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Stephen Bannon, vient de Breitbart News, où il a aidé à diffuser les idées des nationalistes partisans de la suprématie blanche et à ressusciter la réputation des adeptes de la stratégie de la peur contre l'immigration.
©Reuters

THE DAILY BEAST

Donald Trump recrute l’ultra-conservateur Steve Bannon… pour le plus grand bonheur des partisans de la suprématie blanche

En tant que patron du site ultra-conservateur Breitbart News, Steve Bannon a largement participé à la banalisation des points de vue racistes et antisémites de la droite dure - dite "droite alternative" - rassemblée derrière Trump. Ses militants se réjouissent aujourd’hui de voir Bannon prendre la tête de la campagne de leur champion.

Gideon Resnick

Gideon Resnick

Gideon Resnick est journaliste pour The Daily Beast.

Voir la bio »Betsy Woodruff

Betsy Woodruff

Betsy Woodruff est journaliste pour The Daily Beast.

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Copyright The Daily Beast - Betsy Woodruff & Gideon Resnick (traduction par Julie Mangematin)

L’équipe de campagne de Donald Trump a été remaniée – et ses fans ultra-nationalistes sont ravis.

Le nouveau directeur général de campagne, Stephen Bannon, vient de Breitbart News (site d’opinion très conservateur, ndlr) - où il a aidé à diffuser les idées des nationalistes partisans de la suprématie blanche et à ressusciter la réputation des adeptes de la stratégie de la peur contre l'immigration.

Aujourd’hui, les nationalistes partisans de la suprématie blanche dépensent beaucoup d’énergie à s’inquiéter de l’accroissement des populations hispanique et musulmane aux Etats-Unis. Il se trouve que le site Breitbart News aussi a passé beaucoup de temps à s’en préoccuper. Et les militants voient en Bannon un compagnon de route rompu à la communication médiatique, et ethno-nationaliste.

"Dernièrement, Breitbart a émergé comme un site nationaliste et a fait du bon boulot sur l’immigration en particulier", remarque Peter Brimelow, éditorialiste chez VDare.com contacté par le Daily Beast.

VDare est un site militant pour la suprématie de la race blanche. Il tire son nom de Virginia Dare, premier enfant blanc né parmi les colons britanniques en Amérique du Nord. Brimelow raconte que Bannon et lui se sont brièvement rencontrés le mois dernier et ont échangé des plaisanteries au sujet de leur travail respectif.

"C’est agaçant parce que VDare.com n’est pas habitué à la compétition", a ajouté Brimelow : "je présume que c’est dû à Bannon, donc son recrutement est une excellente nouvelle".

Brimelow n’est pas le seul nationaliste de premier plan à se féliciter de l’embauche de Bannon. Richard Spencer, qui est à la tête du think-tank suprémaciste National Policy Institute, s’en est aussi réjoui. Sous la direction de Bannon, Breitbart a couvert avec bienveillance le mouvement suprémaciste blanc de la droite alternative "Alt Right". Et Spencer est ravi.

"Breitbart a des affinités électives avec la droite alternative, et Alt Right a clairement influencé Breitbart", note-t-il. "En ce sens, Breitbart a joué un rôle de passerelle entre les idées de la droite alternative et les éditorialistes. Je ne pense pas qu’il l’ait fait délibérément ; encore une fois, c’est une question d’affinités électives".

Spencer estime que Breitbart et Bannon ont aidé les idées de la droite alternative à gagner en légitimité – et, plus important encore, à accroître leur audience de façon exponentielle. Il en veut pour preuve le travail de Milo Yiannopoulos.

"Avec l’article de Milo sur la droite alternative, il est devenu évident que Breitbart compte parmi ses rangs des gens qui nous prennent au sérieux, même qu’ils n’appartiennent pas eux-mêmes officiellement à la droite alternative".

Le 29 mars 2016, Milo Yiannopoulos a publié une tribune sur Alt Right, vantant les mérites de ses membres "dangereusement brillants" et louant les sites VDare et American Renaissance, "mélanges éclectiques de renégats". American Renaissance est chapeauté par Jared Taylor, qui prône la ségrégation raciale volontaire et affirme que les Afro-américains sont génétiquement prédisposés à devenir des criminels.

Yiannopoulos a défendu Brimelow et Taylor en avançant qu’ils "ne veulent pas créer de pogroms" - ce qui n’est… pas vraiment rassurant.

Invité à réagir, Yiannopoulos a redirigé le Daily Beast vers Alexander Marlow, le rédacteur en chef de Breibrat. Il n’a répondu à aucune demande de commentaire.

La campagne de Clinton s’est immédiatement emparée de l’annonce dans une audioconférence mercredi après-midi, soulignant les liens de Bannon avec Alt Right. "Après plusieurs tentatives infructueuses d’endosser un rôle plus sérieux et présidentiel, Donald Trump a décidé de redoubler d’ardeur dans ses instinct les plus petits et les plus mauvais, en divisant l’opinion, en confiant sa campagne à quelqu’un qui s’est essentiellement fait connaitre en animant un prétendu site d’information qui diffuse des théories du complot parfois racistes, islamophobes, antisémites, qui divisent l’opinion", a déclaré à la presse le directeur de campagne de Clinton, Robby Mook.

L’équipe de campagne de Clinton n’a pas donné suite à une relance par mail visant à savoir si des accréditations de presse seraient toujours délivrées aux reporters de Breitbart.

Bannon n’a pas seulement fait de Breitbart le lieu de rendez-vous des partisans de la suprématie blanche. Il a aussi accueilli dans ses rangs un universitaire blacklisté par le mouvement conservateur traditionnel après avoir affirmé qu’il existe une corrélation entre la race et le QI. Breitbart met souvent en avant le travail de Jason Richwine, qui a dû démissionner de la fondation conservatrice Heritage suite aux révélations de la presse sur sa thèse soutenue à Harvard, où il défendait l’idée selon laquelle les personnes hispaniques ont des QI moins élevés que les blancs non-hispaniques.

Bannon adore Richwine. Le 6 janvier dernier, alors que Richwine était invité dans l’émission de radio de Breitbart, Bannon l’a présenté comme "l'un des cerveaux les plus affutés sur les questions démographiques, tout ce problème de l’immigration, et ce que cela signifie pour notre pays".

Et, sans surprise, Bannon ne tarit pas d’éloges à l’égard de Pamela Geller, une militante du mouvement contre-Djihad (mouvement américain citoyen et militant qui prétend protéger le pays contre le suprémacisme islamique, ndlr.) qui met en garde contre la "Sharia rampante" ("creeping Sharia"). Invitée dans l’émission radio de Breitbart animée par Bannon sur SiriusXM, elle a été qualifiée "d’experte parmi les meilleurs du pays, voire du monde" sur l’islam.

Geller a déclaré au Daily Beast qu’elle était ravie de la nouvelle de l’embauche de Bannon.

"Steve Bannon est un guerrier" a-t-elle dit au Daily Beast : "il a compris depuis longtemps que c’est une guerre qui se déroule sur le champ de bataille de l’information (chose que la droite a échoué à saisir malgré la machine de guerre mise en place par la gauche pour discréditer ceux avec qui elle n’est pas d’accord). Les médias veulent détruire Donald Trump. Trump a besoin d’un champion, un 'Patton', un Bannon. C’est une excellente nouvelle".

Plus précisément, Geller affirme que Bannon "dit tout haut ce que des millions d’Américains pensent : qu’on doit dire la vérité sur le djihad et sur l’invasion musulmane en Occident".

Un ancien de Breitbart formule les choses un peu différemment. Kurt Bardella, qui travaillait pour le site jusqu’à sa récente démission, raconte que Bannon formulait régulièrement des remarques racistes pendant les réunions internes.

"Je me suis réveillé et c’était la fin du monde", a-t-il confié au Daily Beast : "ils ont nommé une brute tyrannique – un personnage dont les méthodes de management passent par l’agression verbale et l’intimidation".

"Il a fait tant de remarques déplacées sur les minorités et les homosexuels que je ne les comptais plus", a-t-il ajouté.

Bardella, qui vit en Virginie et a fait partie de l’équipe du comité républicain du Congrès, affirme qu’en novembre, pour la première fois de sa vie, il votera pour un candidat démocrate : Hillary Clinton.

— Lloyd Grove a contribué à ce reportage

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