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L'arrivée de 800 000 migrants en Allemagne en 2015 devrait coûter entre 0,2 et 0,3% du PIB allemand.
L'arrivée de 800 000 migrants en Allemagne en 2015 devrait coûter entre 0,2 et 0,3% du PIB allemand.
©Reuters

L'Edito de Jean-Marc Sylvestre

Avec 800 000 migrants, l’Allemagne offre un plan de relance de sa demande intérieure à l’Europe

L'arrivée massive des migrants en Allemagne a provoqué une quantité de commentaires assez ambigus qui visent à dévaluer la dimension morale de la politique allemande, au bénéfice de l’impact économique et financier.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Une grande partie des dirigeants français n'arrête pas d’expliquer que, si les Allemands accueillent tellement de migrants, c’est parce qu’ils y ont intérêt. En gros, calmez-vous braves gens, les Allemands n’ont pas de sens moral particulier ni de leçons à nous donner  : ils ont le sens de l’intérêt allemand. 

Plusieurs études de banques allemandes et d'instituts économiques prouvent en effet que l’Allemagne à tout à gagner à accueillir autant de populations migrantes. Plus intéressant encore, ces études montrent que l’Europe toute entière, et particulièrement la zone euro, va tirer bénéfice de cet afflux de populations en Allemagne. Démonstration en trois actes.

Tout d'abord, l'arrivée de 800.000 migrants en Allemagne en 2015 devrait coûter entre 0,2 et 0,3% du PIB allemand. Le calcul est vite fait. Le refugié reçoit une allocation de 12 euros par jour. Si l'on ajoute à cette prestation les frais de santé pris en charge, les coûts de l’école pour les enfants, l’apprentissage obligatoire de l’allemand, pour des populations qui parlent surtout l’anglais, les dépenses de logements : tout cela représente une dépense publique supplémentaire de près de 10 milliards d’euros soit 0,3% du PIB allemand. Le gouvernement allemand a décidé de puiser sur l'excédent budgétaire. Ce que l’Europe toute entière réclamait depuis des lustres.

Ensuite, cette arrivée de migrants va forcément impacter le marché du travail qui est très demandeur. Le plein emploi est assuré. L’économie allemande peut absorber cet afflux de main d’œuvre assez rapidement. Et cela, sans trop d’effet sur l’évolution des salaires. L’offre de job est tel qu’il n’y aura pas de risque de baisse des salaires. En gros, les migrants compensent le déficit démographique qui vidait l’Allemagne de ses forces vives.

Enfin, l’augmentation des dépenses publiques, et cette vague de migrants qui peut se renouveler chaque année pendant trois ans, va revenir à soutenir la demande intérieure. Les dépenses et les salaires distribués changent le modèle allemand. La prospérité allemande était fondée sur la compétitivité et l’exportation. L’ampleur des excédents commerciaux renforçait la politique d’un euro fort, ce qui gênait les autres économies de la zone euro. L’Allemagne a trouvé le moyen de renforcer la demande intérieure et du même coup de diminuer son poids sur les marchés extérieur. C’est exactement ce que demandaient les pays de la zone euro pour pouvoir respirer. Une relance en Allemagne de la demande intérieure.

Conclusion, l’afflux de migrants est de nature à rééquilibre la politique économique de l’Allemagne et aussi de rééquilibrer les rapports de force dans la zone euro. En prime, Angela Merkel consolide son leadership en Europe en optant pour une posture morale. C’est tout bénéfique pour l’Allemagne, et cela n’est pas préjudiciable aux membres de la zone euro.

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