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©JOEL SAGET / AFP

Les entrepreneurs parlent aux Français

La bourse ou la vie. La bourse déconnectée du monde réel

Denis Jacquet revient cette semaine sur les dérives du marché boursier en ces temps de crise économique face à l'impact du coronavirus.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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Il semble que la bourse n’ait pas les mêmes cordons que la nôtre. Cet outil au service du financement des entreprises semble avoir pris congé avec la réalité de la vie quotidienne, pour vivre une vie autonome. Les valorisations constatées ces 3 derniers mois révèlent un système qui consacre la survalorisation déconnectée du présent et du futur. Faut il en être inquiet, furieux, satisfait?

Un peu tout à la fois en réalité.

La bourse, qui a près de 4 siècles, s’offre une nouvelle jeunesse régulièrement, en faisant sa mue, mais au profit des plus puissants. Sans cesse. Elle est de vertue légère. Elle aime s’afficher avec les puissants et leur laisse la place du Roi. Depuis les années 50 on a progressivement constaté un changement progressif vers la déconnexion. A l’époque et pour quelques décennies, l’actionnaire de la bourse était le bon commerçant, l’entrepreneur de région, le cadre de la “middle-class”. Pour lui la bourse était une affaire ancrée dans le présent et le futur prévisible. Son instinct et son bon sens guidait ses décisions. Le tiroir-caisse de son entreprise était son guide. Inquiet face à la consommation il vendait, confiant dans l’aspect replet de son portefeuille, il investissait massivement.  La Rue était ainsi au pouvoir, “main street” comme ils disent, et la bourse fournissait aux entreprises l’investissement dont elles avaient besoin pour se développer et conquérir.

Depuis, l’actionnaire, “le patron” a changé. Il a troqué le jean’s pour le costume 3 pièces, même par temps chaud. Le retraité est le plus grand actionnaire du monde, mais plus en direct, mais via les fonds de pension. Ces derniers confrontés partout dans le monde occidental, au problème des retraites, met du charbon dans la loco, même si elle va déjà trop vite, car il faut faire des plus-values colossales, à tout prix, pour payer les retraites promises. Au palmarès des bourses déconnectées, figurent en tête la Chine et surtout les USA. Les bourses Européennes, elles, ont certes repris de la vigueur, mais sans commune mesure avec leurs grandes soeurs américaines, qui cumulent plus de 21 TRILLIARDS de dollars de valorisation. N’essayez pas de compter, cela fait mal à la tête. 

De plus, elle se présente sous forme d’indices. Et le Nasdaq, graal des valeurs technologiques, nirvana de la survalorisation, sorte d’objet financier volant plus identifié, caracole sur quelques montures, qui à elles seules dopent le valeur de tout l’ensemble. 76% de la capitalisation boursière est le fait de quelques valeurs, GAFAM en tête, et plus particulièrement de celles qui ont profité du Covid, notamment Amazon. 200Mds de valorisation en plus en 3 mois. Surnaturel. Jeff Bezos à récupéré une large partie de ce qu’il a laissé dans son divorce, en dormant. Et son ex-épouse, est désormais officiellement la femme la plus riche du monde, sans y avoir rien produit. En bas de la chaîne, les salariés des entrepôts comptent toujours en centaines de dollars. La machine à inégalité du partage des richesses tourne à plein régime. Néanmoins, on pourrait arguer, qu’Amazon mérite son excédent de valorisation, puisqu’ils ont tourné à fonds pendant la crise. Mais c’est une survalorisation sur une survalorisation. Et la déconnexion par la déconnexion, fait de la déconnexion au carré, et de la folie au cube.

La bourse accroît les inégalités, impitoyablement et un peu plus certainement chaque jour. Dans les années 50, la middle-class était au pouvoir. Aujourd’hui 88% des revenus au delà de 100 K$ sont investis en action, quand 19% seulement de ceux qui gagnent moins de 45 K$ en possèdent. Les riches s’enrichissent en dormant, les autre travaillent au lieu de dormir, pour compenser.

Leurs amis de Chine, présents au Nasdaq, n’ont rien à leur envier. Alibaba, Tencent, ont fait un bond énorme depuis 3 mois également. Et encore plus sur 1 année. L’indice est poussé par ces quelques valeurs, mais surtout la bourse est dopée, aux hormones de croissance, non pas le marché, la vie véritable, mais pas l’argent de singe (Monkey Money) déversé par toutes les banques centrales, et notamment la FED, ce qui conduit à faire pleuvoir le cash sur les entreprises, qui dès lors se valorisent de façon totalement artificielle. Empruntant sans complexe et à coût nul ou négatif, dopant ainsi leur valeur. Personne ne sait évaluer la force de la récession, le coût social et humain qu’elle va entraîner, et pourtant les valeurs font la fête presque chaque semaine, de façon assez indécente au final. Comme en 2009. Les plus riches avaient accru de près de 30% leur richesse d’avant.

Il est temps, puisque le sport national est à l'incantatoire sur le monde “d'après”, de bâtir ou plutôt redonner à la bourse sa saveur, sa valeur, son rôle “d’avant”. De ressouder le couple entre la “rue” et “la salle de marché”, remettre de l’humain dans un trading à haute fréquence poussé par les machines. Des machines capables depuis 1 mois, de faire perdre 4% par jour à AA, ou UA ou boeing, pendant 2 jours, pour lui faire reprendre 9% le troisième jour. Sans AUCUNE raison valide ou concrète.

Il faudrait redonner le pouvoir à ce qui reste de la classe moyenne, mais aussi à la classe plus populaire. La fiscalité doit en être l’instrument incitatif. Peut-être faut il interdire ou limiter la participation des fonds de pension et autre collecteurs d’épargne, dans les valeurs qui ne font pas de profits. Et ainsi rétablir la valeur du profit. C’est bien le bénéfice pour une société. C’est utile, car cela peut se partager au lieu de se cumuler entre quelques mains rares et sélectives. Il faut repenser ce système, qui reste le meilleur, mais pas tel qu’il fonctionne désormais.

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