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Vers un système de retraites complémentaires à la suédoise

Les partenaires sociaux ont tenu mercredi leur première séance de négociation officielle sur les retraites complémentaires, et plus précisément sur la fusion AGIRC-ARRCO. Si le climat est majoritairement apaisé dans la salle de négociation, la mise en place d’un pilotage à la suédoise suscite des polémiques publiques.

Suede Generis

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Vers un système de retraites complémentaires à la suédoise

Il faudra suivre de près la négociation interprofessionnelle sur les retraites complémentaires qui a débuté au MEDEF mercredi pour comprendre le contenu probable de la réforme plus ambitieuse du régime général annoncée par Emmanuel Macron durant sa campagne, et qui devrait intervenir dans le deuxième quinquennat du Président, après que Jean-Paul Delevoye, chargé de cette mission par la ministre, aura installé le thème dans l’esprit des partenaires sociaux. Ce qui sera signé d’ici à la fin de l’année devrait en effet préfigurer le régime par points voulu par le Président de la République.

Une simplification salutaire

Sur le fond, le thème général de la négociation est la fusion de l’AGIRC et de l’ARRCO, les caisses de retraite complémentaire, financièrement exsangues, dont la complexité rebute tous les salariés. Globalement, personne ne se plaindra de cette mesure de simplification qui permet de regrouper tous les salariés, cadres comme non-cadres, dans un système unique.

On rappellera simplement deux petites astuces qui expliquent que cette complexité ait duré si longtemps.

Première astuce: on ne comprend rien à la retraite complémentaire française si l’on oublie qu’elle est le produit historique de la résistance française à l’universalité de la sécurité sociale. C’est en effet en 1947 que les cadres décident de préserver une marge de liberté par rapport à la sécurité sociale et à la CNAV créée par Vichy en 1941 et gaiment reprise par les gaullistes et les communistes en 1945. Ils se dotent donc d’un régime de retraite par points, flanqué en son temps d’une multitude de régimes par capitalisation – ceux-là que Vichy avait nationalisés en 1941 pour créer la retraite par répartition. Les non-cadres ne rejoindront ce système que dans les années 60.

Deuxième astuce: la pérennité de l’AGIRC depuis 1947 s’explique aussi par le besoin de maintenir une structure ad hoc pour chouchouter la CGC. Mais celle-ci, surtout depuis qu’elle se dote de président(e)s particulièrement maladroits avec le pouvoir, voit son espace institutionnel rétrécir comme peau de chagrin. À quand la disparition complète?

Une réforme qui aurait pu être plus ambitieuse

Sur le fond de leur négociation, les partenaires sociaux n’ont pas fait le choix de l’originalité. Ils auraient pu poursuivre une logique plus ambitieuse en examinant les taux de remplacement réels du dernier salaire par les retraites. Alors que, pour les plus bas salaires, ce taux est supérieur à 90%, il est inférieur à 50% pour les cadres.

Une réforme volontaire aurait consisté à transformer l’AGIRC en caisse de retraite par capitalisation pour les cadres, nourrie par des cotisations obligatoires et défiscalisées, négociées par accord d’entreprise. Cette ambition de créer une épargne retraite salariale d’entreprise pour les cadres, selon le modèle allemand, aurait permis d’améliorer le taux de remplacement des classes moyennes.

 
Commentaires

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  • Par lexxis - 11/11/2017 - 10:48 - Signaler un abus L'ARNAQUE

    Macron a promis à cotisations égales, retraite égale. Et derrière, les médias, comme les gogos, ont compris que c'en serait fini des avantages des régimes spéciaux, de la fonction publique comme des autres. En réalité, il n'en sera probablement rien, il suffira auxdits régimes de conserver le bénéfice des cotisations patronales versées par l'État et généreusement financées par nos impôts pour conserver intégralement ou presque leurs privilèges. En réalité, la vraie réforme consisterait à fonder l'égalité des retraites sur les seules cotisations salariales, mais on peut compter sur les syndicats et la fonction publique pour écarter cette solution de bon sens et de justice. Donc il est à craindre que la prochaine réforme ne soit qu'un rhabillage habile des abus actuels, où le public continue à faire amplement financer par les autres ses propres retraites.

  • Par Citoyen-libre - 11/11/2017 - 11:52 - Signaler un abus Le salaire, le mot tabou

    Qui dit retraites dit cotisations. Les salaires sont un mot tabou depuis ces 30 dernières années. Aucun média ne s'y risque. 1500 euros c'est le salaire moyen de beaucoup de français. 1500 euros c'est 10000 francs. C'est ce que gagnaient déjà beaucoup de français moyens en 1985. Les cotisations étant basés sur les salaires, on comprend pourquoi les caisses peuvent être vides. Il y a tout de même dans ce pays une sale mentalité qui impose une politique généralisée de bas salaires. Il y a tout de même des entreprises qui peuvent payer et qui ne paient pas. Quand on règle 9 milliards d'euros cash d'amende, sans sourcilier, et qu'on recrute à bac + 3 minimum, on peut ne pas comprendre cette politique de bas salaires chez les employés. Quand à l'état, plutôt que s'attaquer sérieusement à la baisse de son train de vie, pour baisser les charges, il compte sur l'appauvrissement des retraités pour augmenter sa croissance. Dernier point; en 2008, l'ARGIR a perdu 700 millions d'euros en placements financiers. Et depuis combien ont-ils gagné, et ou se trouvent ces gains dans leur bilan ?

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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