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©LUDOVIC MARIN / AFP

Les entrepreneurs parlent aux Français

La semaine de la Chine, l’aube de l’Europe

Vue basse, interdiction de vol. C’est le bilan sans appel qui aurait dû s’abattre sur les politiques Européens depuis si longtemps. Interdits de vol, remplacés par des pilotes plus avisés, nous aurions peut être réagi à une montée prédite par Alain Peyrefitte dans les années….70 !!

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est entrepreneur (Edufactory), investisseur (Entreprise et conquête) et président de Parrainer la croissance, une association d'aide aux PME pour rechercher la croissance, et cofondateur de l'observatoire de l'Uberisation. 

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Il y avait plus de vision chez l’homme politique de l’époque, dont la culture générale et la vision restaient des critères de recrutement. Cette semaine la Chine a pris tout l’espace, révélant une puissance dominante, pourtant en pleine construction depuis plus de 30 ans, sans que personne ne tire de conséquences, de l’évidence.

L’Europe est officiellement un nain, vis à vis de son visiteur Chinois, qui vient faire ses emplettes, tranquillement, tout en prenant soin de laisser quelques milliards en guise d’aumône à une Europe de mendiants, qui tendent leur main après l’avoir laissée devant leurs yeux depuis si longtemps. 

Face à un tel aveuglement, je me demandais toute la semaine, à quoi servaient nos Ambassades et les Ambassadeurs qui les peuplent luxueusement. Soit ils n’ont rien vu sur place, et il faut s’en défaire. Soit, ils n’ont pas été entendus. Ce qui est pire, mais les rend tout aussi inutiles. Dans tous les cas, nous avons collectivement faillis. 

Le pire dans cette lamentable histoire, c’est que tout est affiché. Ecrit. Annoncé. La Chine affiche ses plans quinquennaux, depuis plus de 30 ans. Et pire (ou mieux encore), les réalise. Ce n’était donc pas très difficile de réaliser ce qui se passait malgré notre entêtement teinté d’arrogance, à nous croire supérieurs. Parce que nous avions délocalisés dans leur Empire de « petits bouleaux », cela faisait de la Chine le mendiant du travail bas de gamme. Un sous pays, avec des sous prix et des souffrances. C’était bien méconnaitre la Chine. 

Comment n’avoir pu écouter nos grands groupes, et les milles et une tortures économiques, endurées, les une après les autres, dans ce pays où il est si difficile de survivre, sans une âme de gladiateur. Comment n’avoir réalisé, qu’une fois la technologie transférée, pour un profit à court terme et sans exigence de réciprocité, la Chine n’avait plus qu’à laisser le sablier couler, jusqu’au jour où le produit était compris, revisité, amélioré, puis, dépassé ? Comment n’avoir pas écouté un des rares politiques français à visiter ce pays sans cesse, notre ancien Premier Ministre, Jean Pierre Raffarin, qui faisait état des récits de ses émerveillements ? Comment n’avoir obtenu de nos services de renseignement et de nos entreprises, le récit du montant des investissements colossaux dans l’IA, les start-up, les technologies de pointe, y compris les plus contestées, leur capacité innovante, les mettant loin devant les Européens sur nombre de domaines. Comment ?…Pourquoi ?... Pourquoi tant d’aveuglement?

La Chine reprend sa position, celle qu’elle occupait jusqu’au 15ème siècle et que nous lui avons volé, en la pillant, en l’humiliant, et pour nous qui sommes si prompts à le dénoncer aujourd’hui, en les copiant abusivement. Pour faire passer ses inventions comme les nôtres, alors qu’elles étaient les leurs. La Chine, contrairement aux Européens, occidentaux, arrogants et pensant que la mémoire doit se plier derrière les intérêts des vainqueurs et des conquérants, a la mémoire bien ancrée, et va nous faire payer cette humiliation. Au centuple. Non par la guerre, mais par le contrôle.

Elle encercle l’Europe, en finançant et cajolant les plus faibles, afin de mettre la zizanie entre des Européens, qui n’ont pas besoin de cela, pour être désunis et incohérents. Grèce, Italie, groupe 16-1 (ingénieux comme idée d’ailleurs), la Chine multiplie les petits trous, qui font les grands abysses, chez tous ceux qui sont dans le besoin. Elle a pour chaque besoin, une solution financière, gagnée sur 30 années de délocalisation imbécile, alimentées par la politique des prix bas de la grande distribution. Notamment.

La Chine ne fait pas la guerre, elle reprend un pouvoir absolu, celui que donne, non pas la force brute, mais l’argent et le commerce. Une domination commerciale, ponctuée d’un refus de laisser l’étranger dominer ou mener la danse. Une réussite au service d’un pouvoir fort, qui garantit que chaque citoyen se transforme en un soldat de la réussite économique, pour former une armée de milliardaires potentiels, alimentés par un système qui a compris que l’on pouvait réconcilier capitalisme et socialisme. Enrichissez vous, mais ne contestez pas le régime qui contribue à vous nourrir. Une reconnaissance paternelle obligatoire, en fait.

La Chine travaille aussi bien ses gammes sur les voies physiques (Belt and Road Initiative) que sur les voies numériques (IA, data, super computer). En moins de 10 ans elle est passée de la préhistoire de l’IA à la lumière des plus grandes expertises. En 2018, 62% des publications majeures étaient désormais Chinoises… No comment !

Le FT dans ses colonnes expliquait la semaine passée comment l’Europe, affaiblie par ses divisions et ses luttes internes, et aveuglée par la soit disante puissance Européenne, n’avait su revoir sa politique vis à vis de cet Empire, devenu ogre et qui dévore ceux qui le croyaient encore enfant. Une Europe arrogante, méprisante, qui se retrouve perdue, face à ce géant qui lui dicte ses conditions.

La Chine devient le maître du monde. Trump lui, qu’on accuse de tous les maux, l’a bien compris. C’est l’avantage d’avoir un Président qui connaît le business, plus que les statuts des Ecoles de Fonctionnaires.

Il nous reste peu de temps pour nous réveiller et exiger, négocier, réagir. Négocier la réciprocité de ce marché, dont les Chinois ont besoin, puisqu’ils sont notre second partenaire commercial, après les USA. Et surtout, montrer enfin nos petites canines, rongées et égalisées au nom du politiquement correct, pour exiger la réciprocité. Sur tout. Notamment le digital. Appliquer les règles quand ils les appliquent, et les ignorer quand ils les ignorent. La Loi tu Talion, doit remplacer la loi du commerce international, qui se veut vertueux, mais dont on ne retient que la faiblesse et la lâcheté.

Politiques occidentaux, « wake up » !! Et nous, entrepreneurs, servons de réveil matin d’urgence. C’est ce que nous avons voulu faire dans un livre écrit par des entrepreneurs appelé Pourquoi votre prochain patron sera Chinois (Eyrolles, l’Instant qui suit), car il faut bien que quelqu’un le fasse !!

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