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Voilà ce qui se passe dans votre cerveau quand vous arrêtez le sucre et qui explique qu’il soit si difficile de le faire

Une récente étude publiée par la revue américaine Physiology & Behavior menée sur des rats révèle que l'arrêt de la consommation de sucre, surtout quand celle-ci était excessive, pourrait entraîner chez l'homme des troubles du comportement. Une sensation de manque similaire à celle ressentie après la prise de certaines drogues.

Junkies du glucose

Publié le - Mis à jour le 6 Mars 2015
Voilà ce qui se passe dans votre cerveau quand vous arrêtez le sucre et qui explique qu’il soit si difficile de le faire

Une récente étude menée révèle que l'arrêt de la consommation de sucre, surtout quand celle-ci était excessive, pouvait entraîner chez l'homme des troubles du comportement.

Atlantico : Une récente étude publiée par la revue américaine Physiology & Behavior menée sur des rats (voir ici) montre que la consommation de sucre provoque un comportement impulsif qui se poursuit, et même s'intensifie, après que l'on ait arrêté d'en manger. Comment l'explique-t-on ? A-t-on affaire à un phénomène de manque semblable à celui créé par les drogues ?

Réginald Allouche : Il faut souligner que les rats et les hommes sont très proches en termes de comportements addictifs mais dans des délais plus longs chez l'homme que chez le rat. Les addictions vont venir plus lentement chez l'homme.

Anatomiquement, nous avons des capteurs réservés au goût sucré sur le bout de la langue reliés au "centre de récompense".

Ce "reward system" est très important car il est dans la zone dite "hédonique" ou "du plaisir" du cerveau située entre le cortex et le cerveau reptilien, dit aussi cerveau primitif, archaïque et primaire, c’est-à-dire le  tronc cérébral. Le goût sucré agit sur le nerf glossopharyngien qui stimule le "centre de récompense" qui va sécréter de la sérotonine et tout va bien. Le problème, c'est quand vous êtes habitué à consommer beaucoup de sucre et que vous arrêtez.   

Lorsque vous faites un sevrage, vous allez chercher le manque dans les autres repas. Le sucre que vous vous empêchez de manger vous allez par exemple aller le chercher dans les repas suivants ou dans les féculents, qui ont un goût sucré. A ce moment-là, vous avez tous les signes du manque.

Catherine Grangeard : Effectivement on compare l’action du sucre à celle de "drogues dures", toute la gamme est présente : accoutumance, recherche de plaisir et augmentation des doses. Le sucre nourrit le cerveau et il a un effet bénéfique… jusqu’à un certain point.

Dès l’enfance, les petits français savent que "bonbon" ne rime pas avec "mauvais-mauvais". Il est récompense ou réconfort. Ces significations lui seront définitivement associées. Ce qui a pour effet d’accorder une confiance absolue dans ses qualités. Psychologiquement les campagnes de prévention de l’obésité ont bien du mal à détruire ce capital, expérimenté très tôt.

Bien sûr que le sucre a des effets, sinon il ne serait pas devenu si prisé. La consommation de sucre a explosé depuis un siècle. La nourriture industrielle en abuse et fait croître la dépendance. Plus on en consomme, plus on en veut… Des additifs sucrés sont présents dans de nombreux plats, les sauces... Ces ajouts habituent le palais et créent une dépendance à l’insu même des consommateurs.

Ceci s’ajoutant à cela, les effets sont à la hauteur des doses consommées. Les réactions sont différentes selon les individus, certains sont plus addicts que d’autres, à consommation égale.

Est-ce que l'arrêt de la consommation de sucre peut avoir des conséquences sur l'efficacité du cerveau ?

Réginald Allouche : Si vous mangez des protéines et des lipides, cela ne change rien du tout. L'organisme fabrique du sucre à partir des graisses et des protéines, c'est ce que l'on appelle la néoglucogenèse. Dans les temps anciens, vous n'aviez pas de céréales mais seulement des fruits d'été. Il n'y avait pas de sucre. Génétiquement, le corps fabrique des sucres à partir de choses qui n'en sont pas. Quand vous lui apportez des sucres directement, c'est comme si vous court-circuitiez sa capacité à fabriquer des sucres. Si vous avez par exemple une usine qui fabrique des boulons et que demain vous décidez de les importer de Chine, alors cette usine s'arrêtera automatiquement de produire.

Cette étude souligne également que les rats sont devenus plus agressifs après leur sevrage au sucre. Est-ce également le cas pour les humains ?

Catherine Grangeard : Le manque fait ressentir ses effets et c’est une souffrance. Physiquement, palpitations, sueurs, une hypoglycémie ressemble à une crise d’angoisse. Si le recours excessif au sucre avait pour raison de combattre un malaise, si les petites douceurs avaient l’objectif de faire passer quelques douleurs, comme dans tout arrêt de "came", il y a crises de manque. Le cortège de désagréments physiques rencontre l’éventuelle douleur morale et les bonnes résolutions ne tiennent plus, l’anxiété rime alors avec agressivité. Puisque c’est agressif de stopper ce qui venait calmer le jeu…

Une certaine logique explique la confusion des messages. Ce n’est pas spécifique au produit, mais au processus.

Si le sucre n’avait aucun effet psychique, il n’aurait pas été élu pour combler ce qui était à combler. C’est bien cela qu’il faut comprendre. Sinon, les messages de santé actuels fonctionneraient parfaitement et il n’y aurait aucune consommation excessive de quoi que ce soit. On ne se shoote pas à la carotte !

 
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Catherine Grangeard

Catherine Grangeard est psychanalyste. Elle est l'auteur du livre Comprendre l'obésité chez Albin Michel, et de Obésité, le poids des mots, les maux du poids chez Calmann-Lévy.

Elle est membre du Think Tank ObésitéS, premier groupe de réflexion français sur la question du surpoids. 

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Réginald Allouche

Réginald Allouche est médecin et ingénieur. Il assure une consultation principalement axée sur le diabète gestationnel, la nutrition et la prévention du diabète de type II.

Son dernier livre publié aux Editions Odile Jacob porte sur ce théme du prédiabète : Du plaisir du sucre au risque du prédiabète, publié chez Odile Jacob.

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