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L’assurance chômage connait un fort déficit et une forte dette qui devrait s’élever aux alentours de 30 milliards en 2017.
L’assurance chômage connait un fort déficit et une forte dette qui devrait s’élever aux alentours de 30 milliards en 2017.
©Reuters

Mauvais plan

Dégressivité des allocations chômage : une solution à l’efficacité inadaptée au contexte économique actuel de la France

Alors que le gouvernement envisage la mise en place de la dégressivité des allocations chômage, il apparaît qu’une telle mesure répond davantage à une problématique budgétaire qu’à une tentative de faire baisser les chiffres du chômage.

Eric Heyer

Eric Heyer

Éric Heyer est Directeur adjoint au Département analyse et prévision de l'OFCE (observatoire français des conjonctures économiques - centre de recherche en économie de Sciences Po).

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Atlantico : En quoi la dégressivité des allocations chômage répond-elle à la problématique économique actuelle, entre le contexte macroéconomique et les impératifs budgétaires auxquels le gouvernement peut être confronté ?

Eric Heyer : Si on regarde la problématique financière de l’assurance chômage, oui, cela peut être une réponse. En effet l’assurance chômage connait un fort déficit et une forte dette qui devrait s’élever aux alentours de 30 milliards en 2017.

En revanche ce n’est pas une réponse à la problématique du chômage. La réponse à cette problématique devrait être contra-cyclique. On devrait généralement prendre ce genre de décisions au contraire quand l’économie repart et crée beaucoup d’emplois. C’est alors une façon d’inciter les derniers chômeurs à trouver un emploi. Cependant dans le contexte économique de croissance molle, de destruction d’emplois et de situation de sureffectifs dans les entreprises, ce n’est pas une solution adaptée.

On estime à plusieurs centaines de milliers le nombre de postes non pourvus. La dégressivité de l’allocation chômage pourrait-elle selon vous inciter les chômeurs à trouver un emploi ? 

Non, car on s’aperçoit que ces postes non pourvus le sont quelle que soit la conjoncture. Ce n’est donc pas une question de chômage ou pas. Qu’il y ait un fort taux de chômage ou le plein emploi, il y a toujours un chiffre similaire de postes non pourvus. Cela existe dans tous les pays et quelle que soit la durée d’indemnisation en vigueur dans le pays. La cause de ces offres d’emploi non pourvus est en réalité liée à un manque d’appariement entre les chômeurs et la demande des chefs d’entreprise. Une réponse pour faire diminuer ce nombre de postes non-pourvus serait plutôt de former des chômeurs à ces offres d’emplois, et absolument pas de les faire sortir de l’indemnité.

Lorsqu’il est question du chômage, le problème – réel ou fantasmé - du chômage volontaire est souvent invoqué. La dégressivité de l’allocation chômage permettrait de le réduire. Qu’en pensez-vous ? Est-il possible d’estimer le chômage volontaire ?

Le chômage volontaire n’est pas vraiment évaluable car on ne peut pas dire si un chômeur est réellement en recherche active ou pas. S’il l’est dans les statistiques, on ne peut pas aller plus loin. Le système est fait de manière à ce qu’une personne qui n’est pas en recherche active n’est plus considérée comme chômeur et sort donc des chiffres.

Néanmoins, la dégressivité pourrait effectivement avoir une incidence sur les chômeurs volontaires proches du marché du travail, disposant de qualifications en adéquation avec la demande du marché. Cependant les études faites sur cette question par Brigitte Dormont et Ana Prieto par exemple, montrent que la dégressivité n’a d’incidence que sur les salaires importants et seulement si la baisse du montant de l’indemnité est importante. Par ailleurs, les chômeurs potentiellement susceptibles de réagir à une telle mesure représentent une partie infime des demandeurs d’emploi qui sont aujourd’hui essentiellement des personnes non qualifiées. La dégressivité de l’allocation chômage n’a donc d’effet que sur une partie infime de la masse des chômeurs.  

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