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La Suède est le pays qui, proportionnellement à sa population, a accueilli le plus de migrants.
La Suède est le pays qui, proportionnellement à sa population, a accueilli le plus de migrants.
©Reuters

Profiteurs ou efficaces

Ces entreprises qui gagnent des millions sur l’accueil des réfugiés en Scandinavie

En Norvège et en Suède, face à l'incapacité du secteur public ou associatif à accueillir les migrants, des entrepreneurs ont relevé défi. Sont-ils des profiteurs de la misère, ou fournissent-ils un service utile ?

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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De nombreux réfugiés arrivent, partout en Europe--surtout en Scandinavie, dont les pays ont été les plus accueillants. Comment sont-ils accueillis en pratique ? En Norvège et en Suède, l'Etat a dû faire appel à des sociétés privées pour ce faire, un système qui est critiqué. Mais quelle est la situation en France ?

Comme le raconte Bill Donahue de Bloomberg BusinessWeek, deux frères norvégiens, Kristian Adolfsen, 55 ans, et Roger, 51 ans, sont les leaders de l'accueil des réfugiés. Originaires d'une petite ville du nord de la Norvège, ils se lancent dans l'hôtellerie puis, au fur et à mesure que la Norvège ouvre la fourniture de services publics aux opérateurs privés, travaillent dans les secteurs de la santé et les crèches. Une entreprise qu'ils ont rachetée au début de la crise des migrants, Hero, est aujourd'hui le leader de l'accueil des réfugiés en Norvège, avec 90 centres, et est en croissance en Suède, avec 10 centres.

Ils gèrent tout : les centres temporaires d'accueil des migrants, puis ceux moins temporaires où ils attendent une décision finale sur leur demande d'asile, puis proposent des logements où les nouveaux arrivants attendent de trouver un emploi et un appartement. Hero facture un prix fixe à l'Etat pour nourrir et loger les réfugiés. Le chiffre d'affaires de Hero pour 2015 fut de près de 60 millions d'euros, avec une marge nette d'exploitation de 3.5%.

Lorsque la crise des migrants a commencé, les frères Adolfsen ont envoyé des employés quadriller la Norvège pour trouver tous les bâtiments plus ou moins abandonnés--anciennes écoles, orphelinats ou hôpitaux, entrepôts parfois--qui pourraient être utilisés pour accueillir des réfugiés.

En Suède, un ancien député anti-immigration accueille les migrants

La Suède est le pays qui, proportionnellement à sa population, a accueilli le plus de migrants. Comme le rapporte Anne-Françoise Hivert de Libération, un des leaders dans le secteur est une entreprise fondée par Bert Karlsson, un des co-fondateurs du Parti des nouveaux démocrates, un parti populiste anti-immigration suédois. Karlsson explique qu'il n'a jamais été contre l'asile sur le principe, qu'il voulait juste que la Suède ne prenne pas plus de gens qu'elle n'est capable d'accueillir dignement.

Karlsson avait dans son budget 2015 un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros avec une marge nette de 6 à 9%. L'Etat suédois, en effet, n'arrive pas à faire face à l'afflux et passe de très nombreux appels d'offres. 

Le business de l'accueil des réfugiés remis en question, mais peu d'alternatives sont envisagées

Evidemment, beaucoup critiquent ces nouveaux business. Et il y a parfois des affaires. Ny Tid, un journal norvégien, a révélé que Link, un autre leader du secteur, avait régulièrement sur-facturé l'Etat. Les contrats de marchés publics prévoient souvent une marge maximum, et certains opérateurs enflent les coûts pour augmenter leur marge. Si Hero prétend avoir une marge de 3.5%, un responsable de la direction de l'immigration norvégienne argue que le groupe cache ses coûts réels et que sa marge doit être supérieure. 

Pour Karlsson, il fait gagner de l'argent aux contribuables suédois en utilisant les économies d'échelle et l'efficacité organisationnelle pour baisser les coûts. 

Et toutes les personnes interviewées s'accordent pour dire une chose : il n'y a pas trop le choix. Pour les responsables des autorités étatiques suédoises et norvégiennes interviewés, si une chose est sûre, c'est que seuls les entrepeneurs peuvent à l'heure actuelle répondre à leurs demandes. 

Et en France, on fait quoi... ?

En France, ce n'est pas le secteur privé qui s'occupe de l'accueil des réfugiés. Les demandeurs d'asile sont accueillis dans des centres d'accueil de demandeurs d'asile (CADA). Les plus gros gestionnaires de ces centres sont l'Adoma, ou ancienne Sonacotra, une société d'économie mixte à actionnaires publics, et des associations comme France terre d'asile et Forum Réfugiés. 

Et, lorsqu'on regarde la jungle de Calais ou la Grande Synthe, où les migrants vivent souvent dans des situations atroces, il est difficile de ne pas penser que la France, avec son système étatisé, n'a pas de leçons à donner, et pourrait, encore une fois, s'inspirer du modèle scandinave...

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