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Comment le communisme a révolutionné les rapports sociaux par la violence

Bruno Riondel publie "L'effroyable vérité: Communisme, un siècle de tragédies et de complicités" aux éditions de L’Artilleur. L'auteur rappelle le manque de clairvoyance des intellectuels et des dirigeants politiques à l'égard du communisme et souhaite défendre la mémoire de ses victimes. Extrait 2/2.

Bruno  Riondel

Bruno Riondel

Bruno Riondel est docteur en Histoire. Il enseigne dans un lycée parisien. Auparavant, il a travaillé dans de nombreux établissements secondaires des banlieues d'Île-de-France.

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L’idéologie marxiste-léniniste n’est pas qu’une simple théorie politique ; elle est aussi, plus fondamentalement, une praxis, c’est-à-dire qu’elle constitue l’outil puissant de la subversion qu’elle génère dans le but de révolutionner en profondeur les rapports sociaux. Elle se modifie ainsi perpétuellement en fonction de la réalité qu’elle rencontre et qu’elle pervertit sans fin, celle-ci la modifiant en retour en la conduisant à se repositionner idéologiquement en fonction de la nouvelle réalité donnée, suivant la logique intrinsèque qui caractérise le matérialisme dialectique marxiste. Le développement du relativisme moral qui en découle suscite, dans les sociétés communistes, des effets graves d’instabilité au sein des masses désorientées par l’absence de normes éthiques supérieures et communes à chacun, que seule une violente répression policière, couplée à l’entretien d’une terreur permanente, par les autorités, permet de maîtriser. 

Par ce relativisme moral que génère la conscience de classe, ainsi que par l’inversion systématique des valeurs naturelles à laquelle aboutit la mise en application de l’idéologie marxiste, dont Karl Marx, écrivait Emmanuel Malynski, a « fait un miroir à l’envers où l’on a le droit de voler lorsque l’on est deux contre un, où, plus on est bas dans la hiérarchie des valeurs sociales et intellectuelles, plus on a le droit de commander aux autres et de faire la loi (1) », le communisme apparaît être, au même titre que le fut le nazisme, l’expression banalisée d’un mal profond qui gît au cœur de l’humanité et qu’instrumentalisent diaboliquement des minorités d’hommes de pouvoir aussi amoraux que cyniques (2). Ainsi, lorsque survient la révolution communiste, les effets dramatiques liés à cette tragique inversion des valeurs morales se révèlent après un court temps d’illusions libératrices, laissant apparaître la triste réalité d’une société où domine un sentiment de désespérance profonde car, après que « le petit nombre [a été] livré en pâture au grand nombre qui n’est repu que s’il a dévoré », la passion qui animait ce dernier « est satisfaite et sa détresse sans limite (3)».

Partout où il s’est implanté, le communisme, qui ne peut survivre que dans la violence, a multiplié les crimes de masse contre des populations innocentes au nom d’un idéal qui n’était en fait que l’instrument dont se servaient, pour tromper les personnes naïves, les esprits pervers qui en faisaient la promotion éhontée. Aussi, la société contemporaine, soucieuse d’entretenir le devoir de mémoire, ne peut pas s’épargner de faire l’inventaire lucide des abominations commises par une barbarie aux allures de progressisme, ni de tirer les conclusions éthiques qui s’imposent en vue d’édifier, par le biais de l’enseignement et des médias, les jeunes générations afin qu’elles développent une conscience claire de la nocivité de certains discours politiques trompeurs dont le vice intrinsèque est de travestir la perversité en espérance. Car l’idéal communiste ne fut qu’une grossière illusion et « rien ne subsiste des régimes nés d’Octobre que ce dont ils étaient la négation », écrit François Furet, mais l’adhésion forcenée dont firent preuve nombre d’esprits puissants à l’égard de cette dramatique illusion qu’ils servirent, souvent avec fanatisme, et qu’ils imposèrent violemment à des peuples qui ne désiraient pas s’y soumettre, eut pour effet d’apporter à ces derniers la pauvreté, l’humiliation, l’arbitraire, la destruction de leur patrimoine culturel et la mise sous emprise idéologique de leur conscience, ainsi que pour beaucoup, l’emprisonnement, la torture, la déportation ou l’extermination physique pure et simple, tandis qu’au niveau planétaire, l’illusion fut à l’origine d’atroces guerres civiles, de conflits entre nations, d’un risque permanent d’embrasement guerrier à grande échelle, ainsi que d’un travail de sape systématique mené par les réseaux marxistes au sein des sociétés démocratiques dangereusement noyautées. Le communisme n’entraîna finalement qu’une dramatique régression des sociétés qui en furent les victimes, de l’esprit de vie qui les animait historiquement vers l’instinct de mort qui les aliéna durablement (4).

Il est aujourd’hui fondamental de rappeler aux jeunes générations que l’Europe a connu deux grands maux idéologiques de même nature perverse, le fascisme et le communisme, dont les actes abominables se valent aux yeux de l’honnête homme qui les juge hors de toutes considérations politiques ou communautaires partisanes. Il est également indispensable de développer une conscience européenne équilibrée sur le plan mémoriel en établissant honnêtement le parallèle de l’horreur absolue qui caractérise les deux génocides qui eurent lieu en Europe, à l’ère des totalitarismes, la Shoah et l’Holodomor (5), tous deux étant les effets tragiques et extrêmes de ces folies idéologiques qui s’enracinaient identiquement dans la haine de l’autre nié dans son humanité profonde. La mise en œuvre d’un travail de mémoire véritablement objectif permettra enfin d’extirper définitivement des esprits la complaisance coupable dont bénéficie encore le communisme, aux yeux de trop de personnes naïves, et qui profite toujours à un idéal marxiste-léniniste à propos duquel Soljenitsyne rappelait, avec beaucoup de lucidité, que « sur cette planète, toute coexistence avec [le communisme] est exclue : ou bien, rongeant l’humanité comme un cancer, il la tuera ; ou bien l’humanité devra s’en débarrasser, quitte à en soigner ensuite, par un long traitement, les métastases (6) ». 

L’enjeu est bien, aujourd’hui, d’éliminer les métastases de ce cancer qui a rongé et perverti en profondeur l’esprit de l’Europe et du monde, au cours du siècle dernier, et qui, par l’action des réseaux marxistes souterrains encore très actifs qui instrumentalisent la mémoire par l’entretien stratégique d’un déséquilibre mémoriel culpabilisant qui leur profite, continue de gangréner des sociétés occidentales maintenues sous l’emprise idéologique d’un politiquement correct structurel qui vise à délégitimer radicalement toutes pensées non conformes. Ainsi, l’esprit européen sortira regaillardi de la tenue d’un discours de vérité déculpabilisant et s’en trouvera plus apte à faire face aux terribles défis qui attendent les peuples du Vieux Continent – tel celui que constitue un islamisme offensif  (7) qui n’est pas sans présenter d’étranges analogies avec le communisme (8). Si tel n’était pas le cas, le fatalisme, qui affaiblit déjà les peuples d’Europe saturés par une propagande d’inspiration marxiste, continuera sa mortifère progression au sein d’un esprit collectif devenu inapte à concevoir la défense de ses intérêts vitaux et, à terme, celle de sa propre survie. Le rééquilibrage nécessaire de la perception mémorielle, dans le sens d’une mise en perspective équipollente des totalitarismes communiste et nazi, servirait aussi à restaurer une morale républicaine, aujourd’hui partiellement anémiée par les effets d’une pensée matérialiste dialectique manquant de transcendance. 

À l’heure de la construction européenne et de la mondialisation, la mise en œuvre d’une mémoire réellement universaliste en esprit, qui rassemblerait, sur un strict pied d’égalité mémorielle, l’ensemble des communautés meurtries par les processus d’extermination qui les ont un jour visées, en considérant que toutes ont subi l’exceptionnalité d’un sort monstrueux, s’impose pour sortir de l’inégalité de traitement qui en caractérise, encore trop souvent, leur souvenir et pour mettre fin à l’existence d’un esprit malsain de concurrence de mémoires multiples qui ont pourtant toutes droit à une égale reconnaissance publique, hors des considérations relevant de l’intérêt politique.

(1) Emmanuel Malynski, L’Aube rouge, Cervantès, 1936, p. 333.

(2) Andrew M. Łobaczewski, un chercheur polonais qui étudia les comportements des responsables communistes qui exerçaient la dictature sur son pays, publia un ouvrage, La Ponérologie politique – étude de la genèse du mal, appliqué à des fins politiques, dans lequel il décelait l’existence de psychopathies collectives qui, sous couvert d’idéologie, ont la capacité de faire illusion. Il qualifiait ainsi d’« association ponérogénique » (du grec poneros, « mal ») ces groupes de psychopathes fondant une structure sociale pathologique correspondant à leur profil psychique déviant. Il précisait aussi que ces associations ponérogéniques étaient « secondaires », pour les distinguer des bandes de truands, plus primaires, car en enrobant leurs pulsions destructrices dans un idéal « ponérologique » à dimension sociale attrayante, ces dirigeants politiques cyniques arrivaient à contaminer le corps social par leur perversion. « Si l’on dépouille l’association ponérologique de son idéologie, écrivait Lobaczewski, il n’en reste rien, à l’exception d’une pathologie psychologique et morale qui apparaît dans toute sa nudité repoussante »

(3) Jean Valdour, Sous la griffe de Moscou, Flammarion, 1930, p. 231.

(4) L’idéologie communiste fait une confusion entre le capitalisme et le principe de vie sur lequel il se greffe. Si la critique des excès du capitalisme s’impose sur le plan économique et social, l’obsession anticapitaliste radicale est d’une autre nature et vise un objectif différent, plus inconscient et relevant de la pulsion de mort, l’autodestruction

(5) Cela suppose qu’au préalable l’Union européenne reconnaisse la réalité génocidaire – aujourd’hui bien établie par les historiens non marxistes – de l’Holodomor

(6) Alexandre Soljenitsyne, L’Erreur de l’Occident, p. 38.

(7) Sur le plan intellectuel, la pensée du bolchévik musulman, Mirsaïd Sultan-Galiev (1892-1940), inspire la subversion « décolonialiste » qui gangrène actuellement les universités françaises, ce penseur tatar ayant théorisé que l’Islam était la religion la plus apte à réaliser le communisme, par la charia qui présenterait des prescriptions progressistes

(8) Une partie de l’extrême gauche évolue d’ailleurs aujourd’hui vers l’« islamo-gauchisme ». Ce fut le cas de l’un des ex-dirigeants de la LCR, Daniel Bensaïd, à propos duquel Thierry Jonquet, dans L’École face à l’obscurantisme religieux, rappelait qu’il souhaitait que « l’islam devienne la conscience du Sud et des démunis ». Yolène Dilas-Rocherieux évoquait, quant à elle, dans Le Débat, en 2004, le cas du terroriste marxiste-léniniste, Carlos, qui s’était converti à l’islam car il estimait qu’« arrimé à l’islam, le mouvement révolutionnaire international serait ainsi en situation de redéfinir les conditions de l’ultime victoire, à savoir des chefs infaillibles, l’unicité idéologique et dogmatique, la légitimité d’user de la violence rédemptrice et la mise à l’horizon d’une visée, la cité vertueuse »

Extrait du livre de Bruno Riondel, "L'effroyable vérité : communisme, un siècle de tragédies et de complicités", publié aux éditions de L’Artilleur

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