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Gilets jaunes : et le seul vrai gagnant est Amazon

La grande distribution a été le seul secteur touché par le mouvement des Glets jaunes. Reste à surveiller l'industrie, le tourisme et le moral des consommateurs. Et le E-commerce…

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Le Ministre de l’Economie a réuni les principaux acteurs du secteur commercial, chambres de commerce et distributeurs, assureurs et banquiers, Medef etc. - pour évaluer les conséquences du mouvement des Gilets jaunes, et en amortir les effets. 

L’objectif, éviter que les barrages sur les routes continuent d’empêcher les consommateurs de se rendre dans les centres commerciaux, et de bloquer les entrepôts à partir desquels on approvisionne les commerçants. 

1er point : C’est dans le commerce de détail que les conséquences ont été les plus importantes. 

Selon le délégué général de la FCD, la Fédération du commerce et de la distribution, Jacques Creyssel, les pertes de chiffre d’affaires sont estimées à 35% lors du premier week-end de manifestations, les 17 et 18 novembre. La baisse des ventes s’est un peu ralentie dans la semaine, pour replonger à nouveau lors du week-end dernier, notamment à Paris. D’abord, parce que tout le quartier des Champs Elysées a été bloqué et par ailleurs, l'ensemble de Paris a été beaucoup moins fréquenté que d’ordinaire. La circulation étant compliquée, beaucoup de stations de métro ont été fermées pour des raisons de sécurité. Bref, la campagne de promotion du Black Friday est un peu tombée à l’eau. 

L’ensemble des commerçants espère un retour à l’ordre pour le prochain week-end, le premier du mois de décembre. Parce que le mois de décembre est le mois le plus fort en terme de consommation, puisque d’ordinaire les commerçants font entre 20 et 30 % de leur chiffre d’affaires annuel au moment des fêtes de fin d’année. 

2e point : le blocage des entrepôts depuis une semaine a beaucoup désorganisé la chaine d’approvisionnement des enseignes. Tout le monde travaille désormais en flux tendus, c’est à dire que la grande distribution ne fait plus de stock. Elle se fait livrer au jour le jour ou presque. Les stocks sont gérés en amont par les industriels, les intermédiaires et leurs entrepôts et les transporteurs. Si les camions ne peuvent pas circuler, si les entrepôts ne sont pas accessibles, les magasins ne sont pas livrés. 

3e point : En début de chaine, les industriels risquent de perdre des commandes. On n’en est pas là, mais le risque existe si le mouvement se poursuivait où se durcissait. 

4e point, la perspective de l’activité des touristes de fin d’année a été sans doute fragilisée par les images de désastre des Champs Elysées qui ont fait le tour du monde. A une époque où les touristes se décident au dernier moment, les hôteliers, les grands restaurants et Airbnb s’attendent à une baisse de fréquentation des touristes étrangers. Les plus sensibles à ce type de désordre étant les Asiatiques et les Américains qui viennent en Europe et qui, devant les risques, peuvent décider de court-circuiter l’étape parisienne pour choisir Londres ou Berlin. 

5e point, le grand et le seul gagnant sera le E-commerce, à commencer par le premier des acteurs du secteur, Amazon, qui a encore amélioré ses procédures de livraison (gratuite et de plus en plus rapide). Alors que le montant global de la consommation des Français baisse légèrement depuis le 1e janvier 2018 (1500 milliards), le chiffre d’affaires du E-commerce va dépasser cette année les 100 milliards d‘euros en hausse de 15%. 

Dans la situation actuelle, et au-delà des effets sur le rush des fêtes de fin d’année, les économistes craignent que ce climat politique pèse à moyen terme sur le moral des consommateurs. C’est une des analyses que l’on peut faire des chiffres de la dernière enquête consommateurs de l’INSEE. Cette enquête ne marque pas d’inquiétude particulière, mais elle ne montre pas d’emballement particulier. D’autant qu’elle a été réalisée avant le mouvement des Gilets jaunes. 

Or, si les conditions de pouvoir d’achat ne se sont pas détériorées en cette fin d’année, le ressenti du pouvoir d’achat, lui, s’est aggravé. Le pouvoir de dépenser a diminué, d’abord parce que les dépenses contraintes (ou préenregistrées) ont encore augmenté (gaz, électricité, internet, logement et énergie). C’est d’ailleurs le ressenti de ce pouvoir de dépenser en baisse qui a déclenché le mouvement des Gilets jaunes. Mais en plus, le discours récurrent des Gilets jaunes a accru le caractère anxiogène des prévisions, d’où le réflexe de contraction. 

Ne parlons pas des effets du prélèvement à la source qui risquent de créer des mauvaises surprises chez la plupart des contribuables dès la fin du mois de janvier. 

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