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L’obésité de notre système de santé face à l’agilité de ses acteurs
©SEBASTIEN BOZON / AFP

Organisation dynamique

L’obésité de notre système de santé face à l’agilité de ses acteurs

Frédéric Dubois, Fondateur du groupe d'hospitalisation privée Médi-Partenaires (devenu Elsan), membre exécutif de la Fondation des usagers et du système de santé, revient sur la coordination territoriale entre le secteur privé et le secteur public face à la crise sanitaire du Covid-19 et sur les enjeux des réformes à venir.

Frédéric Dubois

Frédéric Dubois

Frédéric Dubois est fondateur du groupe de santé privé Médi-Partenaires devenu Elsan et Membre exécutif de la Fondation des usagers et du système de santé.

 

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De façon remarquable, les hôpitaux publics et privés ont augmenté dans un temps record leur capacité de soins en réanimation pour répondre à la doctrine de lutte contre l’épidémie du gouvernement. C’est bien grâce au dévouement de tous les soignants hospitaliers et libéraux que le système n’a pas plié sous la force de la vague épidémique. Si les soignants ont démontré leur agilité, l’organisation du système de soins a trébuché par obésité.

La coordination entre secteur public et privé a dans un premier temps été chaotique, et il faut s’interroger sur les raisons pour lesquelles, alors que le Plan blanc était déclenché et que les hôpitaux publics étaient proches de la saturation, des ARS n’ont pas immédiatement fait appel au secteur privé ? 

Une fois des ajustements faits, la coordination territoriale des deux secteurs s’est finalement mise en place de manière satisfaisante. La répartition des prises en charge des patients a été parfaitement gérée par les professionnels de santé indifféremment publics et privés réunis au sein des territoires par un même souci de santé publique. La France faisait la démonstration de l’interopérabilité de ses acteurs de santé formés dans les mêmes écoles et universités, riche de la pluralité de ses offreurs de soins.

Les cliniques et hôpitaux privés ont déprogrammé plus de 100 000 opérations chirurgicales, mis à disposition 4 000 lits de réanimation supplémentaires et pris en charge notamment 25% des réanimations dans les Hauts-de-France et en Île-de-France. Les praticiens libéraux qui y exercent ont suspendu leur activité et prêté main forte aux hôpitaux publics. Le secteur privé, à cette occasion, a démontré non seulement sa capacité à participer pleinement au service public, mais également sa solidarité. 91% des Français estiment que la collaboration entre cliniques privées et hôpitaux publics pendant la crise a été une «bonne chose», et 61% une «très bonne chose» selon le sondage Viavoice.

Demain, souhaitons-nous conserver une offre de santé plurielle public privé ?

C’est ce que souhaitent 77% des répondants au sondage. Si les professionnels de santé exercent en tous temps le même métier et font corps, le système reste en revanche dogmatique. Au lieu de favoriser la complémentarité entre les deux secteurs, les pouvoirs publics prennent systématiquement le parti inverse et n’ont de cesse de décourager la médecine libérale et d’encadrer l’activité des établissements privés : mesures tarifaires fortement négatives (- 8% de tarifs de 2012 à 2017, stabilisés ensuite), refus d’autorisations d’activité privée (42 départements sans service d’urgence, 71 sans lit de réanimation, 30 sans maternité).

Le bon sens doit guider les investissements colossaux que le gouvernement s’apprête à réaliser. La santé n’a pas de prix et la priorité absolue est de sauver des vies mais elle a un coût qui doit rester supportable pour la collectivité. La recherche du meilleur rapport coût/efficacité dans le respect des critères de qualité et de sécurité, doit primer sur toute autre considération. À ce titre, la Cour des comptes a démontré au fil de ses rapports une efficience supérieure de 20% du secteur privé sur le secteur public. Et c’est paradoxalement l’existence du secteur privé qui, par son meilleur rapport coût/efficacité pour la collectivité, a masqué un système très coûteux en regard de son efficacité, et permit de le maintenir en équilibre.

Et si nous accordions toute notre confiance aux acteurs de santé et misions sur leur agilité pour procéder à une réforme en profondeur du système lui-même ?

France et Allemagne investissent toutes deux en dépenses de santé 11% de leur PIB. L’efficacité allemande repose sur une organisation décentralisée et un libre choix des assurés de leur caisse régionale d’assurance maladie. Les secteurs public et privé bénéficient d’une égalité de traitement au point que certains landers n’ont pas hésité à confier la gestion d’hôpitaux publics à des acteurs privés.

En France, l’État est à la fois planificateur, régulateur et payeur. Par le biais de ses multiples organismes, il cumule les genres, décide de tout et veut tout contrôler. L’administration ne cesse de réguler, avec une hyper production de normes et de contraintes inutiles. Gabegie, centralisation excessive et bureaucratie étouffante doivent cesser. Un tiers du personnel des hôpitaux public est administratif quand la norme européenne ne dépasse pas 20%.

Le Président de la République vient enfin de reconnaître les erreurs du passé et d’annoncer un « Ségur de la santé » qui devra, nous l’espérons, se traduire prioritairement par une revalorisation des rémunérations des soignants des secteurs public et privé et des actes médicaux libéraux.

Au sein de l’hôpital public, il s’agira également d’installer une réelle coopération entre le management et les équipes médicales notamment pour élaborer le projet médical et le programme d’investissement (en particulier en adaptant le nombre de lits pour favoriser le développement de l’ambulatoire) sur le modèle des cliniques privées.

De même, une meilleure coordination entre la médecine de ville et les hôpitaux publics à travers un maillage territorial décentralisé s’impose. Les 55 000 praticiens libéraux actuellement délaissés par le système devront constituer la première ligne sanitaire, orienter les urgences et assurer la prévention.

Une meilleure structuration du parcours de soins en imposant un suivi des patients notamment avec des outils digitaux, et en mettant l’accent sur la pertinence des actes, est enfin indispensable.

Profitons de l’engagement du Président de la République pour changer une fois pour toutes la gouvernance du système en éliminant la bureaucratie et en remettant au cœur du dispositif les acteurs de santé publics et libéraux ainsi que les acteurs politiques territoriaux. Laissons les recréer une organisation dynamique en utilisant mieux les moyens déjà existants et en s’appuyant sur une meilleure collaboration entre les acteurs publics et privés.

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