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Bruno Le Maire Emmanuel Macron quoi qu'il en coûte
©CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP

Atlantico Business

Le coût de la crise sanitaire pour l’État est moins élevé que ce qu’on dit, mais plus que ce qu’on peut se permettre

« Quoi qu’il en coûte », la formule miracle d’Emmanuel Macron pour faire passer la pilule du premier confinement a bien du mal à être chiffrée. A la fin 2020, l’Etat aura mobilisé 550 milliards d’euros. Mais il n’a pas dépensé autant.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Les chiffres sont astronomiques et on a l’impression que, dès qu’un ministre prend la parole et a fortiori le premier d’entre eux ou mieux encore, le président de la République, c’est pour annoncer que l’Etat va encore sortir de l’argent de ses caisses pour aider, soutenir, payer ou relancer. Des malins de l’économie ont calculé que la parole publique au niveau de l’exécutif coutait environ 1 milliard par minute de télévision. C’est le prix moyen de cette super production télévisée.

Les calculs sont faits chaque jour à Bercy qui s’arrange à en trouver le financement. Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, n’est pas celui qui fait le plus de bruit, mais c’est sans doute celui grâce auquel la maison France tient encore debout et surtout, grâce à qui ces factures colossales qui permettent au système de fonctionner ne vont pas trop hypothéquer l’avenir.

Le coût de la crise sanitaire est difficile à calculer entre ce que l’Etat doit sortir de ses caisses et le manque à gagner, entre ce qui passe par le budget de l’Etat, des collectivités locales - surtout la sécurité sociale, sans oublier l’arme secrète de Bercy, inspirée de ce qui se fait en Allemagne mais très améliorée, les garanties d’Etat.

Plutôt que de sortir de l’argent qu’il n’a pas, l’Etat garantit massivement des prêts aux entreprises qui, sans cette garantie, n’auraient pas pu être libérées.

Bref, il faudra un jour reconnaître qu’il y a un sorcier à Bercy. Pour deux raisons, quand on dit - et le président de la République le dira surement à nouveau le 31 décembre prochain - que la crise sanitaire et la lutte contre le virus pour protéger les populations auront cette année couté 550 milliards d’euros, il aura raison, les sommes en jeu ne sont pas éloignées de ces niveaux-là. Mais ça n’est pas pour autant que ces sommes seront débitées en totalité sur le compte du contribuable.

Depuis que la crise du coronavirus a démarré en France et provoqué la violente dépression de mars 2020, le gouvernement a mis à la disposition des acteurs et des secteurs de l’économie tout ce qu’il fallait pour les sauver de l’effondrement. Et dans l’histoire, jamais un gouvernement n’avait fait un tel effort. Ce jour-là, la main de Macron et celle de Le Maire n’ont pas tremblé. Et si on ajoute le coût de la première vague, celui de la deuxième vague et les débuts du plan de relance pour l’année prochaine, on arrive au montant de 550 milliards d’euros soit presque 25% du PIB. A cette facture doit s’ajouter les 100 milliards sur 3 ans, mais qui vont vraiment démarrer en janvier.

On va donc terminer l’année avec un déficit budgétaire de 10,5% (contre 3% prévu l’année dernière) et une dette publique de 120 % du PIB, si on compte la dette sécurité sociale et organisations publiques.

Alors, cette avalanche de chiffres appelle trois séries de précisions.

D’abord, les dépenses de lutte contre le coronavirus et la crise économique prennent en réalité différentes formes.

Sur les 550 milliards d’euros qui ont été mobilisés pendant l’année 2020, les dépenses exceptionnelles imputables sur le budget et décaissées représentent 80 milliards d’euros, compte tenu de ce qui aura été déboursé pendant le 2e confinement jusqu’au 31 décembre (après, on tombe dans une autre année budgétaire). La plus grosse part concerne l’allocation de chômage partiel qui a permis de protéger les contrats de travail et d’éviter des licenciements. Le nombre de bénéficiaires est de 9 millions, y compris dans les secteurs qui continuent d’être bloqués comme l’hôtellerie, la restauration, l’évènementiel et la culture.

Parallèlement, le fonds de solidarité représente 9 milliards, il permet de venir en aide aux petites entreprises. La deuxième vague et le couvre-feu ont obligé le gouvernement à renforcer le fonds de 10 milliards. Les dépenses de santé supplémentaires avoisinent les 20 milliards d’euros.

Ensuite, deuxième série de précisions, le gouvernement a mobilisé pour 330 milliards de garanties financières pour les entreprises. Dont un total de 300 milliards pour les prêts garantis par l’Etat et distribués par les banques mais à ce jour, environ, 130 milliards de prêt ont été accordés. Il y a donc là encore énormément de marges de manœuvre.

Toujours pour les entreprises, le gouvernement a accordé des reports de paiement des échéances sociales et fiscales pour une enveloppe qui atteindra à la fin de l’année les 50 milliards d’euros.

Enfin, la troisième série de dépenses relève des moins-values fiscales. L’activité s’étant arrêtée, les recettes fiscales ne sont pas rentrées. Donc moins-values en TVA et en impôts directs sur le revenu et les sociétés, 62 milliards.

Cela étant, au total, l’addition de 550 milliards de fonds mobilisés ne représente que 108 milliards de dépenses nettes et déboursées, 62 milliards de pertes fiscales et 330 milliards d’euros sous forme de garanties de prêts bancaires, qui devront lui être remboursés.

En conclusion, cette équation financière repose en fait sur de l’endettement. Une partie de cet endettement est de l’endettement public dont l’ensemble représente les 120 % du PIB. Cette dette est couverte chaque semaine par des emprunts internationaux et ne présente aucune difficulté, compte tenu de l’abondance de l’épargne et des taux d’intérêt extrêmement bas.

Une autre partie de l’endettement repose sur les entreprises qui ont demandé et obtenu des PGE, les fameux prêts garantis par l’Etat.

Alors d’un côté, la dette budgétaire est garantie par la BCE. Il y a une forte chance qu‘elle soit transformée en dette perpétuelle, comme l’ont été les grandes dettes contractées lors des guerres ou des crises. En termes clairs, ces dettes ne seront très probablement jamais remboursées.

Mais de l’autre, la dette garantie par l’Etat devra être remboursée par les vrais débiteurs, et si les entreprises, l’année prochaine ou plus tard, ne peuvent pas le faire, il faudra trouver une solution.

Enfin, la dette sociale gonfle avec les moratoires autorisés. Il faudra bien payer l’Urssaf un jour ou l’autre, sinon les débiteurs seront conduits à la faillite.

Le problème français ne sera pas de rembourser sa propre dette, le gouvernement trouvera toujours le moyen de la financer. Le problème français sera d’empêcher la faillite de milliers d’entreprises qui ne pourront pas payer ni leur PGE, ni l’Urssaf. Et si aujourd’hui, la statistique des tribunaux de province nous indique qu’il y a une baisse des faillites ou des dépôts de bilan, c’est bien parce que les Urssaf ont suspendu toutes les démarches pour obtenir le paiement des charges sociales. Ça ne pourra évidemment pas durer, sauf à mettre en faillite le modèle social : l’assurance maladie, l’assurance chômage et l’assurance retraite.

L’assurance maladie, parce que les coûts de santé ont explosé.

L’assurance chômage, parce que les recettes ont fondu avec l’emploi alors que les besoins ont augmenté avec le chômage.

L’assurance retraite est en risque aussi parce que le rapport des actifs sur inactifs, qui est la pièce maitresse de notre sacro-saint système de répartition, s’est profondément dégradé.

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