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Convention citoyenne pour le climat : des solutions morales et idéologiques qui vont rendre les chefs d’entreprises "verts de rage"

Personne n'osera critiquer les 150 propositions de la Convention citoyenne pour le climat, il faudra donc les enterrer ou les affronter. Puisque mises bout à bout, elles aboutissent sauf exception, à changer complètement le système économique de production et notre mode de vie.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Il faut croire que le président de la République a le gout de créer des situations de débats ingérables. Situations qui lui viendront forcément en boomerang lui créer des ennuis. Cette convention pour le climat avait pour objectif de donner la parole à des membres de la société civile, afin d’accoucher de mesures fortes concernant la lutte contre le réchauffement climatique. L‘idée n’était pas mauvaise a priori, sauf qu‘on n’a pas forcément invité des experts et pour cause, il y a déjà eu tellement de rapports scientifiques. On a préféré tirer au sort 150 personnes censées représenter la population française, et ces 150 personnes ont accouché de propositions intéressantes mais qui ont toutes un point commun, c’est d’être pour la plupart incompatibles avec les réalités de la vie quotidienne et active. Donc si on veut les appliquer, il faudra changer cette réalité. De quel droit ? Avec quelle morale et quelle légitimité ? Ces préoccupations bassement matérielles ne faisaient pas partie du champ de discussion.

Après neuf mois de brainstorming, les 150 citoyens tirés au sort pour participer à la convention citoyenne pour le climat ont donc terminé ce weekend leur travail et vont proposer 150 propositions de réformes pour faire de la France un des champions du monde de la lutte pour le climat. Ces propositions seront examinées par le gouvernement, puis par le président de la République qui annoncera les premières pistes à défricher dès le début du mois de juillet.

C’est à ce moment-là que l’opposition politique pourra s’en donner à cœur joie pour démolir le projet du président, qui sera forcément en retard sur les ambitions des écologistes et trop en avance pour les acteurs du système économique, c’est à dire tous ceux qui se démènent pour investir et créer de la richesse et des emplois et qui trouveront à juste titre que l’utopie ne laisse décidément que de peu de place à la liberté d’adaptation. C’est ça ou rien.

La plupart des mesures proposées à la discussion sont désormais à peu près connues.

Passons sur la réforme de la Constitution pour y faire figurer l’obligation de préserver la biodiversité de l’environnement et de la lutte contre le dérèglement climatique. Pourquoi pas ? Mais certains, parmi les plus fâchés, demanderont sans aucun risque d’être entendu, qu’en contrepartie on supprime le respect du principe de précaution, monument de démagogie des temps modernes.

1. La rénovation des logements représente une grosse part des réformes, parce qu’il y a là un gisement important d’économies d’énergie . « Tout faire, dit le rapport, pour que la rénovation énergétique soit obligatoire d’ici 2040 ». Les propriétaires seraient évidemment indemnisés par des subventions, lesquelles seraient financées par les économies d’énergie réalisées. La convention citoyenne préconise aussi de limiter la consommation d’énergie en limitant le recours au chauffage à 19 degrés et la climatisation à 30 degrés. En d’autres termes, il faudra commencer à avoir froid pour démarrer le chauffage et véritablement trop chaud pour enclencher la clim.

Ne parlons pas du chauffage en terrasse et de l’éclairage des rues, des monuments et des magasins la nuit. Mais, de quoi je me mêle ?

Les membres de la convention n’ont pas oublié les amis agricoles qui vont devoir changer radicalement de mode de production.

2 Il faudra changer notre alimentation, qui deviendra moins animale et plus végétale. Les steaks c’est fini , vivent les carottes et les poireaux. Les auteurs du rapport demandent par exemple que les self-services soient obligés de présenter une offre végétarienne. Ce qui veut dire que d’une façon générale, qu’il faudra consommer autrement, abandonner les produits à forte émission de Co2, réguler la publicité qui incite à la consommation, interdire la publicité commerciale dans les espaces publics, ressusciter la consigne du verre.

3. Il faudra verdir les transports, réinvestir les rails et dissuader les voyageurs de prendre l’avion. Disons-le clairement, la mobilité sera réservée aux ultra-riches. Réduire la vitesse des automobiles à Paris comme sur les autoroutes, et pourquoi pas s’arrêter aussi toutes les heures ?

4. Il faudra bien évidemment travailler différemment, encourager la production responsable, éliminer le jetable au profit du réparable, télétravailler mais sans doute à la campagne. 

La liste des recommandations, des obligations, des injonctions, des interdictions ou plus rarement des incitations fiscales et morales est incroyablement détaillée, parfois toxique et même liberticide.

Détaillée parce que les membres de la convention citoyenne estiment le plus sérieusement du monde que c’est à l‘Etat de décider du choix du consommateur et que par conséquent, les mécanismes de marché ou des prix sont inefficaces. L’Etat n’est évidemment pas en mesure de tout faire, sinon il n’aurait pas réuni une convention citoyenne pour engager le débat.

Mesures liberticides et très souvent anti constitutionnelles. On ne peut pas légiférer et régler ou contrôler la totalité du comportement du consommateur et du producteur.

Mesures toxiques parce qu’elles vont à l’encontre de tout ce que peut apporter le progrès scientifique ou l’intelligence humaine. Toxiques, si elles ne s’inscrivent pas en cohérence avec les tendances lourdes de la société mondiale. L’écologie est comme la politique sanitaire, elle concerne le monde entier. Le CO2 est comme le Covid 19, il apparaît quelque part et après, il ignore les frontières.

Mais là ou le rapport proposé va poser un vrai problème que le président de la République va devoir assumer, c’est qu’il préconise des changements radicaux en contradiction avec nos modèles économiques et sociaux, et même avec la plupart de nos valeurs démocratiques. Quand il va falloir mettre d’accord les syndicats, les partis politiques, les organisations professionnelles, les églises, les voisins, les gilets jaunes, les seniors en retraite et les autres, les personnels soignants, ceux de la SNCF ou d’Air France, bonjour les « emmerdes », comme disait Charles Aznavour.

La première contradiction est que les réformes proposées s’inscrivent dans un univers de moindre croissance et même de décroissance. Produire moins revient forcément à moins polluer et à consommer moins. Dans ce cas, quid de la nécessité de répondre aux évolutions démographiques et aux aspirations de vivre plus longtemps dans des conditions de confort toujours améliorées ? Au nom de quelle valeur peut-on réserver les fruits de la croissance passée et du progrès à une élite de nantis ? Parce que c’est bien ce que prépare un tel dispositif.

Par conséquent, on ne peut pas imaginer un modèle de développement au ralenti replié sur son territoire avec des mobilités internationales réduites. Le modèle de décroissance conduit à un accroissement des inégalités et à terme, à la guerre entre populations.

La deuxième contradiction est qu‘un tel modèle est inapplicable en démocratie qui est fondée sur la liberté individuelle, à condition que l’exercice de cette liberté n’empiète pas sur celle des autres. Pour garantir cette liberté et les conditions d’exercice, on n’a rien inventé de mieux que le marché qui régule les quantités et les arbitrages via la formation du prix. A lire le projet de la convention, on a le sentiment que le prix a complètement disparu des écrans radars. Or, tous les moyens préconisés par la convention aboutissent à une raréfaction des volumes (moins de production, moins de travail, moins de consommation) et par conséquent, des prix plus élvés. L’alimentation bio est plus chère que l’alimentation banale mais ça n’est pas par hasard...

La troisième contradiction se situe dans la légitimité des mesures proposées. 150 personnes adultes tirées au sort sont sans doute intéressantes mais en quoi représentent-elles la société civile ? Peu de consommateurs, très peu d’automobilistes, encore moins d’entreprises se retrouvent dans un tel panel ? C’est au pouvoir politique de définir le cadre d’une économie verte et aux acteurs du système de les mettre en place.

La convention citoyenne semble ignorer complètement la réalité des affaires.  La majorité des chefs d’entreprises a évidemment besoin d’incitations financières et fiscales pour évoluer, parfois de normes et de règles mais pas trop... Les chefs d’entreprises n’ont pas attendu des injonctions pour répondre à la demande de leurs clients, de leurs salariés et de leurs actionnaires. Ils savent la plupart du temps proposer un compromis acceptable à leur client, entre le prix de revient ou de vente et la qualité du produit ou du service. Ils savent aussi que pour fidéliser leurs personnels, il faut offrir autre chose en plus que le salaire... Ils savent enfin que leur actionnaire a besoin de rendement et de fierté d’appartenir à une entreprise. La RSE, qui s’impose dans les managements d’entreprises, n’a pas attendu une convention citoyenne ou l’invasion du Covid 19 pour se déployer.

Le gros handicap du projet contre le climat est de ne pas avoir su échapper du piège d’une écologie morale ou idéologique, alors que les acteurs du système et les partenaires sociaux - et plus surement encore la plus grande majorité des populations- ont besoin de pragmatisme.

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