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©JIM WATSON

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Trump ou Biden : les deux candidats ont un seul et même remède pour sauver l’économie, endetter l’Amérique

La crise sanitaire a complètement rebattu les cartes et remis les compteurs à zéro. Mais le business américain estime que les perspectives économiques ne changeront pas fondamentalement selon le vainqueur. Trump ou Biden, l’Amérique se relancera à crédit. Et le comble, c’est qu’il faudra emprunter cet argent aux Chinois.

Aude Kersulec

Aude Kersulec

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 

Voir la bio »Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Les grandes entreprises américaines et les milieux financiers n’attendent pas de changements importants à l’issue de l’élection présidentielle. Que ce soit Donald Trump ou Joe Biden. L’élection va se jouer à la marge sur un autre terrain.  Parce que sur le fond de la crise économique et sur les moyens de relancer la machine, ils seront condamnés l’un et l’autre à faire appel au crédit.

En général , les élections aux Etats-Unis se gagnent dans le portefeuille des Américains. Si les Américains trouvent que leur situation s’est améliorée depuis 4 ans, ils votent en faveur du candidat sortant. Si au contraire, leur situation financière s’est dégradée, ils  estimeront que le président est en cause.

Alors, pour Donald Trump qui, au début 2020, affichait un bilan économique réussi, avec de la croissance et un taux de chômage historiquement bas, à 3,5%, cette crise sanitaire qui a provoqué une chute de l’activité a obscurci complètement l’horizon. Le virus a tout chamboulé.

La production américaine s’est complètement écroulée au deuxième trimestre, bien plus que chez nous, avec une baisse de 32% du PIB, mais très rapidement rattrapée au troisième trimestre. Cela dit, si l’épidémie ne freine pas sa circulation et c’est le cas, la crise devrait tout de même laisser le pays en récession pour cette année, aux alentours de -3/-4%. Avec un chômage qui a explosé, il a doublé depuis janvier, même si l’on est déjà repassé sous les 10%. Une perte d’emplois qui amène généralement beaucoup d’Américains à perdre leur couverture santé, voire leur logement en même temps.

De cette précarité, qui ne fait pas débat au niveau du diagnostic, même si Donald Trump a tendance à en minimiser les effets,  les deux candidats ont deux façons différentes de vouloir la combattre, selon le clivage traditionnel entre démocrates et républicains, entre la gauche et la droite américaine. Et c’est peut-être la question des impôts qui permettra de les départager. Ils ont une vision radicalement différente de la fiscalité.

Donald Trump a organisé pendant son 1er mandat des baisses d’impôts assez massives pour les entreprises et les particuliers. Son projet ( et son programme ) est de continuer sur la même lignée. Pour lui, c’est ce qui permet de dégager du revenu disponible et de relancer la croissance, l’économie.

Avec Joe Biden, il y aurait un rétropédalage fiscal sur l’impôt sur les sociétés, qui devrait passer de 21% à 28% et une hausse d’impôts pour les plus fortunés : à la fois pour l’impôt sur le revenu et sur la fiscalité des revenus du capital, via une taxation plus forte des plus-values. Un besoin économique et social. Les plus riches, particuliers comme sociétés devront participer beaucoup plus à l’effort public. Et ce sont ces dépenses supplémentaires qui, dans une logique redistributive, devraient permettre à l’économie américaine de rester à flot.

Mais quoi qu’on dise, dans les deux cas, l’argent mis sur la table pour financer les relances dues à la crise sera celui de la dette.

C’est le point commun entre les deux candidats. Les deux hommes sont plutôt d’accord pour dépenser sans compter et les montants sont finalement assez proches, malgré les mésententes en ce moment sur le plan de relance. Le fond, la pensée est la même. S’endetter pour payer la reprise, de toute façon les taux d’emprunts, on le sait avec les annonces de la Réserve fédérale, resteront à 0 jusqu’en 2023 au moins. On est sur un schéma du « quoiqu’il en coute », on ne se met pas de barrière à créer de la dette.

Il y aura donc un deuxième plan de relance, appelé stimulus aux Etats-Unis, qui devrait passer en toute vraisemblance après la présidentielle et qui devrait mobiliser autour des 2000 milliards de dollars. Au final, les Etats-Unis devraient être endettés comme jamais, avec une dette prévue à plus de 107% en 2021, au même niveau que pendant la deuxième guerre mondiale.

Mais pour l’un comme pour l’autre, il s’agira de trouver le financement de la dette. En interne, les Américains ne sont pas des épargnants, ils vivent eux-mêmes à crédit le plus souvent. Au niveau fiscal et même si Joe Biden appelle à un peu plus d’impôts, l’exécutif ne pourra pas aller très loin. Il faudra aller chercher cette épargne à l’extérieur, ce que l’Amérique a toujours fait depuis une vingtaine d’années pour maintenir son niveau de vie. Et où aller sinon dans les pays qui ont des excédents financiers à commencer par la Chine ?

Le paradoxe de cette situation est que c’est la Chine qui financera la relance américaine. La Chine, qui pour beaucoup d’Américains est en partie responsable de cette pandémie catastrophique viendra à la rescousse de son premier client pour éviter son effondrement.

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