laëtitia Atlani-Duault !). 

Et donc dès le départ tout était faussé, y compris les jugements sur le professeur Raoult. 

N'oublions pas surtout que, comme c'est reconnu partout sauf en France, Macron travaille la main dans la main avec les lobbyistes des grandes firmes. C'était son boulot chez Rothschild, ça n'a pas changé. Tout devenait donc un mélange malodorant d'incompétence, de communication et de lobbyisme

La polarisation du débat entre pro et opposant au professeur Raoult sur le plan de la croyance plutôt que sur le plan de la vérité scientifique est-elle symptomatique de l'esprit politique français?

Maxime Tandonnet : Les Français sont connus pour être un peuple divisé, capables d’affrontements idéologiques violents. Nous pensons par exemple à l’affaire Dreyfus à la fin du XIXe siècle, une monstrueuse machination contre le capitaine Dreyfus, une erreur judiciaire sur laquelle se greffe un conflit idéologique entre les Intellectuels et les défenseurs de l’Armée qui va déchirer la France pendant des années. Autour de la chloroquine et du professeur Raoult, c’est la première fois, il me semble, que l’idéologie vient se greffer sur un médicament et parasiter le travail scientifique. C’est la première fois que le pays se déchire avec une violence inouïe sur un tel sujet. Les insultes proférées contre Didier Raoult, l’homme qui dérange, atteignent un niveau de mépris, de bêtise et de haine qui dépasse l’entendement. Il faut voir dans cet embrasement, cette mutation en querelle idéologique d’un problème de médicament qui aurait dû rester purement scientifique et médical, laissé à l’appréciation des médecins, un signe de l’abêtissement collectif des « élites » françaises. Ne pas être capable d’opérer une séparation entre les sujets d’ordre idéologique d’une part et médical ou scientifique d’autre part, est un signe patent du déclin intellectuel mais aussi de l’hystérisation de notre société médiatique. 

Yves Michaud : Je répondrai deux choses. 

D'abord, les modes de communication ont pris une telle importance, par rapport à ce que j'ai connu quand je préparais l'encyclopédie de l'Université de tous les savoirs, que les évaluations par des experts peu questionnables ont disparu. On oppose toujours une étude à une autre puis à une autre encore. La science s'est massifiée, bureaucratisée de manière grotesque (en France on en a rajouté sur la tendance mondiale), « popularisée » au plus mauvais sens du mot – on vous explique en trente secondes les Trous noirs sur Europe 1 à 12h45 : ça fait bien dans le gimmick « Écoutez le monde changer ». Sur ce point la France n'a rien de particulier.

Ensuite, et ça c'est « bien de chez nous », on fait une affaire d’État de quelque chose qui devrait être traité avec doigté, discrétion et prudence. Évidemment, ça fait du « buzz » (et « Brigitte » va faire la dame patronnesse à Nice, au cas où Raoult aurait raison). Surtout les lobbies médicaux règlent leurs comptes – y compris en banque. Il faut le dire encore et encore : les protagonistes de cette tragi-comédie étaient déjà en poste chez Marisol Touraine (dont le frère est un drôle de mandarin...) et se sont reconvertis dans le macronisme comme demain ils deviendront darmaniniens ou hulotistes ou risteriens. On touche là du doigt la versatilité politique, l'opportunisme et le grandiose sens de l'irresponsabilité de tout ce beau monde – Buzyn et Hirsch compris. Aucun de ces « patrons » ne savaient combien gagnaient leurs infirmières! Moins que leurs nounous philippines !

Quel a été l'impact politique de la décridibilisation par l'OMS de l'usage de la chloroquine dans le traitement du coronavirus ? Quelles en seront les conséquences ?

Maxime Tandonnet : Le plus grave, c’est la perte de confiance dans les institutions. Les Français ont depuis longtemps perdu confiance dans les media, les partis politiques, les syndicats, comme le révèlent tous les sondages. Aujourd’hui, ce sont les plus hautes solennités scientifiques qui sont mises en cause, l’OMS impliquée dans des querelles entre la Chine et les Etats-Unis, voire même la célèbre revue Lancets et divers comités scientifiques multiplient les études selon lesquelles le traitement du professeur Raoult serait inefficace voire dangereux. En revanche, d’autres scientifiques, hors institution officielles et des médecins affirment avoir obtenus des résultats favorables. L’acharnement des institutions à vouloir décrédibiliser le docteur Raoult en devient suspect aux yeux de l’opinion publique. De graves questions se présentent aujourd’hui : pourquoi le sujet n’est-il pas resté strictement d’ordre médical ? Pourquoi a-t-il fallu quel les passions idéologiques viennent se greffer sur le sujet ? Pourquoi, comme devant chaque maladie, n’a-t-on pas respecté la liberté de prescription des médecins qui sont eux-mêmes des scientifiques au contact de leurs patients et les plus à même de juger de l’efficacité d’un traitement sur eux? Tout ceci est le signe d’un pays en perdition : faute de s’être donné les moyens de lutter contre le fléau d’une épidémie (masques, tests de dépistage, places de réanimation), il préfère se vautrer dans des querelles lamentables qui n’ont pas lieu d’être. 

Yves Michaud : Je suis très partagé.

Il faut certes des institutions du type OMS pour que les informations (lesquelles c'est une autre affaire !) circulent, qu'il y ait un minimum d'harmonisation des politiques. Mais ce sont aussi des fromages pour bureaucrates et politiciens recyclés Le directeur de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a un beau nom mais ses connaissances médicales sont égales à zéro et c'est surtout un politicien très habile. Je suppose qu'au sein de cette respectable institution, il n'est pas seul dans son cas. Monsieur Douste-Blazy qui soutient le professeur Raoult n'a sûrement pas exercé la médecine depuis longtemps et je ne suis pas certain que la médecine soit comme la bicyclette quelque chose qu'on n'oublie jamais.

En fait on en sortira le jour où on trouvera un vaccin (heureusement il y aura sûrement des allumés anti-vaccins !) ou un traitement - et comme ça rapportera beaucoup d'argent, je pense qu'on trouvera quand même raisonnablement vite.

Dernière chose, lors de la grippe espagnole de 1918, on conseillait aux gens qui se sentaient malades de prendre de la...quinine, dont la chloroquine est un substitut et l'hydroxychloroquine une molécule proche....Raoul n'était pas né.

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