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Donald Trump

Le point de vue de Dov Zerah

Le monde après Trump

Joe Biden prendra ses fonctions en janvier prochain. Après la défaite du camp républicain, Dov Zerah revient sur les principaux enseignements du mandat de Donald Trump et sur sa politique étrangère. La tâche pour Joe Biden ne sera pas aisée tant les dossiers sont sensibles avec la Turquie, la Chine, Israël ou l'Iran.

Dov Zerah

Dov Zerah

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Dov ZERAH a été directeur des Monnaies et médailles. Ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD), il a également été président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d'OSEO.

Auteur de sept livres et de très nombreux articles, Dov ZERAH a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), à l’ENA, ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 2008 à 2014, et à nouveau depuis 2020. Administrateur du Consistoire de Paris de 1998 à 2006 et de 2010 à 2018, il en a été le président en 2010.

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Après une semaine de suspens, de risques d’une longue bataille judiciaire, voire d’affrontements, Joseph Robinette BIDEN, communément appelé Joe BIDEN est Président des États-Unis, même si Donald TRUMP n’a toujours pas désarmé. Il est accepté comme tel, quels que soient les écarts de voix, les suspicions sur les votes par correspondance. Cette élection démontre, une nouvelle fois, la vitalité de la démocratie américaine.

Avant de faire une analyse approfondie des résultats, il est, d’ores et déjà, possible de tirer quelques enseignements :

  • Cette élection marque un tournant par une participation électorale historique. La mobilisation des opposants à Donald TRUMP a été aussi massive que celle de ses fans. Jamais président sortant n’avait réussi à mobiliser plus de 71 millions de personnes.

  • Alors qu’il était donné gagnant en février (cf. ma chronique du 9 février) Donald TRUMP a perdu cette élection à cause d’une mauvaise gestion de la crise de la COVID 19, d’un décalage avec l’opinion publique à la suite au décès de George FLOYD et enfin, plus généralement, par un manque d’empathie, de commisération et de certaines attitudes erratiques et imprévisibles.

  • L’élection a été plus serrée qu’annoncée. Les sondeurs prédisaient une vague bleue. Il n’en fût rien. L’élection a été équilibrée, disputée.

  • Au-delà du résultat étriqué, le nouveau président va être confronté à un Sénat dominé par les Républicains. Ayant un rôle déterminant dans les nominations, le 46ème président des États-Unis va avoir des difficultés pour composer son administration. Plus généralement, chaque initiative du présidentiel donnera lieu à une bataille parlementaire.

Cette situation sortie des urnes explique les premières paroles du Président élu pour rassembler et inviter Républicain et Démocrates à travailler ensemble. Cela est peu vraisemblable car les « mid term elections » dans deux ans empêchent tout compromis durable. En tout état de cause, Joe BIDEN sera moins clivant que Donald TRUMP, ce qui ne sera pas difficile.

Oncle Joe fêtera ses 78 ans le 20 novembre. Compte tenu de son âge, Mme. Kamala HARRIS, 1ère femme noire à devenir vice-présidente, devrait être très associée à la conduite des affaires.

Né en Pennsylvanie dans une famille catholique modeste originaire d’Irlande, Joe BIDEN n’est pas un novice ; c’est même un vieux routier de la politique américaine. Il a été sénateur fédéral représentant le Delaware pendant 36 ans, de 1973 à 2009, et vice-président avec Barack OBAMA durant 8 ans, de 2010 à 2018, sans oublier qu’il a été à deux reprises candidat à l’investiture démocrate, en 2008 et en 2016.

En politique intérieure, ses premières décisions porteront sur la santé et l’économie.

  • Prenant le contrepied de son prédécesseur, le président élu a pris à bras le corps la lutte contre la pandémie. Les chiffres parlent d’eux-mêmes avec près de 250 000 morts et un record de contaminations le 6 novembre dernier avec 132 797 personnes. Il a déjà réuni des scientifiques pour préparer un plan d’urgence qu’il compte appliquer dès son entrée en fonctions.

  • Rétablir la situation économique en recourant à des formules traditionnelles :

  • Un nouveau plan de relance de plus de 2 000 Md$, avec la recherche d’un nouveau « new deal » en faveur des investissements pour la transition écologique, la santé, l’éducation

  • Rien de nouveau avec une forte augmentation des impôts pour tout particulier ayant plus de 400 000 $ de revenus annuels.

  • Un doublement du salaire minimum pour atteindre 15 $/heure.

La première décision que le Monde attend du nouveau locataire de la Maison blanche est le retour des États-Unis aux Accords de Paris. Nonobstant la faible portée de ces accords, cette décision aura une forte valeur symbolique et constituera une rupture avec Donald TRUMP.

Par ailleurs, on attend ses premières prises de position sur les sujets du commerce international. Il est fort probable qu’il sera plus multilatéraliste que TRUMP, ce qui n’est pas difficile. Mais, il aura du mal à solder purement et simplement certaines initiatives de son prédécesseur sauf à se couper des ouvriers, des syndicats et des agriculteurs.

En politique extérieure, Joe BIDEN ne remettra pas en cause le retrait des États-Unis du Proche Orient et d’Europe car il a été initié par Barack OBAMA et sous la pression de la réalité ; la République impériale a fait deux guerres de trop avec :

  • Une interminable en Afghanistan qui se solde par une entente avec les Talibans qui devaient être à tout jamais être écartés de Kaboul.

  • Une intervention en Irak sous de faux prétextes et sans le consentement de la communauté internationale, notamment de l’ONU. Rappelons-nous que, comme président de la commission des affaires étrangères du Sénat, il a voté pour l’intervention. Ira-t-il jusqu’à organiser un retrait des Gi’s de ce pays ? La réponse à cette question dépendra de la relation qu’il souhaitera, pourra établir avec les Iraniens.

L’Iran est probablement le sujet sur lequel il est très attendu. Fermera-t-il la parenthèse TRUMP pour reprendre la démarche de Barack OBAMA en trouvant un point d’équilibre pour un nouvel accord sur le nucléaire ? C’est probable et la démarche de son prédécesseur le met en position de force pour négocier. Mais n’oublions pas que même Hilary CLINTON a critiqué l’accord du 14 juillet 2015, notamment sur le volet des engins balistiques. Par ailleurs le contexte a changé ; l’expansionnisme iranien s’est manifesté sur toute la péninsule arabique, Syrie, Liban, Yémen, sans compter les attaques contre l’Arabie saoudite. Pourra-t-il, comme OBAMA l’avait fait, ne pas tenir compte du monde sunnite ?

La rupture avec Donald TRUMP portera sur la question israélo-palestinienne et Joe BIDEN rééquilibrera la relation avec Ramallah.

Quelles que soit la pertinence des initiatives de TRUMP pour nouer le dialogue avec la Corée du Nord, le nouveau président pourra-t-il enfin conclure un accord avec Pyongyang ?

En revanche, il est fort probable que Joe BIDEN reprenne le dialogue avec Cuba, initié par Barack OBAMA et arrêté par Donald TRUMP.

Comme tous ses prédécesseurs, il cherchera à contenir la montée en puissance de la Chine, le véritable contestataire de la puissance américaine. Sera-t-il aussi intransigeant que Barack OBAMA à l’égard de la Russie ? Sera-t-il aussi indifférent que Barack OBAMA vis-à-vis de l’Europe ?

Le nouveau président devra enfin définir une politique vis-à-vis de l’OTAN, et plus particulièrement de son trublion, la Turquie d’ERDOGAN. Il continuera comme ses prédécesseurs à demander aux Européens de prendre une plus grande partie du coût de la défense du Vieux continent.

Il est grand temps que Washington stabilise sa politique étrangère dans la durée. Á défaut, le joueur de poker américain aura du mal à soutenir la concurrence du joueur d’échecs russe et surtout du joueur de go chinois.

Le temps viendra de dresser le bilan de Donald TRUMP et de faire la part des choses entre la forme et le fond. On pourra alors prendre la dimension des changements radicaux qu’il a apportés grâce à certaines fortes intuitions et un volontarisme hors du commun.

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