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Le Premier ministre japonais Shinzo Abe mène une politique monétaire révolutionnaire.

VOST

Abenomics pour les nuls : les explications sur cette nouvelle politique monétaire qui pourrait révolutionner l'économie

Politique monétaire souple, dépenses budgétaires et stratégie de croissance : focus sur le triptyque de réformes menées au Japon par le Premier ministre Shinzo Abe.

Philippe Waechter

Philippe Waechter

Philippe Waechter est directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.

Ses thèmes de prédilection sont l'analyse du cycle économique, le comportement des banques centrales, l'emploi, et le marché des changes et des flux internationaux de capitaux.

Il est l'auteur de "Subprime, la faillite mondiale ? Cette crise financière qui va changer votre vie(Editions Alphée, 2008).

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Atlantico : Les "Abenomics", du nom de Shinzo Abe, Premier ministre japonais du Parti Libéral Démocrate, sont mises en place au Japon depuis décembre 2012. De quoi s'agit-il ?  Quelles sont les principales mesures économiques qu'elles désignent ?

Philippe Waechter : Le modèle adopté par le Premier ministre a pour objectif de redonner une dynamique de croissance plus robuste à l'économie japonaise. Il part du constat que spontanément l'économie ne dispose pas d'une croissance très solide. La demande interne ne réagit principalement qu'aux incitations car la population qui vieillit ne dépense pas de façon excessive. En outre ce peu d'envie de dépenser est accentué par la déflation dans laquelle se trouve le Japon depuis le milieu des années 90. La baisse des prix qui caractérise la déflation incite à reporter dans le temps ses achats car ce sera moins cher plus tard. Par ailleurs et depuis le début de l'année 2012 les exportations chutent. Jusqu'à présent la hausse des exportations permettait de dynamiser l'activité. Ce n'est plus le cas. 

Shinzo Abe veut inverser ces tendances et redonner à l'économie japonaise une dynamique qu'elle a perdue. Face à une demande faible, une déflation flagrante et une monnaie très chère, Abe décide d'inverser les priorités. Il souhaite mettre fin à la déflation pour inciter les consommateurs à dépenser. S'il y a un peu d'inflation il vaut mieux acheter aujourd'hui car demain ce sera plus cher. Cela relancera la croissance et l'emploi. 

Il décide donc de fixer un objectif d'inflation de 2% à la Banque du Japon, à elle de prendre les mesures nécessaires pour y arriver. Pour dans le même temps stimuler la demande le gouvernement va relancer l'activité par un programme de dépenses conjoncturelles pour retrouver vite de l'expansion mais aussi structurelles pour orienter la dynamique de l'économie à moyen terme. Le programme est très ambitieux. 

Quelles mesures ont été prises par la banque centrale ? 

Le premier aspect à souligner est un très fort effet d'annonce. En martelant qu'il souhaitait que la Banque du Japon se fixe un objectif d'inflation et le respecte, il a indiqué aux investisseurs que d'un seul coup la politique monétaire allait devenir franchement accommodante. Cela s'est traduit très vite par une dépréciation du yen la monnaie japonaise et des gains de compétitivité spectaculaires. 

Le second point est que la Banque du Japon met des moyens considérables pour accroître les liquidités dans l'économie japonaise et finalement permettre une dépréciation interne de la monnaie (de l'inflation). Elle va acheter pour environ 80 Mds de dollars d'obligations du gouvernement japonais. De la sorte la taille de son bilan va passer d'environ 30 % du PIB à près de 60% fin 2014. 

La dépréciation de la monnaie va engendrer de l'inflation importée et les montants gigantesques de liquidités devraient permettre de modifier la dynamique de l'inflation à la hausse. Il faudra probablement des ajustements sur les salaires pour avoir un effet persistant. 

Le dernier point sera de modifier en profondeur les anticipations des japonais qui depuis près de 20 ans vivent dans une situation de déflation. Cet aspect est essentiel car c'est le comportement du consommateur japonais qui in fine sera essentiel. S'il croit qu'il y aura de l'inflation alors il modifiera son comportement, achètera plus rapidement et facilitera alors la relance de l'activité.  

En outre la baisse de la monnaie redonnera de la compétitivité prix aux produits japonais et soutenir ainsi les exportations.   

Il y a une gamme complète de mesures pour améliorer ou changer radicalement la demande adressée aux entreprises. C'est une différence flagrante par rapport à ce qui est fait en Europe. 

En quoi sont-elles innovantes ?  

L'échelle de l'intervention est étonnante. Plusieurs économistes dont le président de la Federal Reserve lorsqu'il était professeur à Princeton préconisaient une telle stratégie. L'innovation principale est de la mettre en œuvre et de gérer son évolution. 

Quels sont les effets attendus ? Quels sont les risques pris pour les résultats escomptés ?  

L'objectif est d'avoir 2% d'inflation en 2015 alors que les prix ont baissé de façon quasi continue depuis le milieu des années 90. Le challenge est ambitieux en si peu de temps.  

Le risque est que le gouvernement ou la banque centrale n'aille pas jusqu'au bout et retombe dans ses travers antérieurs. Le risque est aussi que cela marche trop bien et que finalement l'inflation ne s'arrête pas à 2%. L'enjeu est donc considérable car Abe veut sortir le Japon d'une situation de croissance volatile et lui redonner davantage d'autonomie.  

Pour nous Européens cela aura deux effets. L'un est un effet de concurrence car les produits japonais ont gagné en compétitivité avec la baisse du yen. Cela peut concurrencer les produits allemands notamment en Asie. Le deuxième effet est que la Banque du Japon achetant massivement des obligations du Trésor japonais, les investisseurs nippons peuvent craindre de ne pas pourvoir servir de revenus aux épargnants japonais. En effet  s'ils achètent des obligations avec des taux très bas et que l'inflation remonte vivement, ils ne pourront servir un revenu à l'épargnant et au retraité japonais. Ils ont déjà la tentation d'acheter des titres étrangers. De tels flux permettront de maintenir des taux d'intérêt bas en Europe et finalement de faciliter la reprise de l'activité.  

                                                                                   Propos recueillis par Juliette Mickiewicz

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