Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
©LUDOVIC MARIN / AFP

Guerre contre le Coronavirus

Covid-19 : le Président flou

Alors que l’épidémie de Covid-19 progresse en France, le président de la République a annoncé lundi soir une stricte restriction des déplacements pendant au moins quinze jours. Emmanuel Macron a tenté de rassurer les Français face à la crise du Coronavirus. Anita Hausser revient sur l'intervention du chef de l'Etat.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

Voir la bio »

Deuxième prise de parole en moins d'une semaine pour Emmanuel Macron, dans un contexte crise de Coronavirus qui ne cesse de s'amplifier, et de tempête financière provoquée par la paralysie de l'activité économique. Le Chef de l'Etat a annoncé la mise en place  d'un dispositif exceptionnel de 300 milliards d'euros, pour venir en aide aux entreprises, l'élargissement "massif "du dispositif de chômage partiel et la suspension de toutes les réformes en cours, dont celle, impopulaire, des retraites. Le deuxième tour des municipales est reporté. Cependant son intervention était surtout attendue pour l'annonce de mesures de confinement de la population, mesures destinées à enrayer la propagation du virus à l'image de celles mises en place en Italie et Espagne. Mais si Emmanuel Macron a parlé à plusieurs reprises de "guerre", de "guerre contre l'épidémie", il n'a pas manqué de susciter une certaine perplexité, en ne prononçant jamais le terme de "confinement", se contentant de parler de "réduction des déplacements et des contacts au strict nécessaire pour quinze jours au moins".

Au Président de la République, l'appel à l’"esprit solidaire" et au" sens des responsabilités". Aux ministres-singulièrement celui de l'Intérieur, le soin de préciser les modalités de ce dispositif renforcé, qui s'apparente à un confinement à l'italienne,-c'est-à-dire drastique, avec amendes (- de 38 à 135 Euros), à la clef en cas d'infraction .Au Ministre de l'Economie d'avertir : " nous aurons un taux de croissance négatif en 2020".

"Chacun d’entre nous doit à tout prix limiter le nombre de personnes avec qui il est en contact chaque jour. Les scientifiques le disent, c’est la priorité absolue", explicite Emmanuel Macron. Mais pourquoi cette retenue de la part du Chef de l'Etat qui ne s'exprime pas sur le mode impératif, et en appelle à "l'esprit de solidarité et au sens des responsabilités" pour faire passer les mauvaises nouvelles ? Pourquoi  dire que " les regroupements extérieurs, les réunions familiales ou amicales ne seront plus permises", alors que l'autorité que lui confère sa fonction, et la gravité de la situation sanitaire justifiaient qu'il parlât  clairement  d'interdiction pure et simple, comme l'a fait Christophe Castaner un peu plus tard.  Car il faudra -"pendant quinze jours au moins",  justifier ses déplacements et 100.000 policiers seront déployés vérifier le respect des mesures de confinement imposées par l'explosion du nombre de cas de Coronavirus.

"Nous sommes en guerre" a déclaré à plusieurs reprises Emmanuel Macron en recourant à l'anaphore chère à François Hollande.(Peut-être a-t-il même repris langue avec son prédécesseur à l'Elysée, puisqu'il a évoqué " ses" prédécesseurs). Car la situation l'exige : par exemple l'explosion du nombre de cas de malades atteints du Coronavirus  en Alsace nécessite le déploiement d'un hôpital de campagne par l'armée et certains malades doivent être transférés dans des établissements  de départements voisins, moins touchés par l'épidémie. Désormais pour  les Français " se promener, retrouver ses amis dans le parc, dans la rue, ne sera plus possible. Il s'agit de limiter au maximum ces contacts au-delà du foyer", explique avec circonspection Emmanuel Macron qui  a longuement énuméré les mesures  législatives d'urgence  en faveur des entreprises et des salariés victimes de l'arrêt de l'activité économique. Il s'est voulu protecteur: " La Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité"..., n'oubliant pas non plus " les plus précaires,  les plus démunis,  les personnes isolées" qui seront soutenues avec l'aide des associations et des collectivités locales." Je vous demande des sacrifices pour ralentir l’épidémie... Je vous demande d'être responsables tous ensemble et de ne céder à aucune panique, d'accepter ces contraintes, de les porter, de les expliquer, de vous les appliquer à vous-mêmes, nous nous les appliquerons tous, il n'y aura pas de passe-droit, mais, là aussi, de ne céder ni à la panique, ni au désordre", a réclamé avec un mélange de prudence et d'humilité le Chef de l'Etat. Des paroles qui nécessitaient une déclinaison, beaucoup moins douce, de la part du Ministre de l'Intérieur.100.000 policiers seront déployés pour vérifier que les gens n'enfreignent pas les consignes de " Restez chez Vous", sauf exceptions bien répertoriées. Car le discours d'Emmanuel Macron a suscité de nombreuses réactions  de la part des médecins :" on est confiné, ou juste un peu ?", questionne  l'urgentiste Philippe Juvin .Et le premier secrétaire du Parti Socialiste Olivier Faure "regrette que le président n'ait pas été plus précis"; il assène "Il faut poser les mots. Nous devons passer à un confinement à l’italienne". "Nous ne pouvons plus perdre de temps, annoncer des mesures graduelles toutes les 24 heures". Quant à Marine Le Pen elle fait remarquer que "Lorsqu'on annonce la guerre, il faut donner des ordres clairs", mais en l'état, "les gens ne peuvent pas les mettre en application".

Si Emmanuel Macron  est autant dans la retenue, c'est peut être parce qu'il craint que la situation sanitaire empire encore, et qu'il faille alors prolonger la période de confinement, ou encore parce qu'il redoute une réaction de colère de la part de ces Français qui ne cessent de manifester, d'exprimer leurs mécontentements et... de désobéir : ils ont fait fi des premières consignes de prudence en se promenant et en multipliant les gestes de proximité le week-end dernier; des Gilets Jaunes ont manifesté en dépit de l'interdiction. Le climat était éruptif avant la crise sanitaire; les tensions ne se sont pas apaisées. Dans ce contexte on peut se demander si  Emmanuel Macron "n'y va pas" progressivement. Mais avec ou sans aggravation, aujourd'hui les Français attendent une parole claire et non un discours, certes empreint d'humanité, mais qui nécessite de multiples explications de textes d'accompagnement... 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !