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L‘Insee et la Banque de France sous-entendent que les 10 milliards des Gilets jaunes pourraient sauver l’économie française de la déprime. Vraiment ?

C’est évidemment politiquement incorrect à dire, mais les prévisions économiques pour 2019 nous indiquent que le plan de relance spécial Gilets jaunes pourrait booster l’économie française.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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C’est évidemment politiquement incorrect que de prétendre que le plan « Gilets jaunes » va faire du bien à l’économie française, alors que beaucoup ont crié à la catastrophe. Et pourtant ! Les prévisions de conjoncture qui sortent de l’Insee et de la Banque de France laissent penser que l’année 2019, qui s’annonçait très déprimée, pourrait résister grâce à la hausse de pouvoir d’achat, lequel sera boosté par le plan de relance de plus de 10 milliards d’euros. Explications.

1er point : la situation actuelle est mauvaise, l’année 2018 se terminera sur une croissance ramenée à 1,5%,  ce qui est très faible, avec une perspective 2019 encore plus dégradée. Les instituts de prévisions considèrent que les évènements sociaux de cette fin d’année nous couteront 0,2 point de PIB en moins. Ce qui impacte le déficit budgétaire, puisque les dépenses publiques continuent de courir alors que les recettes fiscales tombent avec l’activité.

2e point : la perspective 2019 est potentiellement mauvaise, compte tenu de la conjoncture mondiale, la hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis et sans doute en Europe, les incertitudes sur le prix du pétrole, la persistance des pressions protectionnistes, le risque de guerre commerciale alimenté par les antagonismes entre la Chine et les Etats-Unis et enfin, les effets d’un Brexit de plus en plus incertain, tout cela ne crée pas un climat favorable à une croissance forte. La France est évidemment impactée. Sauf qu’il existe en France des forces de rappel.

3e point : selon les instituts de conjoncture, il existe en effet en France, des forces de rappel qui pourraient compenser les effets du ralentissement mondial. Les hausses de pouvoir d’achat pourraient dépasser les 3% sur 2019. Ces hausses sont le résultat des mesures Macron, celles prises dans le calme il y a plus d’un an sur la taxe d’habitation, la baisse des charges qui vont enfin produire leurs effets, auxquelles il faut ajouter la baisse du prix du pétrole et l’ensemble des mesures Gilets jaunes, prises dans l’urgence et le désordre cette semaine, mais qui pèsent néanmoins plus de 10 milliards d’euros. Alors à partir de là, trois solutions:

Ou bien ce pouvoir d’achat sera consommé et dans ce cas, le moteur de la consommation va booster la croissance.  

Ou bien il est épargné et investi dans l’économie et dans ce cas là, c’est tout bénéfice pour le moteur de l’investissement.  

Ou bien il est placé dans une épargne de précaution et s’en ira financer le déficit budgétaire, qui sera creusé à 3,2% du PIB selon le nouvel objectif fixé par le gouvernement.

 

Dans aucun cas de figure, l’effet Gilets jaunes ne serait négatif. Les 10 milliards ne seront pas financés autrement que par de la dette, mais ils seront rapidement recyclés.

 

Reste un problème de timing. Cette équation fonctionne sur le court terme (un an maximum) et sauve l’exercice 2019, mais elle n’assure pas à terme le redressement du système français.

Avec deux moteurs allumés, la consommation et l’investissement, la fusée restera poussive dans la compétition mondiale, faute de compétitivité.  D’où l’accroissement du déficit commercial, d’où la permanence d’un chômage de masse aux environs de 9%, ce qui reste une catastrophe pour le tissu social.  

La France n’a donc toujours pas de visibilité à moyen terme. Elle a soigné une fracture mais elle ne peut toujours pas courir.

4e point : la France est dans l’obligation de maintenir son effort de réformes structurelles pour retrouver de la productivité et de la compétitivité.

Compétitivité coût avec la baisse des charges qui pèsent sur le salaire.

Compétitivité hors coût avec des investissements massifs pour monter en gamme et innover.

Cette obligation explique que, pendant toute la séquence Gilets Jaunes, jamais le gouvernement n’a cédé sur les réformes structurelles.

Ce gouvernement paie très cher un plan de relance de la demande pour ramener le calme et préserver la sécurité publique, mais il maint Kent aussi tous les autres projets qui contribuent à plus de flexibilité dans le droit du travail, moins de normes sociales et fiscales, plus de formation (école et formation professionnelle), et une fiscalité compétitive sur le capital et les revenus du capital pour maintenir l’attractivité de la France.

Les Gilets jaunes pouvaient très bien achever le quinquennat d’Emmanuel Macron, dès la fin de cette année et dans des conditions de violence inouïe, parce qu’il n y avait pas, dans le cadre de la démocratie représentative qui est la nôtre, une alternative crédible.

Mais la réaction du pouvoir, très critiquée par beaucoup parce que trop lente, aura été finalement assez efficace.  

D’abord, avec le recul, on peut dire qu’Emmanuel Macron a laissé le mouvement s’épuiser face au mur de ses contradictions, en laissant penser qu’il était à la merci des manifestants.   

Dans un deuxième temps, il a payé la rançon pour libérer la rue et les ronds-point sur la base des demandes factuelles. Il y a donc eu une sorte d’arrangement financier.

On peut considérer maintenant que cette facture de 10 milliards d’euros sera autofinancée par l’activité qu‘elle va engendrer.  

Mais enfin, il faut considérer que rien n’est réglé au fond. Il reste ce sacro saint déficit de compétitivité qui explique tous les autres. D’où le maintien des réformes pour retrouver de la croissance et des emplois.

Sans croissance et sans emploi, d’autres Gilets jaunes pourraient sortir dans la rue, des chômeurs par exemple dont on a peu parlé, et secouer l’arbre qui n’a pourtant pas beaucoup de fruits à donner.

 

 

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