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Crédits Photo: CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

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François-Xavier Bellamy pris au piège par le passé européen des LR… ou visage d’une nouvelle droite ?

François-Xavier Bellamy fait parti de ceux qui pensent que Viktor Orban ne doit pas être exclu du Parti populaire européen (PPE), parti qui regroupe majoritairement des élus de droite au Parlement européen.

Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

Voir la bio »Pascal Fontaine

Pascal Fontaine

Pascal Fontaine est directeur honoraire au Parlement européen, professeur à l’École Normale Supérieure et à l’Institut d’Études Politiques de Paris.

Il est l'auteur de L'Union européenne : Histoire, institutions, politiquesparu en mai 2012 aux éditions Points Essais.


 

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Atlantico : Aujourd'hui, deux lignes s'opposent au sein du PPE, la ligne classique, et une autre plus "favorable" à Viktor Orban. A-t-on une idée de celle qui pourrait arriver en tête à l'issu des élections européennes ? 

Cyrille Bret : 

le Partie Populaire Européen est historiquement le premier parti au Parlement et dans les institutions européennes. Conjuguant les démocraties chrétiennes modernistes et pro-européennes puissantes de l’Allemagne (CDU-CSU), de l’Italie et du Benelux, il a oeuvré à la construction européenne à travers plusieurs grandes figures historiques pour l’Europe, au premier cher Adenauer et De Gasperi. Toutefois, il est dans la nature d’une fédération de partis aussi large que le PPE d’être composite. Ainsi, au fil du temps se sont joint à lui des forces différentes. Au premier chef le RPR, devenu UMP puis LR en France. En effet, la tradition bonapartiste, étatiste et laïque du RPR est différente de la tradition de la négociation et de la décentralisation de la démocratie chrétienne ailleurs en Europe. Avec la montée en puissance médiatique de Viktor Orban en Europe depuis une décennie, l’ADN du PPE a été modifié. Outre les partis conservateurs classiques comme Plateforme Civique en Pologne, le PPE a accueilli le Fidesz qui s’est progressivement éloigné de la tradition démocrate chrétienne du PPE. AInsi, la position des pouvoirs publics hongrois concernant les demandeurs d’asile durant la crise de 2015 est en rupture flagrante avec la ligne du Pape François et de la Chancelière Merkel. Cela a eu un effet d’entraînement sur le PPE où conserver la première place en siège au Parlement est devenu un objectif en soi. Ainsi, pour bénéficier de l’apport des sièges de la Hongrie, plusieurs partis du PPE ont commencé à transiger sur les valeurs fondamentales de l’Union que la Hongrie a manifestement mis à mal comme l’a attesté le vote de septembre dernier au Parlement européen. aujourd’hui, le PPE n’est pas pris en deux lignes politiques. Il est pris entre sa ligne politique traditionnelle, pro-européenne et modernistes, d’une part, et, d’autre part, une ligne purement tactique qui se fixe pour objectif le maximum de siège au Parlement face à la montée de la Ligue et à la transformation des Libéraux sous l’impulsion d’Emmanuel Macron

Pascal Fontaine : Il est difficile de se prononcer sur ce qui pourrait arriver au terme des élections européennes tant les incertitudes sont nombreuses. De nombreux facteurs demeurent encore incertains, on ne sait pas encore s'il y aura des bouleversements majeurs au sein du PPE après les élections. Cela dépendra, entre autres, du vote ou non des Britanniques. 

Si le Brexit est repoussé et qu'ils ont la possibilité de voter, un certain nombre de députés travaillistes serait alors élus ce qui pourrait empêcher le PPE de rester le groupe le plus important au sein du Parlement européen. Ceci serait non seulement catastrophique pour le PPE puisque le parti européen est majoritaire au Parlement depuis 1999 mais remettrait également en question un certain nombre de nominations. De plus, dans un tel cas de figure la France perdrait plusieurs députés autant sur la liste LR que sur celle de LREM ou encore du RN.

La tête de liste LR, François-Xavier Bellamy est de ceux qui estiment que Viktor Orban ne doit pas être exclu du PPE. Lors du débat de jeudi dernier  ses opposants lui ont reproché de ne pas être en accord avec la ligne habituelle des députés LR au Parlement européen. Qu'en est-il réellement ? Est-ce le signe que François -Xavier Bellamy est quelque peu coupé de la réalité de son parti ou alors anticipe-t-il un virage plus à droite au sein du PPE ? 

Cyrille Bret : 

Bellamy n’est que la voix de son maître. Il incarne la ligne fixée par Laurent Wauquiez et s’en fait l’écho. Il s’agit d’une radicalisation des thèmes de la droite française : la promotion de l’identité européenne y conduit à une crispation sur l’héritage chrétien du continent; la lutte contre le terrorisme y est assimilée au rejet de l’islam; le respect de la souveraineté populaire y prend les accents d’un populiste anti-élites et anti-européens. En somme, le laxisme envers Orban prôné par LR est le symptôme de l’exiguïté de sa base politique. Laurent Wauquiez et FW Bellamy vise les 15% de l’électorat conservateur et anti-européens qu’il se dispute avec Marine Le Pen. Loin de l’ambition modernisatrice et européenne des grands leaders de la droite française. Ce calcul peut paraître payant à court terme en siphonnant les voix du RN. En réalité il renforcera les adversaires de LR, d’une part en légitimant encore un peu plus le populisme anti-européen et d’autre part en ramenant les électeurs centristes démocrates chrétiens vers l’UDI et LaREM. Pour LR, défendre Orban, c’est cliver pour exister à court terme. Et perdre le leadership sur la droite française à moyen terme.


En défendant une telle ligne François-Xavier Bellamy ne fait-il pas un pari risqué ? Dans le cas où la ligne classique du PPE l'emporterait ne risquerait pas d'être mis à l'écart ? Dans le cas contraire, peut-on estimer qu'il se retrouverait alors en position de force au sein du Parlement ?  

Cyrille Bret : 

Le PPE sera conduit à aller plus loin lors des négociations qui suivront les élections européennes. Quel que soit le résultat, il attestera d’une montée en puissance au moins rhétorique de la Ligue, du RN, du PVV et du FPÖ. Dégagés des enjeux électoraux les eurodéputés PPE se réveilleront et verront à quel point garder le Fidesz en leur sein loin de les renforcer minera leur crédibilité pour la future mandature. Le parti historique de la construction européenne ne peut garder en son sein un parti ouvertement en rupture avec les principes de l’Union.

Pascal Fontaine : Aujourd'hui, Viktor Orban est en stand-by. L'ensemble du PPE va être amené à trouver une formule qui sauvera la face à tous. C'est essentiel, puisque le départ du président hongrois serait lourd de conséquences pour le parti européen notamment parce qu'il risquerait de créer un nouveau groupe avec ses alliés polonais, italiens... ce qui donnerait lieu à une situation chaotique. Cependant, le danger représenté par une telle situation est encore loin étant donné que Viktor Orban ne peut pas se séparer de l'influence allemande et notamment de la CDU dont l'influence au sein du Parlement est conséquente. 

Face à cette situation, François-Xavier Bellamy a fort intérêt à adhérer à la ligne majoritaire du PPE quelle qu'elle soit à l'issu des élections. D'autant plus, que c'est l'Allemagne qui domine le Parlement et donc réellement l'Allemagne qui établit la ligne dominante. D'après les derniers sondages, Les Républicains, quant à eux, ne rassembleraient que 12,5% des intentions de vote ce qui voudrait dire que le parti n'enverrait que 11 députés au Parlement européen et ainsi pèserait finalement très peu dans la balance parlementaire. De plus, Bellamy risque de n'avoir guère de choix puisqu'il a derrière lui une numéro 2 proche de Valérie Pécresse et un numéro 3 jupéiste qui en plus d'adopter la ligne majoritaire ne voudront guère quitter le PPE. 

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