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Retomber malade avant d’avoir été guéri

Chute des bourses, récession mondiale en vue : pourquoi la France risque d’apprendre durement sa leçon sur la réalité de l’échec du quinquennat Hollande

Ralentissement chinois, effondrement des prix du pétrole, chute des indices boursiers, les dirigeants européens et français ne semblent pas vouloir prendre la mesure d'un nouvel épisode de crise qui aurait des conséquences désastreuses pour une France déjà fortement affaiblie par la Grande récession de 2008.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : Depuis le mois d'avril 2015, le CAC 40 a perdu plus de 20%, traduisant ainsi une méfiance de plus en grande des investisseurs vis-à-vis des perspectives économiques. Quels sont les autres signes permettant d'étayer la réalité d'une menace pesant sur l'économie du pays ?

Nicolas Goetzmann : Le Cac 40 suit la même trajectoire que les autres indices boursiers européens. L'Allemagne a perdu 25% dans le même temps ; en raison de sa plus grande exposition aux marchés extérieurs à la zone euro qui sont la principale source d'inquiétude actuellement. Et les raisons de se méfier s'accumulent largement. Les taux d'intérêts américains à 10 ans viennent de repasser sous le seuil de 2%, ce qui traduit un abaissement des prévisions de croissance et d'inflation de la plus grande économie mondiale. Ne parlons pas des taux longs européens qui sont toujours à des niveaux préoccupants, soit 0.8% pour la France et 0.5% pour l'Allemagne, ce qui en dit long sur la faiblesse des espérances de croissance de la zone euro sur le long terme. Peut-être faudrait-il également se préoccuper du fait que le secteur bancaire européen est en chute libre depuis le début de l'année 2016, et ce, après avoir baissé tout au long du second semestre 2015.

Ce qui explique également la révision à la baisse des anticipations de croissance mondiale de la part du FMI, de 0.2 point, à 3.4%. Le FMI s'inquiète d'ailleurs de la possibilité d'un déraillement économique à l'échelle mondiale.

Il est donc nécessaire de prendre au sérieux ces informations qui nous viennent des marchés financiers ; car ils jouent ici le rôle du canari dans la mine. Comme ils l'ont fait en 2008. Que les causes soient extérieures ; entre la Chine et le pétrole, ne signifie pas que les dirigeants européens ne peuvent rien y faire. L'objectif d'une politique économique reste quand même de faire le nécessaire pour se prémunir des risques, que ceux-ci soient endogènes ou exogènes.

Le Brésil et la Russie sont en récession, La Chine ralentit, la Turquie et l'Afrique du sud sont en difficulté, les pays exportateurs de pétrole sont proches du collapse, et les réponses qui sont aujourd'hui apportées par ces différents pays ne permettent pas encore d'espérer une stabilisation de la conjoncture. L'Europe n'est pas dans une situation suffisamment solide sur le plan intérieur pour se permettre d'ignorer ce qui se passe à l'extérieur. D'autant plus que la zone euro exporte 26% de son PIB, ce qui marque une importante vulnérabilité aux évolutions de l'économie mondiale. Le point positif, cependant, est que la baisse du prix du pétrole a pour le moment permis à l'Europe d'absorber une partie de ce choc. Cependant, la forte baisse des marchés financiers européens a bien une cause. Et celle-ci est plus à chercher du côté du silence des autorités face à une crise potentielle, de leur manque de réaction, que des causes de la crise elle-même.

Quels sont les risques de voir le pays sombrer dans une nouvelle crise alors qu'il n'est pas encore débarrassé des effets de la "Grande récession" de 2008 ?

La France est particulièrement vulnérable en cas de survenance d'une nouvelle crise, et ce, pour deux raisons principales. D'une part, le taux de chômage est encore très élevé, soit 10.1% de la population active. Or, plus le temps passe, plus les chômeurs s'éloignent de l'emploi, les entreprises ne les regardent plus. Le temps transforme un chômage conjoncturel en chômage structurel, dont il est bien plus difficile de se défaire. De la même façon, plus la crise perdure, plus l'outil de production français se réduit. Les investissements sont faibles, l'innovation n'est plus une priorité, ce qui vient détruire le potentiel à long terme du pays. Il s'agit d'un processus d'adaptation du pays à la crise permanente. C'est ce qui est en jeu aujourd'hui. Un nouvel évènement de ce type réduirait une nouvelle fois la capacité du pays à générer de la croissance.

D'autre part, le niveau d'inflation est aujourd'hui très faible, 0% si l'on regarde les chiffres HICP, et 0.8% si l'on s'attarde sur le chiffre d'inflation sous-jacente. Dans cas ou une nouvelle crise économique viendrait frapper le pays, ce taux d'inflation pourrait rapidement baisser et installer le pays dans une situation de déflation, ce qui aurait des répercussions énormes. Emballement de la dette, forte hausse du chômage, et une probable crise financière. C'est donc la situation d'extrême vulnérabilité du pays face à une nouvelle crise économique qui est spécialement préoccupante. La France, comme l'Europe, ne peut pas se le permettre.

Comment évaluer la responsabilité politique de cette situation, aussi bien au niveau national qu'européen ?

Les responsabilités politiques nationales et européennes n'ont que peu à voir avec cette nouvelle crise en provenance des pays émergents. Le contexte actuel découle principalement de l'incapacité de ces pays émergents à s'adapter au changement de cap de la politique monétaire américaine, c'est ce qui explique ce ralentissement, et, par effet de dominos, la baisse du prix du pétrole etc... Les européens n'y peuvent pas grand-chose, en dehors du fait que la "demande" européenne reste faible. Depuis l'entrée en crise, les européens ne participent que très faiblement à la relance mondiale, et le continent a plutôt eu tendance à profiter de la situation. Ce qui n'est pas tenable dans le temps. Les européens pourraient jouer le rôle d'un relai au sein de l'économie mondiale, mais le niveau de croissance du continent est encore insuffisant pour jouer ce rôle.

La responsabilité politique se joue ainsi à deux sous-niveaux. L'Europe est incapable de se remettre en question malgré son parcours calamiteux durant la crise, et, d'autre part, les dirigeants européens n'ont pas l'air de prendre au sérieux la menace actuelle. C'est l'absence de réaction des autorités qui devient inquiétante.

Au niveau national, la responsabilité reste lourde pour le chef de l'Etat. Suite à son élection en 2012, François Hollande n'a jamais semblé prendre la mesure de la crise qui frappait le pays. Les mêmes vieilles recettes inefficaces ont été menées au niveau national, sans que la question européenne ne soit jamais posée. Or, seul le cadre européen est pertinent pour répondre à une telle crise et pour protéger le pays d'un nouvel épisode. La défaillance du chef de l'Etat se révèle par cette inaptitude à élever le débat à l'échelle du continent. L'idée même du couple franco-allemand a disparu. Pourtant, un réel effort de réorientation économique européenne aurait pu voir le jour, notamment vers un modèle à l'américaine, tourné vers le renforcement de la demande intérieure, ce qui aurait permis d'être moins dépendant des marchés extérieurs à la zone euro.

N'est-il pas illusoire de considérer que la France peut, à elle seule, influer sur un contexte ayant des racines mondiales, entre le ralentissement de l'économie chinoise et la baisse du prix du pétrole ?

Il est illusoire de considérer que la France peut à elle seule modifier le contexte économique mondial, mais il ne faut pas sous-estimer son potentiel à pouvoir, au moins, protéger le continent européen. Si le rôle politique de la France au sein de la zone euro était assumé, il serait alors possible d'imaginer un renversement du modèle européen. Les arguments permettant d'isoler la stratégie allemande ne manquent plus, après 8 années d'inefficacité à remettre le continent en état de marche, et ce, sans parvenir à atteindre aucun des objectifs fixés. Il existe une brèche, d'autant plus qu'une proposition de réformes vers un modèle économique basé sur la demande intérieure serait facilement soutenu par de nombreux pays de l'ensemble. L'Italie en tête, Matteo Renzi ayant d'ores et déjà lancé une offensive en ce sens. L'impulsion politique peut et doit venir de la France, il s'agit du seul pays ayant la taille nécessaire pour porter une proposition de refonte de la doctrine économique du continent. En cas de succès, ce serait l'ensemble européen qui modifierait ses perspectives, soit un marché intérieur gigantesque, même aux yeux du monde. Il s'agit là de l'échec le plus flagrant de François Hollande. Non pas qu'il ait échoué. Mais parce qu'il n'a même pas essayé.

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