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Théories fumeuses

4 (lourds) contre-sens économiques entendus cette semaine

La Grèce et le Portugal reviennent sur les marchés obligataires, l'Espagne repart en trombe, les Etats-Unis et le Japon se tassent, la Chine pourrait devenir la première puissance économique mondiale. Des théories plus ou moins séduisantes, mais surtout erronées.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Le PIB chinois dépasse celui des Etats Unis 

La nouvelle a fait grand bruit dans le courant de la semaine. Selon la Banque mondiale, La Chine vient de dépasser son rival en termes de PIB. Les Etats-Unis dominaient le monde depuis 1872 et puis voilà, 2014 est arrivé. A regarder de plus près, la Banque mondiale a bien l’air de s’être fait plaisir. Car les données traitées datent de 2011 et ont été extrapolées pour "évaluer 2014". Mais au-delà de cette construction mathématique, la Banque mondiale a surtout décidé de comparer les économies en parité de pouvoir d’achat (PPP). C’est-à-dire en tenant compte des différences de niveau de vie des pays. Autant une telle analyse peut être utile afin d’évaluer et de comparer le niveau de vie des habitants de différentes régions du monde, autant il semble incongru de vouloir comparer deux économies dans leur ensemble de cette façon. Si un chinois va aux Etats-Unis avec ses économies, il devrait avoir du mal à convaincre ses éventuels partenaires commerciaux de les payer en PPP. Car, comme l’indique la banque mondiale les PPP "sont des estimations statistiques". De son côté, la réalité, tenant compte des taux de change, fait apparaître une différence de 45% entre les deux économies. Soit 9 milliards de dollars pour l’outsider, et près de 17 milliards pour les Etats-Unis. Il faudra encore attendre quelques années pour voir la Chine passer devant.

L’économie espagnole repart en trombe

La théorie est séduisante. Après les années de souffrance, ce serait une Espagne vertueuse qui aurait eu raison de la crise. La guerre menée aux déficits et la politique d’austérité ont produit le nouveau miracle économique espagnol, l’Espagne qui gagne, l’Espagne qui exporte, l’Espagne qui fête sa balance commerciale. Olé !

La réalité est différente. Car l’Espagne est ce pays qui se retrouve aujourd’hui confronté au même niveau de PIB qu’à la  fin 2005, soit bientôt 10 années perdues.

PIB Espagne 2005-2013

 

Une Espagne qui est toujours contrainte de recourir à des déficits massifs, soit 7.1% en 2013, et qui est passé du stade de l’élève vertueux en 2009, avec 40% de dettes sur PIB, au stade de cancre pour atteindre 93% en cette année 2014. Le chômage ne baisse pas et atteint 25.9% au premier trimestre 2014, en hausse de 0.2 point depuis le trimestre dernier. 55.5% de chômage chez les jeunes.

Les partisans de l’austérité, ou ceux qui attendent la croissance les bras croisés, se basent sur la même théorie économique : après la pluie ; le beau temps. Du lourd. Le gouvernement espagnol vient de publier ses prédictions : une croissance de 1.4% en 2014 et 1.8% en 2015. C’est-à-dire à peu près 50% du potentiel du pays. Avec cet optimisme de la croissance, les prévisions du chômage sont encore plus enthousiasmantes : le nombre de chômeurs ne passera la barre des 20% qu’en 2017 (en 2007, ce taux était à 8%). La balance commerciale du pays s’améliore depuis l’entrée en crise, parce que la demande intérieure est brisée. Les importations sont en baisse alors que la demande étrangère permet d’exporter au même rythme que précédemment. "L’amélioration" n’est que la traduction technique de la dépression intérieure.

L’histoire de l’Espagne qui redémarre est une fable. L’Espagne est un pays brisé par la crise, une crise qu’une génération entière est en train de payer. 10 ans sont passés, il en faudra encore 10 pour en venir à bout.

La croissance américaine se tasse ! (le Japon aussi !)

Le 30 avril, la nouvelle tombe : les Etats-Unis déçoivent avec une croissance en berne : 0.1% au premier trimestre 2014. Le modèle de croissance américain ne serait qu’un leurre ? La zone euro a-t-elle fait le bon choix en appliquant une politique différente de celle des Etats Unis ? NON. Et la comparaison des deux économies en atteste :

PIB. Etats-Unis (bleu) – Europe (Rouge). Indice 100

Alors que la zone euro vient péniblement de rejoindre son niveau de PIB pré-crise, les Etats-Unis ont pris 3 ans d’avance. 3 années passés à créer des emplois, ce qui a permis au pays d’afficher un taux de chômage de 6.3% en date du 2 mai 2014. Car malgré la baisse du taux de croissance à 0.1% en ce premier trimestre, l’économie américaine est parvenue à créer 288 000 emplois au mois d’avril, un record de deux ans. Pour 2014, la croissance américaine est attendue entre 2.5 et 3% contre 1.2% dans la zone euro. Les Etats-Unis sont bien sortis de la crise.

Au Japon, le ralentissement prend forme de façon tout aussi relative. Le démarrage en fanfare de l’année 2013, avec des chiffres voisins des 4% de croissance pour les 1er et 2e trimestres, avait habitué les observateurs à ces rythmes. Pourtant, si la volonté du gouvernement japonais était bien de relancer l’activité au cours de l’année 2013, l’ambition était de stabiliser cette croissance afin d’obtenir un taux d’inflation de 2% en 2015. Un pari qui sera tenu. Si la croissance a déçu au premier trimestre 2014, les causes de la déception sont à chercher du côté de la demande mondiale, et du côté du faible niveau des exportations. Avec un taux de chômage de 3.6%, une croissance de la consommation des ménages de 7.1% au mois de mars, et la persévérance des autorités à sortir le pays de la déflation; le Japon est en bonne voie. 

La Grèce revient sur les marchés !

La nouvelle a suscité l’intérêt. Après avoir été tenue à l’écart des marchés obligataires, la Grèce revient.  Ici encore, l’optimisme n’est pas à l’ordre du jour. Bien que le Pays attende sa première année de croissance en cette année 2014 : 0.6%, il ne s’agit que de 0.6%... et ce après avoir perdu 25 points de PIB pendant la crise. Mais le drame qui frappe le pays est également d’une autre nature. L’inflation est inexistante, la déflation a pris place. En mars 2014, le taux annuel d’inflation est négatif, à -1.5%.

Le retour sur le marché de la Grèce correspond ainsi à un pays qui vient s’endetter en payant des intérêts compris entre 4 et 5% sur une dette de court terme alors que la croissance est inexistante. En prenant en compte l’inflation négative, c’est à dire la déflation, le poids de cette nouvelle dette va s’alourdir d’elle-même. La croissance ne suffira pas à financer les intérêts payés. En effet, la baisse de l’inflation se cumule au chiffre de la croissance, c’est-à-dire 0.6% -1.5% d’inflation, soit un solde négatif de 1%. Les intérêts réels payés par la Grèce sont donc compris entre 5 à 6%. Le processus est intenable. Le retour sur le marché de la Grèce relève bien plus d’une communication politique que d’une logique économique.

 

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"

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