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Similitudes

De Mohamed Merah à Boston, le terrorisme islamiste de "seconde génération"

Retour sur les attentats de Boston du 15 avril dernier qui ont fait 3 morts et 200 blessés et qui rappellent tellement ceux de Toulouse…

Alexandre Del Valle

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient dans des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan) ou bien encore La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur). 

Son dernier ouvrage, coécrit avec Emmanuel Razavi, Le Projet: La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde, est paru en novembre 2019 aux éditions de L'Artilleur. 

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La première leçon que l’on peut tirer des attentats de Boston est leur incroyable similitude avec ceux de Toulouse et Montauban, perpétrés par Mohamed Merah en mars 2012. Dans les deux cas, il s’agit d’attentats islamistes de "seconde génération", au sens propre et figuré, puisqu’il ne s’agit plus d’activistes "professionnels" étrangers, comme Carlos ou les terroristes palestiniens des années 1980 qui frappaient l’Europe, mais d’apprentis terroristes "auto-radicalisés" qui ont souvent la nationalité du pays d’accueil où ont immigré leurs parents. Dans les deux cas, nous avons affaire à deux frères-complices qui auraient pu s’intégrer et qui n’étaient pas du tout "islamo-encartés" au départ, mais qui se sont improvisés terroristes via Internet - comme Mohamed Merah – avant de côtoyer de "vrais" djihadistes aguerris en Occident ou dans les camps d’entraînement d’Asie centrale, pour les frères Tsarnaev, ou d’Afghanistan-Pakistan pour Merah.

Deuxième leçon : l’incompétence des autorités et leur refus de désigner la menace. A Boston comme à Toulouse, les terroristes islamistes "auto-radicalisés", rapidement encartés et donc repérés, étaient connus des services : Merah avait séjourné en prison en 2008-2009, comme son homologue américano-tchétchène Tamerlan Tsarnaev (condamné en 2009 pour avoir frappé sa fiancée). Et de même que Merah fut interrogé par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) avant d’être remis en liberté, le FBI a laissé filer Tamerlan Tsarnaev après l’avoir  interrogé en 2011 sur ses liens avec des groupes salafistes et djihadistes du Caucase et des Etats-Unis... Dans les deux cas, le même "islamiquement correct" a régné dans les discours politiques et les commentaires médiatiques : on a en effet essayé jusqu’au dernier moment de nier la nature même, islamiste, de ces attentats. On a insisté sur le "profil individuel" des "apprentis" terroristes qui "n’étaient pas de bons musulmans", ceci afin d’"éviter l’amalgame" et de ne pas heurter la susceptibilité des lobbies islamiques.

Il est vrai que les organisations islamistes ayant pignon sur rue en Occident comme les Frères musulmans (qui représentent soi-disant l’islamisme "non violent") fondent leur stratégie de ‘com’ sur le communautarisme victimaire et la culpabilisation des Occidentaux "racistes" (alors que l’islam n’a rien à voir avec le sang). Ils œuvrent ainsi, avec la complicité de nos dirigeants (intimidés par les pays producteurs de pétrole), à empêcher toute intégration des musulmans, premières victimes de l’islamisme, et tentent de récupérer le malaise social, comme ils l’ont fait dans les pays musulmans depuis les années 1930 (naissance de l’Arabie saoudite et des Frères musulmans) jusqu’aux "révolutions arabes", réussissant habilement à faire passer leurs doléances obscurantistes pour des revendications antiracistes… Fortes de l’appui des pays de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), Arabie saoudite et Qatar en tête, ces organisations ont donc réussi, sous couvert de "lutte contre l’amalgame", à faire de chaque attentat islamiste une occasion non pas de se remettre en question et de pointer les sources chariatiques de l’islamo-terrorisme, mais au contraire de blâmer les sociétés "islamophobes"…

Aux Etats-Unis, prisonniers de l’alliance contre-nature avec les totalitaires wahhabites saoudiens, comme dans la vieille Europe culpabilisée, cet incroyable renversement des responsabilités permet aux associations islamistes auto-proclamées "représentantes des "musulmans" d’Occident" (ainsi pris en otage), d’empêcher tout débat sur la source théologique du totalitarisme islamiste : l’enseignement légal du Jihad et la banalisation de la violence de la Charia. Ainsi, dans l’affaire Merah comme dans celle de Boston, les médias et dirigeants occidentaux ont tenu à ne pas désigner "hâtivement la piste islamiste", alors qu’avant même de découvrir l’identité des criminels ils n’ont pas hésité à cibler les sectes ou  groupes para-militaires d’extrême-droite.

Troisième leçon : l’Internationalisation du Totalitarisme Islamiste. Derrière la tentative de banaliser la menace, qui consiste à nous dire que les terroristes "auto-radicalisés" ne seraient que des "jeunes désœuvrés" qui ont "basculé" après avoir connu "l’injustice de la prison", par exemple, on peut déceler un inquiétant esprit capitulard et un croissant déni de réalité. Car le "terrorisme islamiste de seconde génération", inauguré avec les Khaled Kelkal, les gangs "islamo-braqueurs" de Lille, les frères Merah ou autres terroristes de "seconde génération", est devenu une composante essentielle de "l’Internationale islamiste". Celle-ci peut désormais frapper de façon décentralisée New Dehli, Londres, New York, Madrid, Djerba, Marrakech ou Boston.

Cette Internationale Verte progresse à la fois par les flux migratoires - clandestins ou légaux - et par l’Internet, du fait de la nature même des sociétés ouvertes. Son meilleur allié est la libre circulation de l’information et surtout l’écho donné par la presse occidentale et le Web - avides de sensationnel -à ses vidéos de sang. De quoi contrarier les prophéties béates des adeptes de la "mondialisation heureuse" qui nous expliquent que l’Humanité est en train d’être pacifiée par les satellites, l’Internet et le consumérisme des sociétés libéral-capitalistes, que le sociologue américain a baptisé "Mc World"...

Or loin de "prouver" que la "menace intégriste" (si mal nommée ainsi par les médias) va disparaître "grâce à la mondialisation", l’apparition de nouveaux terroristes "auto-désintégrés", c’est-à-dire refusant sciemment et l’intégration qu’ils ont connue et l’universalisme de Mc World, démontre plutôt la formidable force d’attraction du Totalitarisme islamiste qui séduit les Blacks-Blancs-Beurs, intimide dirigeants, intellectuels et médias, effraie les peuples, investit les prisons, puis façonne une partie de la culture populaire véhiculée par le "muslim rap" et l’idée que l’islam serait la seule voie de résistance planétaire face à Mc World... D’où les conversions de Latino-américains anti-Gringos du Chiapas au Venezuela et le succès d’Ahmadinejad, du Hezbollah et du Hamas dans le tiers-monde.

Car l’islamo-totalitarisme fascine le contre-peuple, comme hier le fascisme et le communisme séduisait les déshérités, les désœuvrés, les déracinés et les "ressentimentaux" de tout poil, las du vide, de la faiblesse et de la perte de repères des sociétés ouvertes déracinées. Depuis toujours, le totalitarisme se nourrit de l’impuissance des démocraties déclinantes. Il ne faut donc surtout pas croire que l’atomisation du Jihad depuis 2001, consacré récemment par les cas de "micro-terrorisme de seconde génération" à la Merah ou à la Tsarnaev annonce l’essoufflement du "Macro-Jihad" à la Al-Qaïda. Car Al-Qaïda n’est pas une simple organisation centralisée, forcément périssable, mais un virus idéologique totalitaire comme le communisme et le nazisme, une "idéologie de destruction de masse" (IDM) qui progresse grâce au carburant inépuisable du ressentiment, moteur du totalitarisme. Et l’internationalisation de ce totalitarisme vert, avec son drapeau noir du salafisme ou vert des Frères musulmans, qui s’oppose aux drapeaux des nations arabo-musulmans instituées, cela ne veut pas dire qu’il se dénature. Car son espace vital, son "Lebensraum" est l’humanité toute entière, dimension internationalisée qui est parfaitement illustrée par l’apparition en Occident ou ailleurs du micro-terrorisme islamiste "de seconde génération".

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