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La France ne saura pas profiter des 60 milliards d’euros de la BCE
La France ne saura pas profiter des 60 milliards d’euros de la BCE
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Editorial

Comment la France est en train de se priver des effets de la nouvelle politique monétaire européenne

La France continue de vivre sur de vieux schémas qui l'empêchent de mettre à profit les 60 milliards d’euros injectés chaque mois dans l'économie européenne par la BCE.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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C’est le retour de l’optimisme pour l’économie européenne. Après la baisse des cours du pétrole et de l’euro, c’est la manne apportée par la Banque centrale européenne avec 60 milliards d’euros déversés chaque mois qui suscite l’euphorie, à commencer par les bourses de valeurs qui volent de record en record. Comme toujours, ce sont les pays les plus dynamiques qui vont être les plus favorisés.

L’Allemagne commence à rafler de nouveaux marchés et connaît une pénurie de main d’œuvre qui la conduit à réduire les effectifs des organismes chargés de traiter du chômage, faute d’avoir suffisamment de candidats à l’emploi à gérer. La France bénéficie en principe des mêmes atouts que ses voisins : théoriquement une dizaine de milliards des fonds de la BCE devraient lui revenir chaque mois, mais elle risque de passer à côté du précieux sésame, parce qu’elle continue de vivre sur de vieux schémas, malgré  les tentatives amorcées par le gouvernement pour la faire évoluer, en restant davantage sur l’incantation que sur les actes. Dernier en date du cafouillage ministériel : le compte de pénibilité, bête noire des petits patrons en particulier dans le bâtiment, en raison de la difficulté de sa mise en œuvre. Le ministre du Travail claironnait qu’il avait obtenu une exonération pour les entreprises les plus modestes, mais quelques heures plus tard, son propos était démenti, à la suite des remontrances de certains syndicats. Autre dossier, où la politique du pouvoir reste confuse : celui des autoroutes, où les professionnels ont fini par obtenir gain de cause et fait reculer le gouvernement, qui n’a pas de réelle stratégie dans ce domaine.   

Au lieu de tenter d’aborder enfin les réformes en s’appuyant sur les exemples qui ont réussi chez nos partenaires, la France continue imperturbablement à favoriser les vieilles lunes. Les syndicats viennent d’organiser une marche contre l’austérité, qui lui a pourtant été épargnée.

Ils refusent obstinément de revoir l’architecture du droit du travail, qui paralyse pourtant le pays. La dépense publique, très supérieure chez nous, continue d’être privilégiée. Elle a certes constitué une arme anti-récession dans les années passées, mais elle représente un handicap au moment de la reprise en raison des charges qu’elle a accumulées sur les entreprises et les particuliers par l’alourdissement excessif des impôts. Cependant le gouvernement continue de vouloir intervenir via la Banque publique d’investissement, dont les dotations représentent une goutte d’eau par rapport à la masse des crédits à l’économie distribuée par les banques et il laisse l’épargne des particuliers s’orienter vers l’immobilier ou l’assurance-vie, alors que ce sont les étrangers qui viennent faire leur marché sur les actions françaises. Conséquence : les patrons ne voient pas de grands changements à venir, d’où leur réticence à investir. La Banque de France manifeste un peu plus d’optimisme sur les performances à venir : elle a relevé légèrement ses prévisions de croissance, mais paradoxalement le ministre des Finances fait preuve d’une prudence qui lui est peu habituelle, en n’annonçant pas de baisse du chômage avant 2016. Et l’opinion continue de manifester sa peur de l’avenir, au rythme des plans sociaux qui se poursuivent avec la diminution du patrimoine industriel dont la résonnance est très forte en province.

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