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Alain Juppé, son livre et sa campagne : une discrétion subie ou assumée ?
©Reuters

"De vous à moi"

Alain Juppé, son livre et sa campagne : une discrétion subie ou assumée ?

Alors que son livre sort aujourd’hui en libraire, le maire de Bordeaux n'arrive pas à se hisser au devant de la scène médiatique. L'ouvrage est loin de faire le "buzz" comme celui de Nicolas Sarkozy fin août. Comment expliquer que le favori des sondages ne suscite toujours pas l’enthousiasme ?

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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Atlantico : Alain Juppé se trouve depuis quelques jours dans une situation compliquée, mi-défensive, mi-assumée. Comment analysez-vous cette stratégie ?

Christelle Bertrand : Pour l'instant, Alain Juppé jouait sur du velours. Nicolas Sarkozy, prisonnier à la tête du parti, ne pouvait, officiellement, faire campagne, le maire de Bordeaux était donc seul à occuper les estrades, sillonner la France et sortir des livres. Depuis la déclaration de candidature de l'ancien chef de l’État, les choses sont différentes car ce dernier a l'art de saturer l'espace. Alain Juppé avait prévu ce trou d'air, il s'est volontairement mis en retrait quelque temps. Il sait aussi qu'il va être difficile de challenger Nicolas Sarkozy sur son terrain, il ne souhaite pas essayer. Il veut garder son style à lui car il pense que c'est un atout. L'un de ses conseillers m’expliquait récemment : "la solidité d'Alain Juppé sera son atout majeur". D'autre part, il tient à maîtriser le temps et répète souvent que son objectif est de gagner les quatre tours qui le séparent de l’Élysée et pas uniquement le premier tour de la primaire. Enfin, il est persuadé qu’il lui suffit de laisser Nicolas Sarkozy agir pour gagner des voix, il pense que le rejet dont est l'objet l'ancien Président est l'un de ses atouts majeurs. Il semble vouloir se contenter d'être le réceptacle de l'anti-sarkozisme comme Hollande l'a été en 2012, sans espérer être porté par une vague d'enthousiasme.

Alain Juppé sort un livre aujourd'hui dont presque personne ne parle. Comment peut-on expliquer cet échec alors qu'il reste assez haut dans les sondages ?

Justement parce qu'Alain Juppé n'arrive toujours pas à susciter l'adhésion et encore moins l’enthousiasme. Il n'y a pas une envie d'Alain Juppé en France mais seulement le désir d'une partie des Français de ne retrouver ni Hollande ni Sarkozy à l’Élysée et encore moins Marine Le Pen. Alain Juppé apparaît seulement comme une alternative. C'est d'autant plus vrai qu'il n'a pas encore fait de véritables propositions. Il faut aussi reconnaître que la sortie du livre coïncide avec le grand discours de rentrée de François Hollande, il a donc été éclipsé par cette intervention qui se voulait le lancement de la pré-campagne du président de la République. Doit-on y voir une coïncidence ? Pas forcément tant le locataire de l’Élysée craint de devoir affronter le maire de Bordeaux qui est sur les mêmes thématiques que lui. François Hollande tente toujours, tant que faire se peut, d'écarter Alain Juppé du débat afin d'installer Nicolas Sarkozy comme son adversaire naturel. Enfin, pour être juste, il faut ajouter que le livre de Nicolas Sarkozy a fait le buzz parce qu'il y annonçait sa candidature. Ce n'est pas le cas d'Alain Juppé.

Comment expliquez-vous qu'Alain Juppé n'arrive toujours pas à amener les autres candidats sur ses terrains de prédilections à lui ?

Parce qu'il ne propose pas grand-chose. Pour l'instant, les Français n'ont qu'une vague idée de son programme. Les choses vont s'éclaircir rapidement. Le 13 à Strasbourg, il prononcera un grand discours sur l'identité heureuse qui devrait poser des jalons plus précis. Ensuite, il y a une question de style : Alain Juppé refuse de faire campagne à coup de petites phrases et de propositions choc. Il souhaite, de cette manière, incarner l'exact inverse du style Sarkozy. L'envers de la médaille, c'est qu'il est plus difficile de capter l'attention des médias et donc d'imposer ses thématiques. Mais, une fois encore, son équipe avait prévu tout ça. Jean-Pierre Raffarin m'expliquait avant l'été : "ça ne sert à rien de se battre contre Nicolas Sarkozy, c’est lui qui imposera le timing et les thématiques, on le sait". Pour Alain Juppé et son équipe, l'important est de savoir apporter des réponses alternatives aux propositions extrêmement clivantes de Nicolas Sarkozy. De savoir parler à tous ceux qui ne veulent plus de la radicalité de l'ancien chef de l’État.

C’est un livre très personnel, or cette manière de se livrer n'est pas vraiment dans les habitudes d'Alain Juppé. L'exercice ne risque-t-il pas de s'avérer contre-productif ?

Très personnel, c'est ainsi que l'éditeur le vend, mais Alain Juppé ne livre pas non plus de grands secrets et le ton reste très compassé. Il n'y a qu'à lire cet extrait : "Mont-de-Marsan est une petite ville qui peut être humide l'hiver et souvent caniculaire l'été. Hors saison, elle est tranquille, certains la diraient même léthargique. On oublie qu'elle sait aussi s'enflammer, à l'occasion d'un match de rugby, d'une corrida, ou à l'approche des fêtes de la Madeleine. J'y ai passé une enfance heureuse, entre deux sœurs, un frère, une mère omniprésente et exigeante et un père plus discret, parce que plus réservé. On était plutôt terrien du côté maternel, avec des forêts à exploiter et des métairies à gérer. Plutôt ouvrier du côté paternel". Rien à voir avec le ton très allant, très énergique, de Nicolas Sarkozy qui, en particulier dans le livre qu'il a sorti au mois janvier, semble se confier au lecteur. Dans son ouvrage, Alain Juppé raconte sa vie plus qu'il ne se confie. Il n'est pas dans la séduction comme l'ancien chef de l’État et assume ce style même s'il tente d'être plus chaleureux. Il a du mal. Mais François Hollande avait le même handicap en 2012. Il existe de nombreux points communs entre les deux hommes. 

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