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Google-Renault-Nissan-Mitsubishi : pas encore un mariage mais déjà un concubinage

Google s’allie à Renault pour fournir le système Android qui équipera toutes les fonctionnalités du tableau de bord des voitures du groupe.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Ça n’est pas un simple deal industriel, c’est prémonitoire d’une nouvelle révolution. 

Annoncé par l‘agence Dow-Jones, cette association n‘a pas provoqué d’onde de choc dans l’opinion des automobilistes, mais elle a fait l’effet d’une petite bombe dans le cercle fermé des grands constructeurs mondiaux. Parce qu‘en l’absence de détails sur le contrat, on est en droit d’imaginer les effets de l’arrivée de Google dans la voiture, source nouvelle et intarissable sur le comportement des automobilistes. Jusqu’alors, la voiture était une sorte de cage de Faraday où l’automobiliste était isolé du monde digital qui l’entoure au foyer ou au travail ; isolé et protégé. Si Google entre dans la voiture, Google fera rentrer l’automobiliste dans son coffre de data détenu par Google 

Depuis plus de 5 ans, les grands du digital mobilisent énormément d’investissements pour apporter des solutions de mobilité. Apple, Google, Amazon, Microsoft travaillent tous sur la question des voitures connectées et autonomes... Ils travaillent aussi sur des implantations mondiales de système capables d’offrir une mobilité à un prix abordable. D’où Uber et ses concurrents. A tel point que beaucoup d’observateurs attendaient les Gafa dans l’antichambre des constructeurs. Ils ont les moyens financiers de racheter toutes les marques du monde. 

Carlos Ghosn (il faut lui rendre cette justice) n’a jamais cru que les GAFA viendraient investir dans l’automobile. « Ils auraient les moyens de racheter la totalité des constructeurs du monde entier, mais pourquoi le faire alors qu’ils vont nous livrer l’électronique de bord ». Et ces propos datent de 2013.

« Notre problème de constructeurs va être de grossir afin de négocier dans les meilleures positions avec les fournisseurs. Il nous faudrait peser au moins 10 millions de véhicules annuels » (propos tenus dans la Saga Renault réalisée en 2014 pour BFM TV par Jean-Marc Sylvestre

Depuis l’alliance Renault-Nissan a réussi à franchir le cap des 10 millions de véhicules par an. La firme française commercialise désormais davantage de véhicules qu’aucun autre constructeur.  

A ce niveau, Carlos Ghosn a pu choisir Google comme système d’exploitation de la prochaine génération d’info-divertissement et Google, de son coté, a préféré négocier avec Renault plutôt que de se lancer dans la construction automobile. Alors, pour Google, c’est une victoire puisque depuis plus de 10 ans, Google s’efforçait de répliquer dans l’automobile le succès qu’il a bâti dans les smartphones 

L’alliance Renault-Nissan représente 10,6 millions de véhicules vendus chaque année dans le monde et à partir de 2021, ces voitures seront équipés de Google Map et de toutes les applications qui vont avec, sans parler de l’assistant vocal qui passera par le tableau de bord nouvelle formule.

Renault rejoint Audi, filiale de Volkswagen, qui avait été le premier constructeur à ingérer le système de navigation de Google à ses véhicules. 

Les autres constructeurs ont toujours été très réticents à s’engager.  Résultat : la grande majorité des automobilistes utilise encore leur smartphone pour trouver leur route par exemple. Pour une raison très simple, les interfaces développées par les constructeurs ne sont jamais fiables ou aussi faciles d’utilisation. La plupart des systèmes d’info-divertissement qui étaient embarqués ou greffés à l’automobile ont quand même tendance à bugger et les mises à jour sont compliquées ou coûteuses. 

L’initiative de Renault va débloquer les autres constructeurs sous pression. 

Pour Google, cette arrivée dans le secteur automobile est hyper importante. Non seulement Google va fournir les systèmes qui équipent les tableaux de bord, mais Google va en théorie disposer d’une masse d’informations nouvelles sur les automobilistes qui pourront relier et transporter leur environnement numérique, entre les différents terminaux, la voiture, les mobiles, les ordinateurs domestiques ou de bureau. La voiture restait isolée. 

Google va tout savoir sur l’automobiliste, sa localisation, ses arrêts, ou combien de temps et pourquoi faire, ce qu‘il écoute et ce qu’il regarde. En plus de ce que Google sait déjà en apprenant via les autres terminaux. 

Cette omniprésence de Google soulève toutes les questions chez les constructeurs et justifie leurs réticences. 

A priori, Renault Nissan a levé les inconnues et écarté les raisons de s’inquiéter de cette hégémonie. A priori, Renault a négocié un partage des droit à l‘usage de cette Data.  

Mais ni Google, ni Renault n’ont voulu dévoiler les conditions du contrat de concubinage. Parce que si ça n’est pas un mariage, ça ressemble fort à un contrat de Pacs ou de concubinage.  

 

 

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