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Crédits Photo: JACQUES DEMARTHON / AFP

Coût de la métropolisation

Ces métropoles françaises où se créent la très grande majorité des emplois dans l’Hexagone

760.000 emplois ont été créés en France ces cinq dernières années. 42% concernaient les grandes villes. Quels sont les principaux effets de la métropolisation ?

Laurent  Chalard

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant. Membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Atlantico.fr : La métropolisation revêt multiples définitions. Qu'est-ce qu'une métropole ?

Laurent Chalard : Traditionnellement, en Europe, les spécialistes des études urbaines retiennent un critère démographique pour déterminer les villes pouvant prétendre au qualificatif de « métropole », c’est-à-dire des agglomérations (les « unités urbaines » au sens de l’Insee) comptant plus de 200 000 habitants. Cependant, ce critère n’est pas satisfaisant car certaines villes moins peuplées peuvent prétendre à ce titre du fait de leurs fonctions internationales, Luxembourg en constituant l’exemple-type, mais surtout car beaucoup d’agglomérations comptant plus de 200 000 habitants n’ont pas de fonctions internationales et ont une faible zone d’influence, ne justifiant nullement de leur attribuer le titre de « métropole », comme, par-exemple, d’anciennes conurbations industrielles (pensons à Béthune !).  

En conséquence, dans un contexte hexagonal où l’institut de statistique national ne définit pas de « métropoles », il n’existe pas d’accord entre les chercheurs sur le nombre de métropoles en France. Si l’on suit une définition restreinte combinant taille démographique et aire d’influence régionale, notre pays ne possède que neuf métropoles : Paris, Lyon, Marseille, Lille, Toulouse, Nice, Bordeaux, Nantes et Strasbourg. Cependant, il existe plusieurs autres agglomérations de taille intermédiaire, qui peuvent éventuellement prétendre aussi à ce titre, dont Rennes ou Montpellier. Quoi qu’il en soit, les métropoles constituent tout au plus une grosse douzaine d’agglomérations en France, ce qui se rapproche de la définition du géographe Christophe Guilluy, même si son inclusion en leur sein de Douai-Lens est fortement contestable, cette agglomération créée « artificiellement » par les statisticiens de l’Insee ne correspondant à aucune réalité fonctionnelle. 

760 000 emplois ont été créés en France ces cinq dernières années. 42% d'entre-eux se concentrent uniquement sur les grandes métropoles. Un déséquilibre abyssal lorsque l'on sait que seulement 27% des français vivent dans ces grandes villes. Comment la grande majorité de la population française, 73%, peut-elle se répartir 58% des demandes d'emplois ?

Il existe effectivement un décalage entre les territoires où se crée l’emploi et la répartition de la population française puisque l’emploi continue de se concentrer sur le plan géographique. Au premier abord, ce n’est pas forcément un problème car la population en âge de travailler est mobile, les territoires créant de l’emploi attirant mécaniquement la main d’œuvre des autres territoires moins dynamiques dans ce domaine. Cependant, contrairement à ce que laisserait penser l’application de la simple loi de l’offre et de la demande, les hommes ne sont pas des marchandises, ce qui fait qu’un certain nombre de facteurs viennent limiter voire empêcher la mobilité des individus. En effet, pour beaucoup de français, il n’est pas possible de déménager comme bon leur semble pour plusieurs raisons : leur situation familiale (si votre conjoint conserve un emploi sur votre lieu de résidence, il est compliqué de chercher un emploi dans une autre région), le coût de l’immobilier (si vous vendez votre bien dans une région peu attractive, vous aurez du mal à vous loger décemment dans une grande métropole), la qualité de vie (si vous vivez dans une région au rythme de vie calme, vous n’avez pas forcément envie de vivre en région parisienne)… Il s’ensuit que la métropolisation de l’emploi est problématique pour l’aménagement du territoire.

Si l'emploi se concentrent essentiellement sur métropoles… Que reste-il pour la France Périphérique ? 

Si, du fait du faible dynamisme de l’emploi, la France Périphérique est peu attractive pour les actifs, en particulier les plus jeunes d’entre eux, elle demeure cependant largement attractive pour les retraités, qui y trouvent une qualité de vie bien plus agréable que dans les grandes métropoles, et ce, malgré la disparition des services publics. Elle est aussi attractive pour les touristes français et européens puisqu’elle concentre les grandes zones naturelles du territoire. La France Périphérique se spécialise donc de plus en plus dans une fonction de lieu de détente pour les grandes métropoles, où l’économie résidentielle a tendance à l’emporter sur l’économie productive. Cependant, la situation est très variable selon les territoires, certains s’en tirant plus ou moins grâce à l’héliotropisme, à leur caractère littoral ou montagnard et à la qualité de leurs paysages, alors que d’autres, aux attraits jugés moindres, s’enfoncent dans un déclin de plus en plus prononcé, en particulier au nord-est et dans le grand bassin parisien.

Quels sont les autres effets générés par la métropolisation ? Il y a d'autres effets en cascade ? 

Il convient d’être plus nuancé concernant les avantages de la vie dans les grandes métropoles. En effet, si ces dernières proposent des opportunités d’emploi et une qualité des services publics et des transports sans commune mesure avec le reste du territoire, elles souffrent aussi de nombreux inconvénients. Sur le plan du logement, son coût de plus en plus exorbitant, oblige les urbains à résider dans des logements collectifs de petite taille sans jardins alors que dans la France Périphérique, l’accès à l’habitat pavillonnaire est beaucoup plus systématique. Les urbains sont contraints de consacrer une part très importante de leur budget à l’immobilier pour une qualité moindre qu’ailleurs. Sur le plan sécuritaire,  l’insécurité est beaucoup plus importante dans les grandes métropoles, en particulier pour ce qui relève de la petite délinquance. Si les taux de criminalité ne sont pas plus élevés qu’à la campagne, par contre, les vols et les agressions y sont beaucoup plus fréquents. Sur le plan environnemental, s’il ne faut pas se faire d’illusion sur le caractère plus privilégié de la vie à la campagne, les sols étant, par exemple, très pollués dans les zones d’agriculture intensive, il n’en demeure pas moins que la qualité de l’air dans les métropoles est moins bonne qu’ailleurs et la présence d’espaces verts n’est pas toujours satisfaisante, en particulier pour les jeunes enfants. Sur le plan social, les fortes inégalités de revenus caractéristiques des grandes métropoles contribuent à une exacerbation de l’individualisme, rendant les rapports entre les individus conflictuels. La solidarité n’est pas une vertu urbaine ! 

Concernant les « classes populaires », elles peuvent bien évidemment trouver leur place dans les grandes métropoles, mais, sous réserve d’accepter un certain nombre de contraintes : habiter en logement social, vivre dans un contexte de mixité ethnique, accepter des temps de trajet domicile-travail importants, subir une certaine insécurité. Or, pour beaucoup de français de la France Périphérique, outre le fait qu’ils ne souhaitent pas forcément déménager vers les grandes métropoles pour des raisons familiales ou financières, ces contraintes jouent un rôle non négligeable dans leur choix de préférer « vivre et ne pas travailler au pays » que « vivre et travailler dans une métropole ».  

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