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Et si la plus grande menace pour l’économie française venait d’Allemagne ?
©John MACDOUGALL / POOL / AFP

Danger

Et si la plus grande menace pour l’économie française venait d’Allemagne ?

Le conseil économique allemand qui travaille avec la chancellerie entend pousser la BCE à revenir à une politique monétaire plus restrictive. Contrairement aux besoins de l’économie française.

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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Atlantico : Le Conseil allemand des experts économiques appelle à ce que la BCE normalise sa politique monétaire face au risque d’inflation. Quel poids a-t-il ? La BCE risque-t-elle de suivre cet avis ?

Rémi Bourgeot : Ce conseil jouit d’un prestige important en Allemagne. Son rôle consiste simplement à émettre des recommandations d’ordre macroéconomique. Si son poids est surtout de nature symbolique, le conseil se fait l’écho d’un désaccord grandissant en Allemagne face aux conditions monétaires de la zone euro et en particulier en Allemagne, avec une inflation à 4,5% en octobre. Le débat est tellement irréconciliable entre cultures monétaires européennes que les dirigeants actuels de la BCE savent qu’ils ne pourront pas revenir sur leurs pas s’ils indiquent une quelconque inflexion à ce point dans le sens des critiques allemandes. C’est ce qui rend cette situation tout de même très atypique. La BCE a mis en place un véritable programme d’achats massifs en 2015, plus de sept ans après le début de la crise mondiale et après toutes les grandes banques centrales. Cela a été accompagné de la politique de taux nuls puis en partie négatifs, encore avec des années de retard. Mais depuis, sur la base de ce retard et de ce mur politico-culturel, il lui a été impossible de corriger sa position comme les autres, au risque de gonfler les pires bulles financières et surtout immobilières. 


A quel point une politique monétaire plus restrictive serait-elle contre-productive pour la France ?
Nous nous trouvons aujourd’hui dans une tendance de reprise prononcée, avec une croissance d’environ 6%, après la dépression causée par les restrictions de la pandémie. Derrière ces chiffres très agrégés, on constate une situation très détériorée sur de nombreux fronts. L’activité manufacturière est toujours en recul de 6% par rapport à la période prépandémie, le marché de l’emploi reste bouleversé, le coût de la vie augmente avec de multiples pénuries, de l’électronique aux matières premières. La reprise dépend de l’environnement monétaire. Mais il convient aussi de mesurer à quel point celui-ci, ancré dans une politique de crise perpétuelle, est problématique dans la durée avec le creusement de bulles diverses, comme la bulle immobilière, qui ravage notre compétitivité et détourne l’épargne des investissements productifs réels.

Est-ce actuellement la menace qui pourrait être le plus dommageable à l’économie française ?

On ne peut s’attendre à court terme à une inflexion monétaire. En réalité ce qui est débat n’est pas tant un changement de politique monétaire qu’un début de signaux dans ce sens. Le camp du QE perpétuel comprend qu’il faut retarder les signaux de changement le plus possible, car il sera par la suite très difficile, politiquement, de revenir en arrière, incroyablement plus que pour les autres banques centrales qui peuvent davantage s’adapter à la situation réelle et présente.

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