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Pourquoi ces femmes se disputent-elles entre elles au lieu d'essayer d'incarner le principe d'autorité qui manque tant au pays ? Parce qu'on ne force pas le respect, on l'inspire.
©JOEL SAGET / AFP

Virilité féminine

Guerres NKM contre Dati, Hidalgo contre El Khomri, quand les femmes prouvent leurs manières tellement différentes de faire de la politique

Que ce soit Nathalie Kosciusko-Morizet et Rachida Dati, ou Anne Hidalgo et Myriam El Khomri, les rivalités entre femmes en politique ne manquent pas de nos jours. Alors que le machisme est souvent pointé du doigt dans la sphère politique, la violence des rapports entre femmes est, elle aussi, une réalité.

Christian Combaz

Christian Combaz

Christian Combaz, romancier, longtemps éditorialiste au Figaro, présente un billet vidéo quotidien sur TVLibertés sous le titre "La France de Campagnol" en écho à la publication en 2012 de Gens de campagnol (Flammarion)Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Eloge de l'âge (4 éditions). En avril 2017 au moment de signer le service de presse de son dernier livre "Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos", son éditeur lui rend les droits, lui laisse l'à-valoir, et le livre se retrouve meilleure vente pendant trois semaines sur Amazon en édition numérique. Il reparaît en version papier, augmentée de plusieurs chapitres, en juin aux Editions Le Retour aux Sources.

Retrouvez les écrits de Christian Combaz sur son site: http://christiancombaz.com

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L'un des thèmes les plus éculés dans le monde politique français depuis vingt ans concerne la désinvolture, l'ironie, la galanterie appuyée, offensante, avec laquelle les hommes traiteraient les femmes, fussent-elles ultra-diplômées, phénomène attribué au machisme latin, etc. Depuis dix ans, elles vont même jusqu'à parler de violence à propos des disgrâces qu'elles subissent, des jugements qu'on leur applique, des révocations soudaines, comme celle qui frappa la plupart des ministres femmes de Juppé après le remaniement de 1995 et qui leur valut le sobriquet de Jupettes. Mais en vérité, quand on examine la question d'un oeil égal, c'est-à-dire neutre au sens propre, ni masculin ni féminin, on s'aperçoit que les femmes entre elles sont plus violentes que jamais depuis vingt ans et probablement plus encore sous les socialistes pour une raison simple : les hommes ne sont plus là pour atténuer cette violence en incarnant une autorité morale indiscutable, capable de faire honte à ceux et celles qui déchaînent des querelles d'adolescents à table.

Les hommes politiques sont pourtant très nombreux à occuper le terrain, mais ils ne font pas le poids. Le paysage est peuplé d'une foule de personnages de peu d'épaisseur, au profil mal défini, qui passent leur temps à répondre à des questions sans intérêt sur des chaînes de télé sans audience. Hamon, Le Maire, Macron, Mariton, autant de seconds couteaux à l'égo insistant à défaut d'être dominant. Or justement, la raison pour laquelle les femmes de premier plan deviennent rapidement impitoyables les unes envers les autres est que personne n'est vraiment là pour pour incarner la profondeur qui fait taire la niaiserie à table. Vous savez, celle qui était autrefois dévolue au père dans les familles, et à défaut au frère aîné, en tout cas au mâle quand il disait "quand c'est non c'est non, et la discussion est close".

Pourquoi ? Parce que le système s'est arrangé au fil des années pour éradiquer, à l'américaine, le machisme institutionnel, administratif, médiatique, verbal, et pour laisser entendre que l'autorité naturelle, ça n'existe pas. Le mâle qui dit non doit aller se faire soigner. On l'a dit en ces termes vingt fois à Sarkozy, les doubles pages de Marianne en étaient pleines, c'était un cinglé, il avait le culot de se fâcher pendant le conseil des ministres, etc. 
Du coup, on se retrouve en 2012 avec un successeur qui ânonne des discours à la Casimir et qui parle aux journalistes plutôt qu'à ses ministres. On est dans une sorte de cour de Louis XVI où rien n'est plus codifié ni garanti. Les gens qui détiennent  le pouvoir de dire non sont de moins en moins nombreux. D'ailleurs, les textes leur interdisent presque tout . Les médias les condamnent au moindre écart de langage. On a même pu voir une députée socialiste considérer comme une offense majeure le fait qu'un collègue ait dit au micro "c'est qui cette nana ?". Dans une situation psychologique comme celle introduite par Hollande, mâle fuyant et narcissique qui ne dit jamais oui et jamais non de peur d'être mal vu, les tempéraments féminins qu'on appellera pudiquement "en recherche" (ultra-nombreux autour de lui, et qu'il traite comme un goujat) se déchaînent les uns contre les autres. Est-ce pour prendre sa place ? Pas du tout, quand on y réfléchit c'est par dépit d'avoir émasculé le père et le frère aîné, et d'en être réduit à vivre une Régence perpétuelle, avec des prétendants poudrés comme Macron, des représentants qui ne représentent plus personne, des anciens du royaume à la Juppé, mais elles sentent bien que Versailles n'est plus ce qu'il était.

Alors pourquoi ces femmes se disputent-elles entre elles au lieu d'essayer d'incarner le principe d'autorité qui manque tant au pays ? Parce qu'on ne force pas le respect, on l'inspire. Parce qu'elles n'ont pas tué le père, elles se disputent la faveur d'un père absent, falot, un fantôme d'autorité, un père de gauche en somme. Elles ne peuvent pas le remplacer faute de savoir par où commencer. Quand on a grandi dans un monde sans autorité, on ne peut pas l'inventer. 

Il en est une, pourtant, qui n'est pas de gauche, dont le père est encore trop présent, mais tout indique qu'elle est en train de s'en affranchir, et qui a eu le temps d'analyser ce que signifiait le pouvoir. La meilleure preuve est qu'elle ne s'en prend jamais aux autres femmes en politique, ne commente que rarement leurs propos, c'est tout juste si elle consent à s'aviser de leur existence. C'est assez normal car elles sont pour la plupart inexistantes.

Visiblement celle-là a dépassé le stade des querelles entre filles.

Non, je ne parle pas de Nathalie Kosciusko-Morizet.

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