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©SAUL LOEB / AFP

Accords historiques

Donald Trump a-t-il plus contribué à la paix entre Israël et les pays arabes que ses prédécesseurs depuis 30 ans ?

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a signé, ce mardi à la Maison Blanche, avec les Emirats arabes unis et Bahreïn des accords historiques qui bousculent les équilibres au Moyen-Orient. Donald Trump a affirmé que "cinq ou six pays" arabes supplémentaires suivraient.

Frédéric Encel

Frédéric Encel

Frédéric Encel est Docteur HDR en géopolitique, maître de conférences à Sciences-Po Paris, Grand prix de la Société de Géographie et membre du Comité de rédaction d'Hérodote, l'auteur a fondé et anime chaque année les Rencontres internationales géopolitiques de Trouville-sur-Mer dont la 5è édition se tiendra  les 26-27 septembre 2020 sur le thème "Mémoire et géopolitique". Il vient de publier Les 100 Mots de la  guerre, coll. Que Sais-Je? (PUF).  

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Atlantico.fr : L'accord signé entre les Emirats et Israël en fait des "alliés objectifs" face à l'Iran. Donald Trump (par l'intermédiaire de Mike Pompeo) vient-il en un mandat de réussir là où tous les gouvernements américains échouent depuis 30 ans?

Frédéric Encel : D'abord, je vous dirais que le rapprochement entre les Emirats arabes unis (EAU) et Israël ne date pas d'hier, puisqu'un premier bureau d'intérêts commercial entre les deux Etats - lesquels n'ont par ailleurs absolument jamais croisé le fer depuis l'indépendance des EAU en 1971 - avait été ouvert en 1996. Vous m'accorderez que Trump était alors bien loin de la Maison-Blanche. Ensuite, voilà déjà une bonne décennie que les axes chiite et sunnite s'affrontent sans cesse plus violemment, avec pour le second la nécessité d'obtenir de l'Etat hébreu des renseignement sur L'Iran honni et ses alliés ainsi que des soutiens à Washington. C'est donc une tendance lourde qui vient de se traduire par une signature qui, bien qu'historique en effet sous plusieurs aspects, ne doit pas grand chose à Donald Trump qui, au fond et en dépit de son tardif et approximatif "deal du siècle", n'a rien révolutionné.  

Cet accord à lui seul peut-il avoir des répercussions plus globales dans la zone?

Non. Je pense qu'il reflète et illustre davantage qu'il ne crée : la toile de fond déjà assez ancienne de la rivalité Iran/Arabie saoudite et leurs alliés respectifs, la coopération sécuritaire contre le Hezbollah chiite libanais et autres houthis yéménites pro-iraniens, l'effondrement de la Ligue arabe (ici parfaitement inaudible du reste) depuis le Printemps arabe de 2011-12, ou encore la relégation du conflit israélo-palestinien en un simple contentieux local ; tout cela s'incarne bien dans l'accord de reconnaissance et y contribue sans doute - surtout avec Bahrein dans la foulée - mais ne modifie pas en profondeur les grands schémas au Moyen-Orient.

L'Autorité Palestinienne et le Hamas ont naturellement dénoncé cet accord. Mais est-ce que les prédictions de Habib Bourguiba qui mettait en garde la Palestine contre la revendication du "tout et tout de suite" ne sont pas en train de s'avérer?

Bourguiba recommandait surtout aux ennemis d'Israël de faire la paix avec lui afin qu'il s'effondre de l'intérieur ! Comme bien d'autres responsables arabes, il ne croyait pas à la pérennité du projet sioniste et à la cohésion de la société israélienne, et considérait que seul le danger extérieur maintenait l'Etat hébreu à flots, ce en quoi il avait naturellement tort faute de connaître correctement la force du projet national juif. A certains égards, Yasser Arafat, le chef de l'Organisation de libération de la Palestine (puis de l'Autorité palestinienne à partir de 1994), avait caressé aussi au cours du processus d'Oslo cette vaine espérance. Concernant les exigences palestiniennes, celles du Hamas ont toujours été fidèles à l'identité de ce mouvement islamiste ; jusqu'au-boutistes, irréalistes et dommageable à la cause palestinienne toute entière. L'Autorité du président Mahmoud Abbas, elle, est prisonnière de la surenchère du Hamas d'un côté, confronté à des coalitions nationalistes israéliennes de l'autre. Dernier cas de figure en date : le plan Trump. Clairement défavorable au "camp" palestinien, il aurait pu et dû être considéré par Ramallah comme un simple document de travail, une sorte de base de départ israélo-américaine à laquelle il convenait d'opposer un plan alternatif.  Il n'en fut rien. Or Abbas n'a pas compris que le rapport de force global avait changé au fil des années en faveur d'Israël et qu'il n'était plus en mesure de rejeter net un plan de paix, fut-il très  imparfait. Puisse l'accord israélo-émirati du 15 septembre 2020 l'en convaincre...

Frédéric Encel a publié "Les 100 mots de la guerre" aux éditions Presses Universitaires de France, PUF, dans la collection Que sais-je ? 

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