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Dans la candidature de Macron, il y a bien une sorte de relation historique entre les électeurs et lui. L’homme s’adresse directement au peuple, à l’opinion publique, en suivant une démarche qui n’a rien à envier à une mission de consultant en entreprise.
©RTL

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Emmanuel Macron : l’étrange pari du bonapartisme participatif

Si Emmanuel Macron est aujourd'hui candidat à l'élection présidentielle de 2017, sa personnalité, son projet de gouvernance et son programme restent encore relativement méconnus du grand public.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Tiens! Emmanuel Macron déclare sa candidature, avec une interrogation majeure sur son angle d’attaque: assumera-t-il ou non le bonapartisme intrinsèque de son geste? Macron ne s’appuie en effet sur aucun parti ni sur aucun mandat pour partir à l’assaut de l’Elysée. Sa décision ne manque pas de panache. Elle se heurte toutefois à une difficulté historique de la politique française.

La tentation bonapartiste

Dans la candidature de Macron, il y a bien une sorte de relation historique entre les électeurs et lui. L’homme s’adresse directement au peuple, à l’opinion publique, en suivant une démarche qui n’a rien à envier à une mission de consultant dans une entreprise : phase de diagnostic, travail collaboratif, restitutions en bonne et due forme. Macron est concentré sur sa campagne comme un junior du Boston Consulting Group. Il en ressort quand même le sentiment d’une audace qui n’est pas déplaisante et qui attire plutôt la sympathie. Ce n’est pas tous les jours qu’on tombe sur un candidat à la présidence qui défie les appareils officiels.

Cette relation singulière entre un homme et le corps électoral ressuscite bien le geste bonapartiste, et le projet ne manque pas de marquer les esprits.

Macron a-t-il les épaules d’un sauveur?

Reste à savoir si, au-delà des soutiens dont il bénéficie dans l’élite parisienne, Macron est taillé pour ce rôle de sauveur qu’il entend jouer. L’opinion publique française, on le sait, est exigeante. Elle aime que son président soit blanchi sous le harnais, qu’il fasse preuve d’endurance en subissant pendant plusieurs années l’épreuve électorale.

Jusqu’ici, Emmanuel Macron est passé à côté de cette loi du genre. Les sondages semblent lui conférer une réelle popularité à gauche, sans qu’il n’ait eu à user ses fonds de culotte sur les bancs des scrutins. Encore faut-il que sa candidature fasse long feu et qu’il survive au premier choc de la primaire à gauche. Ce sera son épreuve de vérité.

Le précédent de Ségolène Royal

Pour parvenir à ses fins, Macron use d’une technique dans laquelle certains verront un artifice: le programme collaboratif qui, décidément, devient une tarte à la crème de la politique française.

D’une manière générale, les programmes collaboratifs sont compliqués à faire vivre de façon sincère, dans la mesure où l’intelligence collective qu’il faut déployer pour réussir l’exercice est colossale. Les annonces de Macron méritent donc d’être prises avec un certain recul.

Ce recul est d’autant plus nécessaire que Macron s’affranchit du code implicite selon lequel seul un élu peut se présenter à l’élection présidentielle. Comme Ségolène et la « Ségosphère » de 2007, Macron devra donc réussir l’exploit de concilier une démarche bonapartiste très volontaire avec une logique de collaboration liquide. Ce mariage de la carpe et du lapin, de l’autorité et de l’écoute, de la verticalité et de l’horizontalité, est tout sauf simple à réussir.

Combien de temps la candidature Macron durera-t-elle? On suivra les sondages avec attention pour suivre l’évolution de ce parcours hors norme dont on a le sentiment qu’il se situe en permanence sur une ligne de crête. Mais c’est peut-être cela la politique: atteindre son objectif par un chemin escarpé, et sans trébucher.

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