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Crédits Photo: FILIPPO MONTEFORTE / AFP

Business

Le patriotisme des Italiens sur lequel comptait Matteo Salvini pour financer son programme n’a pas été au rendez-vous

Rome a procédé cette semaine à une émission d’emprunts d’Etat proposés aux particuliers italiens, mais celui-ci a échoué.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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L‘état de grâce ne va peut-être pas durer très longtemps. Les Italiens viennent d’envoyer un signal fort d’inquiétude au gouvernement de coalition et en particulier par rapport aux gesticulations de Matteo Salvini. La levée de fonds réalisée cette semaine s’est soldée par un échec. Les Italiens, qui ont toujours été très fidèles au financement public puisque la dette publique est couverte à plus de 60% par les Italiens, ont boudé la première opération lancée par la coalition.

La coalition gouvernementale se retrouve un peu coincée entre la prudence des financiers internationaux et la méfiance des épargnants italiens.

Les derniers épisodes du bras de fer avec Bruxelles sur la question du budget 2019 durcissent la position des investisseurs d’autant plus que Matteo Salvini ne semble prêt à faire aucun compromis sur son programme, ni même entendre les réserves faites par la Commission. Le seul problème dans cette affaire : le gouvernement aura du mal à couvrir sa trésorerie.

Pour sortir de ce piège, Salvini s’est donc tourné vers les Italiens mais ça n’a pas marché. Le grand appel au patriotisme auprès du peuple, et particulièrement à ceux qui ont porté au pouvoir cette coalition, n’a pas été entendu.

Le Trésor a l’habitude de lever entre 7 et 8 milliards d’euros. Dans l’euphorie, les amis de Salvini en attendaient 10 milliards. En réalité, il n’a pu emprunter que 2 milliards d’euros

Cette opération d’emprunts proposés en particulier aux particuliers a lieu trois fois par an. Les deux précédentes s’étaient passées correctement, la troisième a donc fait flop.

Pour le gouvernement, c’est un échec qui va lui poser un problème sérieux l'année prochaine, parce que le pays reste le plus gros emprunteur de la zone Euro avec la France. Les besoins de refinancement d’un pays comme la France sont de 220 milliards d’euros par an : la France trouve assez facilement cet argent à un coût très faible, parce qu'elle a présenté un plan de restructuration crédible dans lequel la Commission et les banques ont confiance. Mais pour l’Italie, c’est très différent. Les prévisions des seuls besoins ordinaires de l’Italie atteignent les 250 milliards. Mais, compte tenu des promesses et des réformes faites par la coalition sur la retraite, le revenu universel et les investissements en infrastructures, les besoins seront portés à plus de 400 milliards d’euros en 2019.

Bruxelles considère que le projet de budget n’est pas responsable, compte tenu de l’endettement existant et compte tenu des ressources attendues. La croissance ne sera pas suffisante.

Si les responsables politiques italiens pensaient obtenir des facilités de paiement de la part de l’Union européenne, elle s’est trompée parce que les 27 pays membres de l’Union européenne paraissent déterminés à faire appliquer les mêmes exigences de respect des règles budgétaires.

La conséquence première de cette situation va être de voir se relever les taux d’intérêt appliqués aux Italiens.

La deuxième conséquence, c’est le risque que les Italiens les plus riches sortent leur épargne des banques italiennes et se réfugient en Suisse ou ailleurs.

La troisième conséquence est de provoquer la crainte de la classe moyenne italienne qui préfère thésauriser leurs euros plutôt que de les apporter à l’Etat.

La gouvernance italienne se retrouve donc devant un mur de la réalité qu’il lui sera difficile de franchir. En fait, il n’y a que deux scénarios.

Ou bien, l’Italie s’affranchit des règles de la copropriété européenne et dans ce cas, elle organise sa sortie de l’Euro, mais ça paraît difficile parce que les Italiens ne le veulent pas.

Ou bien le gouvernement italien modifie son programme pour revenir dans les clous de l’Union européenne. Il travaille alors à reconquérir sa souveraineté budgétaire pour pouvoir retrouver sa souveraineté politique et son identité. Mais dans ce cas, la coalition politique va devoir renier ses engagements et risque de perdre le pouvoir.

Dans les deux cas, la démocratie qui oublie de prendre en compte les contraintes de la réalité n’en sortira pas grandie.

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