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Olivier Véran ministre d ela santé annonces du gouvernement Paris Marseille covid-19 coronavirus
Olivier Véran ministre d ela santé annonces du gouvernement Paris Marseille covid-19 coronavirus
©GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Evolution de l'épidémie

Covid-19 : ces mesures sans lesquelles le gouvernement ne parviendra pas à éviter le mur de la 2ème vague

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, s'est exprimé lors d'une nouvelle conférence de presse jeudi depuis l’hôpital Bichat. Il n’a pas annoncé de décisions fermes mais a averti de la possibilité de placer Paris et sa banlieue en zone d’alerte maximale.

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze est chirurgien à Perpignan.

Passionné par les avancées extraordinaires de sa spécialité depuis un demi siècle, il est resté très attentif aux conditions d'exercice et à l'évolution du système qui conditionnent la qualité des soins.

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Charles Reviens

Charles Reviens

Charles Reviens est ancien haut fonctionnaire, spécialiste de la comparaison internationale des politiques publiques.

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Atlantico.fr : Durant cette conférence le ministre de la Santé, Olivier Véran, et Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique, ont admis que les différentes modélisations montrent une propagation active du virus ses prochains jours. Les actions du gouvernement vont-elles permettre de faire « mentir ces courbes » comme ils l’annoncent ?

Charles Reviens : Je n’ai absolument pas la légitimité scientifique pour porter un jugement sur les différents modèles présentés par Monsieur Fontanet, membre du conseil scientifique covid-19. Il est à noter que cette présentation est concomitante à la publication d’une note d’alerte de ce conseil scientifique en date du 22 septembre intitulée « un contrôle renforcé de l’épidémie pour mieux vivre avec le virus’ ».

Cette note qui a désormais dix jours prévoit entre 5 400 et 12 400 décès (page 20) entre le 25 septembre et le 1er novembre 2020 pour cinq des treize régions françaises (Auvergne-Rhône-Alpes, Ile-de-France, Nouvelle Aquitaine, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur), soit entre 146 et 335 décès par jour. Ces chiffres sont à rapprocher des 63 décès rapportés par Santé Publique France pour le jeudi 1er octobre. L’exactitude de la prévision de la note du conseil scientifique, un art dont la difficulté est régulièrement rappelée par le Docteur Raoult, supposerait une augmentation des décès suivant un facteur de deux à cinq au mois d’octobre, ce qui est tout à fait considérable.

Pour sa part, Olivier Véran a indiqué que « parmi les 15 000 malades diagnostiqués aujourd'hui, il y en aura au moins 75 à 150 qui iront en réanimation et presque autant qui décèderont de l'infection ». Si l’on regarde les données de septembre, on constate toutefois que le nombre de décès n’est pas égal au nombre d’entrées en réanimation mais seulement à la moitié de ce nombre.

On est donc en face de prévisions objectivement anxiogènes d’une phase d’aggravation (« la circulation du virus ») à mettre en regard à la fois des appels à la discipline collective et des mesures de restrictions des interactions sociales et économiques qui sont ensuite développées dans la prise de parole du ministre.

Guy-André Pelouze : Chacun de nous en suivant la courbe des cas positifs peut se rendre compte d’une accélération importante de la transmission. Chacun de nous sait bien que:

1/ le virus ne “choisit” pas d’infecter des jeunes aux défenses immunitaires fortes… Donc plus il y a de cas plus il y a de malades nécessitant des soins. La petite musique des complotistes: “il n’y a pas de morts” est un mensonge cynique.

2/ ce qui se passe aujourd’hui est bien sûr le résultat d’une transmission il y a une à trois semaines parfois plus. C’est donc que les mesures de la sortie du confinement et de l’été n’ont pas fonctionné.
Dans ces conditions, il reste à ralentir l’activité des personnes en général dans les lieux les plus susceptibles d’aggraver la situation. C’est une forme de confinement sélectif. Le gouvernement devrait se concentrer sur les résultats et être très humble dans ses prévisions.

En annonçant le franchissement des indicateurs d’alerte maximale en région parisienne sans le dire clairement, le ministre montre-t-il encore l’impréparation du gouvernement face à une propagation rapide du virus ? Pourquoi veut-il laisser un délai de préparation avant de passer Paris et sa petite couronne en zone rouge ?

Charles Reviens : Le ministre de la santé a tenté de faire la pédagogie des indicateurs et des zonages inaugurés lors de sa conférence de la semaine passée. Il y a désormais quatre zones (pas d’alerte, alerte, alerte renforcée, alerte maximale) sur la base de la combinaison de trois indicateurs :

  • taux d'incidence (nombre de nouveaux cas rapporté à la population) : 250 cas pour 100 000 habitants pour basculer en alerte renforcée ;
  • taux d'incidence chez les plus de 65 ans : 100 cas pour 100 000 pour basculer en alerte renforcée ;
  • pourcentage de lits en réanimation occupés : 30 % pour l’alerte renforcée et 60 % pour l’alerte maximale.

Selon les propos d’Oliver Véran, la région parisienne serait très proche de basculer dans « l’alerte maximale », statut qui a justifié les restrictions annoncées pour Aix-Marseille la semaine passée et qui concerne principalement le risque de saturation des services de réanimation hospitaliers. L’objectif majeur mis en avant est celui de la maîtrise des admissions à l’hôpital et dans les services de réanimation, sans pression trop forte sur les personnels soignants et sans remise en cause des autres activités de l’hôpital.

Concernant la région parisienne, il n’est pas exclu que le ministre veuille éviter les fortes critiques qui ont suivi les restrictions d’activités économiques décidées du jour au lendemain la semaine dernière pour l’agglomération marseillaise. L’intervention du ministre a d’ailleurs inclus un couplet « concertation avec les élus locaux et les milieux professionnels » sans remettre en cause le pouvoir discrétionnaire en dernier ressort de l’Etat quant à l’éventuel durcissement des mesures de distanciation sociale et de limitation des interactions sociales pénalisant durement certains secteurs de l’économie de proximité.

Guy-André Pelouze : Dans ces zones maintenant en alerte maximale, la simple observation itinérante dans les rues permettait dès l’été de prévoir une résurgence. Ce qui ne se voit pas en particulier l'observance dans les lieux d’enseignement ou d’autres lieux fermés au public ont aggravé la situation si on prend en compte ce qui a pu être établi dans les autres pays européens. Le temps est un allié puissant du virus. Dans ces conditions on comprend mal ce délai. S’agit il du recensement des zones de transmission très actives en vue d’un confinement ultra-sélectif? Manifestement il faudrait des cartes de granulométrie plus fine pour répondre. Or à ma connaissance elles ne sont pas publiques.

Le ministre signale « un début d’embellie » à Marseille, Nice ou à Bordeaux. N’est-ce pas dangereux de signaler cela alors que la situation est toujours en alerte maximale ?

Charles Reviens : Le ministre a effectivement fait la météo des territoires sur la base de la situation de chaque territoire au regard des niveaux d’alerte rappelés plus haut. Ainsi Nice, Bordeaux et Marseille connaîtraient une amélioration de la situation, moins d’une semaine pour Marseille après les nouvelles mesures de restrictions mais en laissant cette agglomération pour le moment en alerte maximale.

La météo covid-19 serait en revanche défavorable pour Lille, Lyon, Grenoble, Toulouse et Saint-Etienne avec l’éventuelle perspective d’un passage en alerte maximale, un moyen d’inciter tant les élus locaux et les populations de ces zones à plus de discipline.

Guy-André Pelouze : Ce type d'affirmation est typiquement ce qu’un communicant peut susurrer à un ministre. Ce dernier, médecin de formation, choisit de l’adopter ou bien de rester factuel. C’est de la même veine que la décision de raccourcir la période d'isolement alors que nous ne sommes pas capables d’isoler les porteurs du virus. 

Pourquoi le gouvernement ne s'occupe toujours pas du traçage et du suivi des quarantaines ainsi que du contrôle aux frontières ?

Charles Reviens : Olivier Véran n’a effectivement évoqué la question du traçage que par sa mention du million de « personnes contacts » qui sont approchées par l’assurance maladie si l’un de leurs proches a été testé positifs. Pas de mention en revanche de l’application stop-covid dont le Premier ministre a de toute façon plus ou moins prononcé l’oraison funèbre la semaine dernière. Le traçage, couplé à la précocité dans la mise en œuvre du dépistage, est sans doute pourtant un domaine d’écart important entre la France et les pays présentant les résultats globaux (sanitaires et économiques) les plus convaincants face à la pandémie.

Le suivi des quarantaines et du contrôle aux frontières n’est absolument pas mentionné lors de la conférence de presse d’hier. On est là par exemple dans une situation très différente de l’Allemagne qui actualise et communique régulièrement sur sa liste de zones à risques, liste qui inclut de nombreuses régions françaises depuis la mise à jour du 9 septembre, avec obligation pour les personnes revenant de ces zones de se soumettre à un test de dépistage et de rester en quarantaine dans l'attente du résultat.

Guy-André Pelouze : Il ne peut y avoir de maîtrise de la transmission sans isolement des personnes porteurs du virus. Tester est un moyen, isoler est une action qui affecte la transmission de manière sélective et forte. Aux frontières c’est assez incompréhensible car nous avons les moyens de le faire. Dans un certain sens ce sont les autres pays par leur stricte approche de la transmission qui nous protègent au moins pour les vols aller-retour. On ne peut invoquer un défaut de transmission de la politique sanitaire car les ordres si le gouvernement en avait la volonté seraient appliqués. Il reste, malheureusement, l’hypothèse idéologique. Les Français l’ont compris. Et cela mine la confiance dans les autres mesures gouvernementales qui je le rappelle ne sont pas spécifiques à la France ou bien à ce gouvernement. Toute l'Europe renforce les mesures anti-transmission. 

Dans l’hexagone les choses sont en fait assez simples: nous n’avons pas l’organisation sanitaire qui permet d’isoler efficacement les porteurs du virus. En effet il ne suffit pas de décréter les brigades sanitaires pour qu’elles fonctionnent. Un tel dispositif suppose un dispositif réglementaire très strict et un énorme effort de l’ensemble des acteurs. Les directeurs d’ARS n’ont pas réussi le défi de mettre en place cette organisation. L’explication en est simple, leur ADN est le contrôle pas l’action. Leur dénomination est un faux semblant.  Pour autant il n’est jamais trop tard, la transmission d'aujourd'hui est la maladie d’un certain nombre de porteurs dans 15 jours voire 1 mois et les hospitalisations en suivant. C’est donc plus que jamais d’actualité. 

Olivier Véran communique-t-il vraiment les indicateurs qui permettent aux Français de comprendre l'avancée de l’épidémie ?

Charles Reviens : La conférence de presse d’hier est différente de celle de la semaine dernière : intervention d’un membre du conseil scientifique, forme de mea culpa en matière de concertation avec les élus locaux et les fédérations professionnelles, effort de pédagogie concernant les critères d’alerte sanitaire et la situation différenciée des territoires. Le ministre a également évoqué le sujet des tests présenté suivant le triptyque « tester, alerter, protéger » en se félicitant de l’amélioration des délais de rendu des résultats.

Il a également esquissé une comparaison de la situation par rapport à la première phase (doublement des contaminations tous les 15 jours contre tous les 3 jours en mars). La communication reste toutefois assez anxiogène et ne mentionne que très peu le changement profond des risques de mortalité des personnes hospitalisée, à la fois le nombre de décès liés au covid (63 hier à rapporter des 1 700 décès quotidiens que connait la France en temps ordinaires) et concernant le risque de mort pour les personnes hospitalisées, puisqu’on est passé d’une zone à 25 %-30 % au printemps contre moins de 10 % aujourd’hui.

Au-delà de l’enjeu de la mortalité et de la comorbidité, Il n’y a pas non plus vraiment de communication concernant l’état de santé des personnes anciennement atteintes par le covid alors que les séquelles et les conséquences à long terme peuvent être toutes sauf anodines. Ce serait pourtant un moyen important et convaincant pour appeler les gens à la sagesse dans la période actuelle.

Guy-André Pelouze : En réalité ce qui nous importe c’est d’abord d’avoir un tableau de bord des marqueurs qui permettent d’anticiper l’évolution de l'épidémie, car c’est un moyen de diminuer l’incertitude qui est grande. Je rappelle que l’épidémie se développe de manière exponentielle quand certaines conditions sont réunies et que réagir tardivement c’est à coup sûr risquer beaucoup de vies humaines, de maladies sérieuses et une submersion du système de soins aiguës. De ce point de vue essentiel, les universités dans le monde qui suivent la pandémie font beaucoup mieux que le gouvernement. Santé Publique France est une agence assez mal préparée, il faut le croire, à ce genre d’exercice. Comment faire?  L’erreur est de vouloir tout faire avenue de Ségur. Mais en réalité ce n’est pas tout à fait une erreur, c’est la volonté persistante d’avoir le contrôle. Le gouvernement doit déléguer à des institutions expertes ce type de d’agrégation des données sous la forme d’un contrat de recherche. Quels sont ces indicateurs? Les ARS doivent communiquer les résultats de leurs actions régionales contre la transmission, en particulier le taux de tracing et de tracking, le taux d’isolement réussi. Le délai d’attente pour les tests comme pour les résultats des tests ne doivent pas être réservés au ministre. En matière sanitaire il ne faut pas parler de transparence, un concept publicitaire, mais d’open data. Les données du système de soins doivent être accessibles pour les Français. Le fonctionnement actuel n’est opaque que pour le public, la sécu et le gouvernement ont accès à toutes nos données.

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