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Emmanuel Macron coronavirus covid-19
©LUDOVIC MARIN / AFP

Bis repetita

Isolement des cas positifs : le ratage massif qu’Emmanuel Macron feint de ne pas voir (et qui pourrait faire échouer le 2ème déconfinement)

Le chef de l'Etat s'est exprimé ce mercredi sur la crise sanitaire du Covid-19. La politique d'isolement est malheureusement l'une des failles du dispositif français pour lutter efficacement contre la pandémie et pour casser la transmission du virus.

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze est chirurgien à Perpignan.

Passionné par les avancées extraordinaires de sa spécialité depuis un demi siècle, il est resté très attentif aux conditions d'exercice et à l'évolution du système qui conditionnent la qualité des soins.

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Les Français entrent dans le deuxième confinement, bis repetita

Les choses répétées deux fois.

« Il y a peut-être des ressemblances avec la tempête qu’il a connue, mais ça ne suffit pas pour annoncer la copie du pire. Bis repetita ? Scientifiques et nature n’aiment pas, ce sera forcément différent.

Jean-Michel Riou en prologue de « les voleurs d’ouragan », Flammarion, 2000.

Ce sera différent

Les déterminants épidémiologiques ont changé.

D’une part ce sera différent car la pandémie et sa déclinaison hexagonale sont des phénomènes biologiques complexes liés à la transmission du virus lors d’échanges entre humains d’air expiré contenant des gouttelettes chargées de virus. Ces échanges se déroulent dans des conditions que les comportements, le temps, le climat modifient. Ainsi les phases ne se répètent pas à l’identique. Exemple: la phase sporadique était due à l’importation en France d’un virus jusque là inconnu et sa transmission s’est faite à partir des foyers initiaux. Ils étaient tous situés à l’est d’une ligne Fécamp - Grau du Roi. Paris, Mulhouse, Lyon, Marseille. Deuxième exemple: la phase actuelle est endémique. Elle comprend les foyers de départ (qui n’ont pas été totalement maîtrisés entre mai et septembre) plus les deux côtes atlantique et méditerranéenne où les humains ont transmis massivement cet été et le brassage du retour vers les villes après la période estivale. Toute la France est touchée en métropole comme en outre mer. Géographiquement, mais aussi météorologiquement c’est très différent. Il fait plus froid, plus humide et les humains vivent plus à l’intérieur.

C’est aussi très différent parce que nous sommes avertis de la pandémie et nos comportements ont changé.

Les Français se protègent beaucoup mieux grâce aux masques et autres interruptions mécaniques de la transmission virale, la principale étant l’éviction des espaces clos. Donc chacun comprend bien que d’une part la transmission concerne toute la population ou presque mais que d’autre part le nombre de particules virales lors de la contamination a diminué. Ces deux phénomènes contradictoires ont pourtant provoqué une résultante positive de contamination. Les marqueurs précoces de cette accélération sont présents depuis que le nombre de nouveaux cas est reparti à la hausse après la fin du premier confinement. Ils ont été pointés par les scientifiques mais niés par les gourous médiatiques et certains journalistes atteints de “médiamétrite aiguë” une maladie beaucoup plus grave que le virus lui même. Elle consiste à privilégier la négation de tout et à alimenter l’idée que les gouvernements « mondial » et macronien sont main dans la main pour manipuler l’opinion. C’est soit dit en passant leur reconnaître des qualités d’efficacité extravagantes. Car en réalité c’est tout le contraire, le gouvernement français subit la pandémie depuis le début et les Français aussi malheureusement.

Isolement: toujours rien

Ce qui n’a pas changé c’est l’incapacité de l’organisation sanitaire à casser la transmission des nouveaux cas positifs.

Et cela ne changera pas avec les annonces du président. En effet on confine, mais rien pour préparer l’étape suivante. Car pour le coup les choses vont se répéter. Allègement du confinement sans isoler les nouveaux cas et réascension de ces derniers qui alimentent une nouvelle phase endémique. Pour autant le mot isolement est apparu, enfin, dans le discours présidentiel. « Il faut y réfléchir » a déclaré en substance le président, trop peu, trop tard, le temps perdu dans une pandémie ce sont des morts supplémentaires. Il est totalement vain de continuer à téléphoner à ceux des nouveaux cas qui sont identifiés sans sécuriser l’isolement de tous. Il est vain de laisser à l’initiative de chacun ou à l’ignorance des modalités d’un isolement bien conduit la destinée d’une pandémie. Il faut décider, assumer et convaincre.

Pour cela il est indispensable de recruter des équipes sanitaires de terrain et de rendre obligatoire la transmission de l’identité des cas positifs.

Les brigades n’ont jamais existé dans la vie réelle. Les étudiants en médecine et en soins infirmiers sont à nouveau sans cours présentiels c’est le moment de les impliquer avec les équipes sociales des collectivités locales pour réaliser l’isolement des cas positifs. Ce défi ne peut être relevé que par et avec les exécutifs régionaux. Le point positif c’est que le président a calé la continuité des services publics condition nécessaire à cette organisation sanitaire. J’insiste c’est maintenant que se prépare l’après confinement et pas le lendemain de sa levée. En un mois et avec un élan national on peut relever ce défi.

Ainsi ce sera différent mais attention ce sera peut être plus grave. Ce qui caractérise une pandémie c’est l’incertitude. Rappelons que les prévisions des modèles donnent une mortalité élevée en Europe et singulièrement en France d’ici février 2021. Donc le rôle régalien de l’état c’est de protéger par tous moyens la population, pas uniquement de rester au dessous des 9000 cas à admettre en réanimation..

La confiance

La perte de confiance est telle dans le pays que ce sont les nombreux morts réels des dernières semaines de la Covid-19 qui ont fait réagir l’exécutif et le président.

On connaît l’histoire.

Dans le monde académique, politique, journalistique français des individus ont choisi leur opposition politique au macronisme plutôt que la nécessaire rationalité qui peut nous guider dans un événement aussi grave et imprévu. Ils ont si peu de vision politique qu’ils ont fait de la pandémie une création de leur bête noire. Leur sens de l’intérêt national est apparu minuscule face à leurs théories mensongères. Il y a peu les négateurs répondaient du tac au tac avec l’arrogance qui les caractérise: « il n’y a rien que des cas asymptomatiques ou des malades très légers »; « les nouveaux cas sont sans conséquences, montrez la courbe des décès! Il n’y a pas de morts laissons faire »; «  la Suède l’a bien montré il ne faut rien faire l’immunité arrive pas besoin du vaccin de big pharma »; « les médecins devraient se taire et aller soigner ». Quelle nausée à l’évocation de ces affirmations encore toute récentes quand réapparaissent, dans les très petites lucarnes des smartphones, les mêmes individus minimisant ou niant leurs propos et faisant d’autres prédictions encore plus infondées. Et puis il y a le troupeau des suiveurs peu nombreux mais bruyants qui posent des questions toutes copiées-collées de FranceSoir, YouTube et d’autres publications que la révolution numérique a rendues virales et « gratuites » mais intrinsèquement complotistes. Leur orientation est systématique: faire en sorte que les individus rationnels perdent beaucoup de temps à démonter des allégations fantaisistes ou criminelles au lieu d’exposer les faits et leur déterminisme. Il faut sans complaisance livrer cette bataille de l’information et ce sous d'autre forme que le bla bla officiel.

Pourquoi est on acculé au confinement?

Principalement parce que nous n’avons pas réussi à diminuer nos interactions sociales contaminantes. 

Les outils de la réponse sanitaire dont nous disposons en France sont maintenant importants. Il y a des moyens en terme de masques de tests et de soins.  Les outils qui font défaut sont d’ordre organisationnels. Les résultats des tests sont trop longs à atteindre leurs récipiendaires car la hiérarchisation est insuffisante comme le poids des habitudes et de la réglementation dans la multiplication des zones de tests. L’isolement des cas contacts et des cas positifs est déficient depuis le début de la pandémie. Les projections des modèles sont assez fiables pour les prochaines quatre semaines: le nombre de nouveaux cas signifie mécaniquement un nombre de malades et de patients à admettre en réanimation qui approche les 9000 nous dit le président. Le coup de frein aux interactions est indispensable et nous ne disposons que du confinement. Mais il faut garder à l’esprit que le but est de diminuer les interactions sociales pas de nuire à la vie de tous les jours comme en mars. Le gouvernement sera jugé sur sa capacité à tirer les leçons du confinement indifférencié généralisé.

L’Allemagne citée comme un exemple d’évidence à agir, ou comment comparer deux situations opposées

En effet l’Allemagne met en place des restrictions aux interactions sociales mais la transmission du virus mesurée par les nouveaux cas positifs est beaucoup plus faible. En réalité l'Allemagne met en place ces mesures beaucoup plus tôt que la France à contaminations égales. Et ce alors que les Landers isolent beaucoup de cas positifs grâce à un dispositif obligatoire et assisté. L’étude du nombre de morts Covid-19 par millions d’habitants est très éloquente à cet égard.

Au total les interactions sociales vont être réduites pour tous, porteurs du virus, immunisés ou naïfs immunologiques: c’est bien sûr très efficace mais peu efficient. Le résultat est attendu mais le prix est élevé. Il faut donc que ce confinement soit le plus différencié, court et sélectif possible. Toutes les activités économiques où les personnes sont masquées et où la densité dans les espaces clos de même que l’hygiène sont respectées doivent rester ouvertes.

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