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vaccin covid-19 coronavirus vaccination France exemple français stratégie
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©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Atlantico Business

Le scandale des vaccins, plus grave que celui des masques ou des tests, démontre une fois de plus l’incapacité de l’administration à gérer la crise

Le gouvernement a pris prétexte des méfiances de la population pour justifier son retard dans la campagne de la vaccination, alors que c’est tout le contraire : le gouvernement ne vaccine pas parce qu’il n’est pas prêt : pas de doses, pas de procédures, pas de logistique et pas de stratégie.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Que la population soit méfiante à l’égard d’un vaccin totalement nouveau c’est normal, mais que le gouvernement soit incapable de comprendre l‘impatience des Français à être protégés et sécurisés contre la menace de la Covid-19 est désormais un vrai scandale. Ce lundi, la France aura réussi à vacciner 350 personnes. Les Allemands en sont à 80 000 , Israël a déjà protégé 1 million de ses habitants, les États-Unis plus de 2 millions.

De tous les pays les plus développés, la France est le plus en retard avec aucune certitude de pouvoir rattraper ce retard.  

« A ce rythme-là, nous aurons besoin de 5000 ans pour mettre à l’abri tous les Français ». Le coup de gueule de l’ancien directeur de la santé résume à lui tout seul la gravité de la situation dans laquelle on est plongé.

La France réécrit avec les vaccins un scénario qu’elle avait déjà joué avec les masques et les tests. En février et mars, alors que les populations mondiales s’équipent en masques et multiplient les gestes barrières, les dirigeants français nous expliquent que les masques ne servent à rien et que de toute façon, les Français n’aiment pas ce type de contrainte  La vérité est que nous n’avions pas de masques en stock, ni de gel hydro-alcoolique.

Un mois plus tard, alors que la plupart des Européens organisent des campagnes de tests et procèdent à l’isolement des sujets positifs pour casser la chaine de contamination, nos dirigeants nous expliquent que le setting n’est pas urgent et que l’isolation des cas Covid ne sera pas apprécié par la population pour cause de protection de la liberté individuelle. La vérité, c’est que nous n’avions ni tests, ni logiciel de traçage, ni équipement pour procéder à l’isolement. On a préféré les procédures de confinement qui enferment tout le monde.

Aujourd’hui, on assiste au même film, saison 3, consacrée aux vaccins. Alors que le monde entier s’est réjoui de la découverte du vaccin, que toutes les communautés scientifiques se félicitent de cette découverte très rapide et que très logiquement, chaque gouvernement sort le carnet de chèques pour passer commande et se prépare à mettre en place les logistiques, les procédures de campagne pour être prêt le jour J.

On constate qu’en France, tout le monde parle et débat mais personne ne se prépare vraiment. Le gouvernement décide d’une stratégie (les Ehpad), saperçoit qu’elle ne fonctionne pas et décide donc d’en changer en passant par les médecins de ville, puis prend conscience que les médecins de ville n’auront pas les appareils de conservation au grand froid qu’il faut, donc le gouvernement prépare dans le plus grand cafouillage des centres de vaccination. Tout cela au vu et au sus d’une population médusée qui ne comprend strictement rien à toutes ces difficultés.

On apprendra sans doute dans les jours qui viennent que la France n’a rien préparé sur le terrain, pas même les appels d’offre pour sélectionner les transporteurs de vaccins, on apprendra sans doute que la France a fait pression à Bruxelles pour retarder les commandes Pfizer et attendre l’arrivée du vaccin Sanofi qui ne sera pas prêt avant la fin de l’année. Aucun membre du gouvernement n’osera en parler. Pour le savoir, il faut lire la presse allemande, italienne ou britannique.

Les membres du gouvernement préfèrent annoncer qu’ils tiennent compte des réticences des Français à se faire vacciner en s’appuyant sur un sondage déjà ancien qui indiquait que 60% des Français refuseraient de se faire vacciner. Il faut dire qu’aucun membre du gouvernent français s’est décalé volontaire pour se faire vacciner alors que l’exemplarité eut été le meilleur outil de pédagogie.

L’opinion des Français sur la vaccination est très complexe à analyser mais grosso modo, l’opposition n’est évidemment pas de l’ampleur de ce qu’on a raconté.

Les vaccins sont incontestablement l’une des plus grandes réussites de la médecine moderne. Tout le monde le sait La vaccination a permis d’éviter des millions de morts de maladies, dont la variole, la poliomyélite, la diphtérie ou le tétanos dans la plupart des pays développés. Chez les personnes âgées, la mortalité due à la grippe a baissé de 75% grâce au vaccin délivré chaque année.

Jusqu'à l’année dernière, le mouvement antivacs consistait plus en un rassemblement de bobos qui voulaient essayer de se faire remarquer en surfant sur la mode des médecines naturelles. Mais hormis une toute petite minorité, les antivacs ravalaient très rapidement leur discours quand ils avaient envie ou besoin de voyager en Afrique ou en Asie puisqu’il leur fallait obligatoirement apporter la preuve des vaccins pour embarquer dans l’avion. Même posture à propos de  la vaccination des enfants, ces militants de l’anti vaccination campent sur leur position jusqu'au jour où l’école publique leur fermait les portes et les allocations familiales menaçaient de ne plus payer.

Les antivacs n'ont jamais posé un problème de santé publique.

L’arrivée du Covid a semble-t-il un peu changé les choses. Selon les sondages dont le résultat peut varier selon la question qui est posée, plus d’un Français sur 2 se déclarerait sceptique sur le fait de recevoir une injection du vaccin contre la Covid, ce qui pose donc la question de lefficacité de la stratégie vaccinale, si elle n’est pas assez suivie.

Vaccin Pfizer, Moderna, bientôt Astra Zeneca et plus tard Sanofi, peu importe puisque beaucoup invoquent le manque de recul des études cliniques.

C’est la première excuse avancée par les opposants au vaccin. Les scientifiques ont tellement dit que le développement d’un vaccin prenait généralement dix ans que la majorité de l’opinion n’a pas voulu admettre qu’un grand laboratoire pouvait réaliser l’exploit d’aller plus vite. Il faut dire aussi que la communauté scientifique et politique ne s’est pas précipitée pour expliquer et annoncer les bonnes nouvelles.

Parallèlement à cette omerta sur cette forme de prouesse technologique, une majorité de l’opinion a perdu la mesure de l’intérêt des vaccins en général. Les maladies pour lesquelles on se fait habituellement vacciner (la poliomyélite, la tuberculose, la rougeole) sont des maladies qui ont quasiment disparu aujourd’hui. Il y a très peu de cas et autant dire aucun mort dans nos pays développés. Dans l’imaginaire populaire, ce sont des maladies qui appartiennent au passé ou aux pays du Tiers-monde. Comme la guerre, on a l’impression que ça ne peut plus arriver aujourd’hui, d’où le sentiment d’inutilité qu’il y a pu avoir à s’injecter un vaccin pour des maladies qui ne sont plus menaçantes. L’ argumentation ne tient évidemment pas parce que c’est l’inverse. Les maladies n’existent plus parce que les vaccins sont pratiqués et ça ne perturbe personne qu’il y ait aujourd’hui 11 vaccins obligatoires.

Enfin, les changements sociétaux font que chacun est plus à l’écoute de son corps et se donne, seul, le droit de le maitriser. Ce qui est possible aujourd’hui puisque dans nos modes de vie, on peut décider du moment où avoir un enfant, de se faire tatouer ou opérer pour des raisons esthétiques. On peut aujourd’hui opter pour un régime alimentaire sans viande, sans gluten, sans œuf etc… On peut choisir de fumer, de se droguer, mais c’est en complète connaissance de cause, puisqu’on en connait les effets néfastes sur la santé. Bref, on est beaucoup mieux informés qu’avant sur ce qui est bon et ce qui doit être évité.

Les libertés individuelles ont donc progressé au cours du XXème siècle, ce qui donne à chacun l’impression qu’il est le seul à avoir un droit sur son corps, sans considération des règles collectives qui sont pourtant le fondement d’une vie en société.

Or si le vaccin nous protège de la maladie, le vaccin protège aussi la vie d’autrui en limitant la circulation et la contagion dun virus.  A moins de vivre comme un ermite, se vacciner, c’est faire un geste pour la société, en prenant en compte la responsabilité sociale dont chacun est investi à partir du moment où il vit en société. 

Les Français ont été dociles et responsables lors des différents confinements. Chacun fait ce qu’il veut de son corps, mais si on instaure des protections qui deviennent automatiques (le masque, le vaccin), les Français l’adoptent sans grande rébellion pour pouvoir vivre comme avant. C’est ce qu’il s’est passé avec l’épidémie de sida, où l’usage du préservatif, à coup de « Sortez couverts » ou « protégez-vous » est devenu une norme sans pour autant être obligatoire.

Les pouvoirs publics auraient du réagir, beaucoup plus tôt, pour convaincre la population, voire la contraindre. Ne pas laisser le champ libre à l’information des réseaux sociaux qui véhiculent les faits et les chiffres sans aucun filtre ni contrôle.

Les interlocuteurs de confiance, dans le domaine de la santé, appartiennent au personnel médical. Les médecins de ville, les pharmaciens, les aide-soignants à domicile. C’est à eux que revient le rôle de prescrire le vaccin.  Comme ils le font pour la Grippe chaque année.

Mais c’est à l’administration de décider de la stratégie de campagne et de sécuriser les approvisionnements, de faciliter les protocoles, les simplifier... Mais quand les politiques se prennent la tête pour trouver des excuses à leur propre faillite, il envoie le pays à sa perte.

C’est invraisemblable que Mr Véran, ministre de la santé, annonce qu’il assume ces retards en ne disant pas pourquoi. C’est scandaleux que le Monsieur Vaccin vienne expliquer que ces lenteurs sont normales et utiles.

C’est inadmissible que des responsables de l’administration viennent prendre prétexte des réticences de la population pour ne rien faire. D’abord parce que la part de l’opinion qui se déclare opposée à la vaccination n’est absolument pas stable. Confrontée à la réalité de la maladie, cette opinion changera  d’avis. Ensuite, si  une moitié des Français est véritablement opposée à la vaccination, qu’on laisse l’autre moitié favorable se faire vacciner, qu’on laisse les volontaires se faire protéger. Avec 50% des Français vaccinés, on aurait déjà fait baisser le taux de contamination à un niveau tel qu’on ne serait pas loin d’une immunité collective.  

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