Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
©NICOLAS ASFOURI / AFP

Atlantico Business

Covid-19 : la bataille du vaccin est engagée par des bataillons de chercheurs, mais les opposants à la vaccination mobilisent aussi

L’enjeu est mondial mais le doute subsiste sur la capacité de la science à gagner cette bataille. Entre Donald Trump qui promet un vaccin d’ici la fin de l’année et les plus grands labos qui ne s’engagent à rien avant 18 mois, les opposants au vaccin s’organisent et ajoutent du trouble aux incertitudes.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

Voir la bio »

La découverte d’un traitement ou mieux, la mise au point dun vaccin seraient évidemment les seules solutions pour libérer les populations de cette angoisse du virus qui s’est propagé sur toute la planète et a obligé tous les pays ou presque à se confiner, c’est à dire à s’enfermer et à prendre le risque d’éteindre toute activité économique et sociale.

Si le confinement est une méthode très moyenâgeuse, lextinction de toute croissance économique nous ramerait très rapidement à l’état sauvage, ce qui nest pas envisageable.

Si le déconfinement est aussi compliqué à mettre en œuvre, aussi difficile à gérer, c’est principalement parce que les populations ont peur de s’exposer. Les autres raisons, le manque de confiance dans les dirigeants ou dans le système de soins, les réticences culturelles à se prémunir collectivement par le respect des gestes barrières, ne font quajouter des incertitudes à l'anxiété latente et générale.

Le seul vrai moyen de se protéger, c’est l’immunité et pour s‘immuniser, la science n‘a jamais trouvé que deux protocoles.

Le premier, cest la contamination qui provoque la fabrication danticorps avec le risque de tomber gravement malade et de mourir. Le Moyen-Age avait intégré la mort, la société moderne la refuse et fait tout pour la combattre, c’est évidemment un progrès.

Le deuxième, cest le vaccin qui revient à inoculer la maladie et provoquer la fabrication de défenses immunitaires.

De l'avis de tous les scientifiques, la vaccination a sans doute réalisé le progrès le plus important en médecine. Selon l’OMC, le vaccin contre le tétanos, la diphtérie et la coqueluche couvre désormais près de 90 % des habitants de la planète. Ces maladies n’ont pas disparu mais les humains en sont protégés. Le vaccin contre la polio bénéficie à plus de 85% de la population mondiale, tout comme celui qui protège de l’hépatite B ou de la rougeole et de la rubéole. Des maladies très mortelles comme la rougeole ou la rubéole justement n’ont pas disparu, mais 70 % des habitants la planète en sont protégés.

Dès que le virus du Covid-19 a été identifié, en décembre et janvier, dès qu'on sest aperçu de la rapidité avec laquelle il était contagieux et de sa violence, tous les chercheurs du monde se sont mis sur le pied de guerre pour essayer de trouver un moyen de le combattre ou de le neutraliser. La situation épidémique dans le monde, avec déjà 300 000 morts directs et 4 millions de cas d’infections, les responsables politiques ont fait de la découverte du vaccin une priorité et un enjeu de souveraineté. C’est à qui serait capable d’offrir le plus vite possible à sa population et au monde entier un bouclier efficace et durable.

Donald Trump a promis le fameux vaccin d’ici à la fin de l‘année. L’université d’Oxford qui est certes très en avance, est aussi beaucoup plus prudente, comme tous les chercheurs sérieux du secteur. L’agence européenne des médicaments estiment qu’il faudra encore un an... Les grands laboratoires pensent qu’il faudra attendre 18 à 24 mois pour y voir clair.

Les champions du monde du vaccin sont principalement européens: Sanofi Pasteur, le britannique GlaxoSmithKline (GSK). Il faut aussi compter avec Pfizer ou Gilead, américains, avec des groupes canadiens... Une bonne centaine de laboratoires en tout travaillent sur de projets de vaccins contre le Covid 19. Des laboratoires universitaires et des PME spécialisées en Biotechnologies.

Tous ces chercheurs se sont engagés dans la course au vaccin dès le jour où les Chinois ont rendu publique pour le monde entier la carte d’identité du Covid 19, un portrait génétique diffusé le 10 janvier. Et il faut reconnait qu’à partir du 10 janvier, les Chinois ont donné l’information sur toutes les caractéristiques et les dangers du virus. Trois mois plus tard, à la mi-avril, il y avait déjà une centaine de vaccins en préparation dans le monde. La mobilisation mondiale actuelle représente un peu ce qui s’était passé contre la grippe H1N1 (mais la pandémie s’était révélée moins dramatique). La deuxième fois, en 2013 contre Ebola  Johnson Johnson et Merckx étaient parvenus très vite à des solutions. Mais il faut dire que ces recherches, qui ont été fortement boostées par les gouvernements au titre de l'effort humanitaire, n'ont pas été très rentables pour les laboratoires. D’abord parce que les pandémies en question se sont éteintes assez rapidement et ensuite, parce que ces recherches avaient capté l’essentiel des moyens financiers et humains au détriment d’autres projets.

Face au Covid-19, l’industrie mondiale et les marchés financiers ont considéré que la situation était beaucoup plus dangereuse et nécessitait l'effort consenti. Autre point positif, tous les labos qui sont en concurrence, s’échangent l'information de façon à aller plus vite. Le système de publications scientifiques internationales fait que la propriété intellectuelle sera tracée et respectée.

Cela dit, personne n’est d’accord sur la date probable à laquelle le vaccin sera disponible. D’abord parce que les techniques utilisées pour accoucher du vaccin sont très variées et différentes et chacune a son propre calendrier.

Sur la centaine de projets en cours de recherche, il en existe une dizaine qui sont déjà en phase d’essais clinique. Il semblerait que la technique vers laquelle on s’oriente soit basée les vecteurs viraux d’ADN ou ARL, parce que ça permettrait de les produire très rapidement. L’américain Pfizer, l’entreprise allemande Biotech sont sur ce type de technique. Avec un problème, c’est que jusqu'à maintenant, aucun vaccin pour l’humain n’a été produit de cette façon. Il n’y a pas de précédent.

Donc il faut s’assurer qu’il n’y aurait pas d’effets secondaires ou de contre-indications. Pour être mis sur le marché, le vaccin dont respecter un protocole sanitaire long et complexe avec notamment des tests très nombreux. Seuls trois projets seraient en phase 2 de test, deux chinois et un américain. La question est de savoir si les autorités sanitaires autoriseraient sous l’urgence d’oublier la phase 3, qui est la plus longue parce qu’elle permet de mesurer la validité et l’effet du vaccin sur longue période. Si oui, on pourrait donc avoir le vaccin dans le courant de l‘année prochaine, si non, il faudra attendre plusieurs années.

Enfin, il faudra produire le vaccin à raison de plusieurs milliards de doses pour qu’il soit disponible sur toute la planète. Aucun groupe pharmaceutique dans le monde n’a la capacité de produire une telle quantité de doses. Il faudra donc que tous les plus gros s’y mettent ensemble.

Reste que le vaccin une fois découvert, fabriqué et distribué, ne garantira pas que l’ensemble de la population mondiale accepte de se faire vacciner. Or, le Covid-19 a une telle propension à circuler et une telle capacité à infecter les humains et très vite, qu’il faudra nécessairement que le plus grand nombre soit immunisé par le vaccin.

Pour vacciner le plus grand nombre, il faut encore des systèmes de soins et de santé bien équipés, ce qui n’est pas le cas des pays émergents. Mais en plus, il faut convaincre les populations d’accepter. Y compris dans les pays riches où le nombre d’opposants à la vaccination est encore important.

C’est d’ailleurs en France où on trouve le plus de sceptiques. Selon une étude Gallup, un Français sur trois ne croit pas que les vaccins soient sûrs. 33%, c’est autant qu’au Gabon, au Togo ou en Russie. Dans d’autres pays européens, on s’avère aussi très méfiants : la Suisse, l'Autriche, Belgique et l'Islande. 

Et les Français qui se méfient de la vaccination considèrent qu’il y a trop de vaccins, que les vaccins sont nocifs pour la santé des enfants, et sans doute pas efficaces, qu‘ils sont une atteinte à la liberté individuelle et surtout que les grands bénéficiaires de la vaccination sont les grandes multinationales et capitalistes de l’industrie pharmaceutique. D’où leur tendance à être ceux qui sont le plus souvent sensibles aux thèses complotistes qui circulent concernant la pandémie du coronavirus.

Selon une étude récente réalisée par la fondation Jean Jaurès, la moitié des Français pensent que le ministère de la Santé cache une partie de la vérité sur cette affaire de pandémie.  25 % pensent que cette épidémie a été organisée par des sociétés secrètes liées au grand capitalisme international.

Dans le cas de la rougeole par exemple, qui fait un retour inquiétant en Europe, on s’est aperçu que c’était dans les pays les plus riches où le nombre d’enfants pas vaccinés était le plus nombreux (aux Etats-Unis, en France et en Grande Bretagne). L'Organisation mondiale de la santé a d’ailleurs adressé une mise en garde face à la recrudescence des cas cette année, alors que 2018 avait déjà été marquée par le retour de l'épidémie. 

En France, le vaccin contre la rougeole a donc été inscrit dans la liste des vaccinations obligatoires pour les enfants depuis le 1er janvier 2018. Sauf que beaucoup de parents s’y opposent.

Ces familles revendiquent une liberté thérapeutique et se sont organisées en associations opposées à la vaccination obligatoire. Ces associations préparent des actions de groupe (class action) contre les laboratoires pharmaceutiques pour réclamer la réparation « des dommages causés par ces vaccinations pédiatriques ».

D’autres associations défendent, elles, « le droit au refus de soins. » Mais ces mouvements ont déjà fait part de leur refus d’accepter un vaccin contre le Covid-19. Selon beaucoup de sociologues, cette défiance à l'égard de la vaccination va de pair avec le manque de confiance dans le système de santé en général, et dans la capacité des classes dirigeantes de répondre aux problèmes de la modernité.

Il est évident que tout produit de santé peut avoir des effets secondaires. Il n’est non moins évident qu’un individu adulte libre et en pleine possession de ses moyens mentaux et intellectuels puisse faire le choix pour moult raisons de ne pas protéger son état de santé, par tous les moyens existants. C’est sa responsabilité, il peut fumer, abuser d’alcool ou de drogue. Il peut aussi refuser de se faire vacciner. Mais sa liberté s’arrête quand il met la vie des autres en danger. Or, un vaccin protège des assauts d’un virus, mais empêche aussi sa contagiosité.

Si le vaccin contre le coronavirus est autant attendu, c’est bien parce qu’il est très violemment contagieux. Un peu comme la rougeole.  

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !