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Fin des hostilités

La paix forcée entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan

L'Azerbaïdjan et l'Arménie ont signé, sous l'égide de la Russie, un accord de fin des hostilités dans le conflit du Haut-Karabakh qui consacre les victoires militaires azerbaïdjanaises.

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Alors que les medias étaient accaparés par les résultats contestés de l’élection présidentielle américaine, les conflits se poursuivaient à l’abri des regards indiscrets.

Un des plus marquants est celui qui oppose depuis la 27 septembre l’Arménie à l’Azerbaïdjan pour le contrôle de la région du Haut-Karabakh (Artsakh). Pour mémoire, cette région qui appartient officiellement à l'Azerbaïdjan avait été conquise de haute lutte par les Arméniens lors de la guerre de 1991-94. Aujourd'hui, alors qu’il était admis que l’on allait avoir à faire face à une guerre de positions tant le terrain est montagneux et l’hiver proche, les forces azéries ont lancé une offensive par le sud en longeant la frontière iranienne puis en remontant vers le nord dans un mouvement tournant audacieux. Les forces arméniennes en sous-effectifs et moins bien équipées que leurs adversaires azéris ne sont pas parvenues à tenir leurs positions. Ces derniers se sont emparés le 8 novembre de la localité de Choucha qui, en dehors de son intérêt historique et culturel, est surtout le point de passage obligé pour l’axe M-22 jointif au corridor de Latchin par lequel l’Arménie pouvait ravitailler par voie terrestre Stepanakert, la "capitale" du Haut-Karabakh. Choucha a été prise vide d’habitants et quasi intacte, les forces azéries hissant leurs drapeaux sur les bâtiments officiels. L’enclave du Haut-Karabakh pouvait encore être alimentée par un axe routier M-21 situé plus au nord mais qui obligeait à des délais beaucoup plus longs. Cela dit, sous la pression, la moitié des 150.000 Arméniens qui peuplent habituellement la région avaient déjà rejoint l’Arménie. Les pertes arméniennes étaient estimées à au moins 1.300 tués, Bakou ne communiquant pas sur les siennes.

Dernier évènement qui a peut-être fait basculer les choses à Moscou : un hélicoptère russe Mi-24 a été abattu le 9 novembre au dessus de l’espace aérien arménien par les Azéris, or la Russie est garante de la sécurité du territoire arménien. Bakou a reconnu la bavure et a proposé des compensations.

Le soir même, les présidents russe Vladimir Poutine, azéri Ilhal Aliyev et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian signaient "une déclaration sur la fin de la guerre du Karabakh" avec effet le 10 novembre à 01 h 00 du matin (heure locale).

Ce qui est considéré comme une capitulation par une partie de la population arménienne (mais également par le président Aliyev qui a déclaré : " J'avais dit qu'on chasserait les Arméniens de nos terres comme des chiens, et nous l'avons fait") a entraîné le jour qui a suivi des manifestations violentes à Erevan au cours desquelles le président du parlement aurait été pris à partie par la foule. Le Premier ministre Pachinian a déclaré de son côté que sa décision était "incroyablement douloureuse pour moi et pour notre peuple". Il a également pointé du doigt comme responsables de cette défaite des "groupes criminels contrôlés par des oligarques". Il ne devrait pas conserver longtemps son poste et Moscou verrait bien le colonel-général Onik Gasparian, chef d’état-major arménien depuis juin 2020 prendre sa place du moins temporairement.

Cet accord est effectivement une défaite pour l'Arménie qui perd les "zones de sécurité" qui entouraient le Haut-Karabakh (districts d'Agdam à l'Est, Kelbadjar au Nord-Ouest, Latchin à l'Ouest). Le contrôle du corridor de Latchin sera assuré par les forces russes pour une période de cinq ans renouvelable. Les populations arméniennes qui souhaitent revenir dans le Haut-Karabakh le feront sous l'égide de l'ONU. Et surtout, l'Arménie est contrainte de créer un axe terrestre de communications (passant par le sud de son territoire) entre l'Azerbaïdjan et sa partie jusque-là isolée du Nakhitchevan (frontalière avec la Turquie). En résumé, Erevan a perdu le contrôle effectif du Haut-Karabakh - qui n'est toutefois pas encore passé sous celui de Bakou -.

"Nous, Président de la République d’Azerbaïdjan I.G. Aliyev, Premier ministre de la République d’Arménie N.V. Pachinian et Président de la Fédération de Russie V.V. Poutine, avons déclaré ce qui suit: 

1. Il est proclamé le cessez-le-feu total et l’arrêt de toutes les hostilités dans la zone du conflit du Haut-Karabakh à partir de 00 heure 00 minute, heure de Moscou, le 10 novembre 2020. La République d’Azerbaïdjan et la République d’Arménie, dénommées ci-après les Parties, s’arrêtent sur les positions qu’elles occupent.

2. Le district d’Agdam est restitué à la République d’Azerbaïdjan avant le 20 novembre 2020.

3. Le long de la ligne de contact du Haut-Karabakh et le long du couloir de Latchin est déployé un contingent de maintien de la paix de la Fédération de Russie à raison de 1.960 militaires avec armes portatives, 90 véhicules blindés et 380 unités de matériel automobile et spécial.

4. Le contingent de maintien de la paix de la Fédération de Russie est déployé parallèlement au retrait des forces armées arméniennes. La durée de la présence du contingent de maintien de la paix de la Fédération de Russie est de 5 ans, reconduits tacitement pour les prochaines périodes de 5 ans si aucune des Parties n’annonce, dans les 6 mois avant l’expiration du délai, son intention de mettre fin à l’application de cette disposition.

5. Dans le but d’améliorer le contrôle de l’application des accords par les Parties au conflit est mis en place un centre de contrôle du cessez-le-feu.

6. Avant le 15 novembre 2020, la République d’Arménie restitue à la République d’Azerbaïdjan le district de Kelbadjar, et avant le 1er décembre 2020, le district de Latchin. Le couloir de Latchin (d’une largeur de 5 km), qui assurera la liaison du Haut-Karabakh avec l’Arménie sans toucher à la ville de Chouchi, reste sous le contrôle du contingent de maintien de la paix de la Fédération de Russie.

Sur l’accord des Parties dans les trois ans à venir sera défini un plan de construction d’un nouvel itinéraire de déplacement dans le couloir de Latchin qui assurera la liaison entre le Haut-Karabackh et l’Arménie, avec un redéploiement ultérieur du contingent russe de maintien de la paix pour la protection de cet itinéraire.

La République d’Azerbaidjan garantit la sécurité des déplacements dans le couloir de Latchin des personnes, des véhicules et des charges dans les deux sens.

7. Les déplacés internes et les réfugiés reviennent dans le Haut-Karabakh et dans les districts adjacents sous le contrôle du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. 

8. Il est procédé à un échange de prisonniers de guerre, d’otages et d’autres personnes détenues, et de dépouilles.

9. Tous les liens économiques et de transport sont débloqués dans la région. La République d’Arménie garantit la sécurité des communications de transport entre les régions occidentales de la République d’Azerbaïdjan et la République autonome de Nakhitchevan afin d’organiser les déplacements sans entrave des personnes, des véhicules et des charges dans les deux sens. Le contrôle des communications de transport est effectué par les organes de la police des frontières du FSB de Russie."    

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