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Bitcoin cryptomonnaie valeur marchés financiers
©INA FASSBENDER / AFP

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La folie du bitcoin à plus de 34 000 dollars traduit la perte de confiance dans le système économique mondial et la tentative de la Chine d’en prendre le contrôle

Après une fin d’année explosive, le bitcoin a démarré 2021 en trombe, à plus de 34 000 dollars en route vers les 40 000. Ça réjouit beaucoup de spéculateurs, mais ça mesure aussi la perte de confiance dans l’avenir du système économique mondial.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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L’explosion du Bitcoin, la plus célèbre des cryptomonnaies, et la spéculation qu‘il déchaine nous plongent dans un monde totalement nouveau et traduisent la crise de confiance mondiale dans un système économique ébranlé par la pandémie du coronavirus.

L’arrivée de la Chine sur le marché des cryptomonnaies se confirme de jour en jour.

Après des fêtes de fin d’année complètement folles pour cette cryptomonnaie qui a passé à Noël le cap des 24 000 dollars, le bitcoin vient de battre un nouveau record en ce début de semaine à plus de 34 000 dollars. Le bitcoin a donc gagné plus de 40% de valeur en dix jours alors qu’il tournait à moins de la moitié en octobre. Avant la crise en 2019, les spécialistes ne donnaient pas cher du bitcoin, en estimant que la bulle était dégonflée et que cette monnaie allait mourir de sa belle mort, en ayant ruiné quelques milliers de spéculateurs de la dernière heure.

Jusqu’à l’année dernière encore, peu d’experts savaient très exactement comment le bitcoin fonctionnait,et il passait le plus souvent comme un outil d’escroquerie des plus sophistiqués. La monnaie a bien failli disparaître après avoir ruiné quelques naïfs fortunés.

Aujourd’hui, tout se passe comme si le désordre engendré par le coronavirus avait ouvert un boulevard au bitcoin qui a regagné des couleurs que personne n’avait imaginées. On est passé de 3 000 dollars à plus de 34 000 dollars en un an. Au point que les institutionnels les plus sérieux de la finance internationale s’y intéressent aujourd’hui, ouvrent des comptes et proposent à leurs clients des placements en bitcoin en promettant de passer les 41 000 dollars en 2021. Incroyable mais vrai. L’arrivée des professionnels sur ce marché explique en partie l’ampleur de cette vague spéculative et, paradoxalement, conforte ses garanties.

Le succès du bitcoin pose énormément de questions sur le fonctionnement de notre système monétaire international, mais il pose autant de questions à l’épargnant qui cherche un placement « juteux » pour employer une partie de ses réserves de précaution liquides et stériles en termes de rendement ou de plus-value.

Le bitcoin est une monnaie qui a été conçue par un ou plusieurs ingénieurs, connus sous le nom de Satoshi Sakamoto mais que personne dans le monde n’a, a priori, réussi à identifier. Leur idée était de créer un moyen pour que des acteurs particuliers puissent s’échanger des valeurs sans intervention aucune d’un professionnel de la banque ou d’un régulateur d’Etat. En réalité, il s’agit d’un logiciel qui gère toutes les transactions, lesquelles sont vérifiées et enregistrées dans un réseau public qu’on appelle la « blockchain ». Normalement, tout le monde peut consulter les archives et voir qui a fait ou payé quoi.

Chaque intervenant dispose d’une clef digitale qui lui permet d’accéder à son compte et donc au système. Ce système est complément décentralisé. Lorsque deux personnes veulent effectuer une transaction, la première envoie des bitcoins à l’adresse de la seconde. Un peu comme avec un RIB classique sauf qu’on ne passe par aucun intermédiaire.

Cette transaction est enregistrée dans la blockchain et elle est ainsi consignée. Cette consigne va constituer une preuve de la transaction. Alors le système est très lourd en informatique puisqu’il intègre toutes les transactions et leur historique. Personne ne contrôle les opérations. C’est le système qui crédibilise l’ensemble.

Alors pour payer quelqu’un, on doit posséder une clef qui permet de faire des transactions ou stocker des bitcoins sur une plateforme qui abrite son portefeuille. La clef digitale est totalement personnelle.

Ce système présente beaucoup d’avantages parce que les transferts sont instantanés, ils peuvent s’opérer sans limite sur toute la planète et les frais sont très inférieurs à ceux d’une banque. Il n’y a ni limite de montant, ni contrôle de l’origine et ouvert à tout le monde.

Le seul inconvénient est qu’il n’y a pas d’instance pour juger ou régler les conflits ou les désaccords entre deux intervenants et le système.

C’est d‘ailleurs la raison pour laquelle cette monnaie, comme toutes les crypto monnaies, sont dans le collimateur des gouvernements qui pourraient à tout moment les faire interdire. Sauf que ces monnaies ont beaucoup de succès, et d’autres renaitraient sur les cendres de celles qui viendraient d’être fermées. Ajoutons que certains gouvernements peuvent aussi les utiliser pour se livrer à des opérations qu’ils ne voudraient pas rendre publiques

Le bitcoin a été créé en 2009, l’administration américaine l’a fait interdire quand il a eu la preuve que le réseau était utilisé par des réseaux criminels spécialisés dans les jeux d’argent, la drogue ou la prostitution.

Aujourd’hui, on considère que le bitcoin s’est un peu assaini. Les activités illégales restent sans doute importantes, mais son succès tient surtout à la méfiance que suscite le fonctionnement du système économique mondial.

La montée du protectionnisme pour lutter contre les excès de la mondialisation a poussé les opérateurs internationaux vers des moyens moins visibles et hors contrôle. Le poids des menaces américaines à l’encontre de certains pays ont encouragé les détournements de trafic. Enfin, les dégâts économiques provoqués par la pandémie ont bloqué beaucoup d’activités et gonflé les épargnes non utilisées. Les investisseurs institutionnels ont donc commencé à explorer des mécanismes de placement plus risqués (et par conséquent plus générateurs de profit) que les comptes courants ou comptes bloqués.

Il existe désormais beaucoup de sites et d’officines qui se proposent d’ouvrir des comptes en bitcoin et de vous inscrire au sein de ce club qui a accès à cette blockchain grâce à la clef digitale qui vous sera attribuée.

D’expérience, il paraît très facile d’acheter des bitcoins en payant avec des dollars ou des euros. On achète ces bitcoins à ceux qui veulent en vendre. Actuellement, ceux qui veulent acheter des bitcoins sont plus nombreux que ceux qui veulent en vendre. D’où la montée vertigineuse des cours.  Que se passera-t-il le jour où la demande sera inférieure à l'offre de bitcoins ? Les cours baisseront. C’est déjà arrivé dans la courte histoire de cette monnaie. Mais à ce moment-là, il n’y aura aucune banque centrale, aucun Etat capable de réguler et d’apporter de la liquidité ou une quelconque garantie. Ce jour-là, le risque se retournera contre l’épargnant. Un peu comme chez Madoff, les derniers arrivés permettront aux premiers de protéger leur fortune mais pas très longtemps.

Mais le fait nouveau, c’est évidemment l’arrivée de la Chine. Quand, à la fin de l’année dernière, la banque centrale chinoise a proposé que le yuan numérique devienne la crypto monnaie officielle de la République populaire de Chine, elle a sensiblement changé la donne. Il s’agissait, bien sûr, d’empêcher les fortunes chinoises de s’évader via le bitcoin. Mais pour ce faire, la Chine a choisi d’intégrer le yuan digital à la monnaie officielle de la République populaire de Chine. Ce qui revient à écarter de fait toute autre cryptomonnaie avec, à la clef, des sanctions relativement sévères et des amendes proportionnelles au montant créé et une peine de prison ferme.

En fait, tout se passe comme si Pékin reprenait le contrôle de cette monnaie et donnait à la Chine, une place à part sur le marché des cryptomonnaies. C’est la première fois qu’un gouvernement prend une telle décision. De quoi donner des idées aux autres ou alors tout simplement assécher le marché des bitcoins ?

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