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Des fidèles musulmans palestiniens écoutent les slogans d'un homme tenant le drapeau du Hamas dans l'enceinte de la mosquée al-Aqsa, le 14 mai 2021.
Des fidèles musulmans palestiniens écoutent les slogans d'un homme tenant le drapeau du Hamas dans l'enceinte de la mosquée al-Aqsa, le 14 mai 2021.
©AHMAD GHARABLI / AFP

Lieu saint

Le jeu dangereux du CFCM sur le conflit israélo-palestinien 

Le CFCM a publié un communiqué de soutien aux Palestiniens demandant à ce que les prêches de ce vendredi soient axés sur la centralité de la mosquée al-Aqsa de Jérusalem pour les musulmans. De facto, c’est exactement la stratégie choisie par le Hamas pour mobiliser les énergies à son profit.

Guylain Chevrier

Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL
 
L’Harmattan, Sous la direction de Guylain Chevrier, Les Ecrits de BUC Ressources SOCIOLOGIE TRAVAIL SOCIAL, juillet 2017, 270 pages.
Voir la bio »

Atlantico : En pleine crise israélo-palestinienne, le CFCM appelle les imams français à consacrer leurs prêches "à faire connaître la place de la mosquée al-Aqsa troisième haut lieu saint de l'islam [...] dans la religion musulmane". Le CFCM reprend-il la rhétorique du Hamas ?

Guylain Chevrier : On peut s’en inquiéter. Il y a eu une série de provocations et de confrontations qui sont au déclenchement de cette phase d’affrontements : entre extrême droite israélienne toujours prête à enflammer les esprits à la pointe de la colonisation, et jeunes palestiniens désœuvrés, sans perspective, prêts à en découdre, galvanisé par un Hamas influent qui prône la violence, ou encore, la concurrence entre les lieux de culte, telle que, comme on l‘a vu récemment, avec d’un côté au Mur des lamentations une cérémonie commémorative juive avec un discours du président israélien Reuven Rivlin, et de l’autre, à deux pas sur l’esplanade des mosquées, l’appel à la prière des minarets pour le ramadan, se télescopant…   

Il ne fait pas mystère que le Hamas, organisation terroriste, qui s’est développée sur le recentrage du conflit israélo-palestinien sur la question religieuse, a choisi une fois de plus l’escalade ici, en s’emparant du symbole des événements autour de la mosquée d’al-Aqsa. Et ce, quel qu’en soit le prix à payer pour les civils de Gaza. Il veut se faire le champion aux yeux du monde arabo-musulman de la défense du lieu saint, l’intégrisme religieux autorisant tous les sacrifices.

La responsabilité du Hamas est hors de cause en quelque sorte aux yeux du CFCM, puisqu’il ne le cite pas dans les causes de l’escalade, tout en contestant « l’occupation » israélienne et « ses humiliations », et en indiquant un bilan plus lourd, en termes de victimes, côté palestinien. C’est laissé sans réponse pour des millions de nos concitoyens de confession musulmane, le rôle de l’organisation terroriste islamiste, et l’intégrisme religieux qui en est le ressort.

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Alors que le CFCM est un organe de culte, n'est-il pas en train de prendre une dimension politique dangereuse en important la question israélo-palestinienne en France ?

Effectivement, en faisant le choix d’en appeler à des prêches du vendredi dans cet état d’esprit, pour faire connaitre dit-on, la place de la mosquée d’al-Aqsa comme troisième haut lieu de l’islam dans un tel contexte de tension, c’est renchérir sur le sens religieux du conflit. Et comme si cela ne suffisait pas, on y ajoute l’appel au parrainage entre mosquées de France et mosquées palestiniennes, et donc à la mobilisation religieuse, en quelque sorte. C’est ainsi contribuer sous ce signe, à l’importation du conflit israélo-palestinien sur notre territoire.

Le jeu du Hamas est de faire monter un sentiment de rejet de l’Etat juif autour de la radicalisation religieuse. Rien n’est fait dans ce communiqué pour mettre en garde contre ce risque, y compris en France où le sujet est déjà pris en otage par une gauche de la gauche qui flirte avec l’islam politique. Ce communiqué dont la connotation religieuse devient politique, comprend des risques non négligeables.

Tout est fait par l’organisation terroriste pour fermer l’angle au moindre espoir d’une résolution de la situation sur un plan politique, qu’elle rejette au nom du sacré. Et nous savons bien que seul un règlement politique du conflit dépassant la dimension religieuse est susceptible d’apporter la paix, c’est-à-dire une démarche de la raison. Le Hamas joue un rôle néfaste jusque sur l’évolution des forces de paix qui du côté israélien pourraient jouer, pour favoriser une politique frontale de l’Etat hébreux avec Gaza. Il entend en tirer la justification de son rôle central ici, et d’une guerre religieuse dont il voudrait voir s’enflammer plus largement la région par l’entremise de pays arabes galvanisés.

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Le CFCM est-il influencé par l'idéologie des Frères musulmans, ce qui pourrait expliquer une certaine proximité avec le Hamas ?

On sait que le CFCM n’est pas à l’abri de cette influence, au regard des grands courants qui le forment, dont notamment le courant turco-ottoman du Millî Görüs, en pleine expansion ; les Frères musulmans de l’ex-UOIF, rebaptisés « Musulmans de France » en 2017, et le Tabligh indo-pakistanais. Mais cette proximité que l’on pourrait penser voir, propre à une approche essentiellement religieuse du conflit israélo-palestinien, tient plus à une conception de l’islam qui n’a pas réglé la question de la séparation du politique, comme on peut le voir dans des pays arabo-musulmans où l’Etat est peu ou prou dans la mosquée. On croyait, comme nous l'avait dit M. Castaner lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, que l'accompagnement à l'organisation du culte musulman par l'État, faisait partie de « la laïcité »… C’est une démarche qui s’inscrit bien plutôt dans la tradition concordataire. Le CFCM est ainsi loin d’y être converti, et il apparait bien difficile de croire après ce communiqué, qu’il serait à même de jouer un rôle un tant soit peu tangible dans la lutte contre le séparatisme islamiste. Hélas, pas plus pour parer à un renforcement de l’importation du conflit israélo-palestinien dans notre pays et ses dangers. 

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