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Trump 2016 = Sarkozy 2007 ? Ce qui se cache derrière le record historique de participation à la primaire républicaine

Si Donald Trump fait la course en tête dans les primaires républicaines aux Etats-Unis, il le doit en grande partie à sa formidable capacité à mobiliser un électorat auparavant lassé de la politique. Une réussite qui rappelle, toutes proportions gardées, la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

Aspirateur à dégoûtés de la politique

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Trump 2016 = Sarkozy 2007 ? Ce qui se cache derrière le record historique de participation à la primaire républicaine

La relative platitude des candidats républicains, ajoutée au sentiment que rien ne change, crée un vide. Donald Trump le remplit par sa personnalité et sa liberté de ton, par son profil aussi car il n'est pas un politique.  Crédit Reuters

Atlantico : Aux Etats-Unis, les primaires républicaines suscitent un grand intérêt chez les électeurs de ce parti, y compris chez ceux qui s'étaient éloignés de la politique. Comment la présence de Donald Trump a-t-elle fait revenir dans le champ politique les abstentionnistes et les déçus de la politique ?

Yannick Mireur : La lassitude et le rejet de la politique aux Etats-Unis sont profonds. La relative platitude des candidats républicains, ajoutée au sentiment que rien ne change, crée un vide. Donald Trump le remplit par sa personnalité et sa liberté de ton, par son profil aussi car il n'est pas un politique. C'est un peu l'élément extérieur qui surgit sans prévenir, sorte d'homme providentiel qui vient bousculer le jeu, tout en se positionnant clairement sur l'échiquier puisqu'il s'est dès le départ présenté pour l'investiture du parti républicain et n'est donc pas tout à fait un ovni ni le candidat indépendant qui tente sa chance sans l'étiquette de l'un des partis historiques.

Le vent frais soufflé par Trump, champion d'un parti républicain ragaillardi contre Obama et les démocrates, attire les désillusionnés. C'est le coup de pied dans la fourmillière qui attire le regard et fait se ré-intéresser au débat public les Américains, et parmi eux les sympathisants républicains dans un champ de candidats qui manque de relief. Le message de Trump "Make America Great again" en appelle au rêve américain. C'est le simple message d'un Américain qui a réussi à l'américaine et auquel chacun peut s'identifier. Trump introduit une rupture avec Washington et les courses présidentielles classiques, dans un climat anti-élites assez récurrent qui est porteur. En bref, il se passe quelque chose et ce candidat hors norme cristallise le défoulement. Ce qui est surprenant en revanche, c'est que le Trump show dure si longtemps, au point de voir un Bush renoncer. C'est là un signe inquiétant car Jeb Bush est un homme d'expérience, plus structuré que son frère. Il ressemble bien plus à George Bush père, qui fut à la hauteur de sa fonction. Si Jeb Bush renonce, c'est que la catharsis du parti républicain passe par un moment de démence plus que par un renouveau idéologique à la Reagan. On a le sentiment que les sympathisants républicains ne savent pas où ils vont mais qu'ils veulent y aller, armés de la dynamite Trump, pour refonder la politique qui a accouché d'un Obama que beaucoup détestent.

Enfin, le phénomène Trump exprime l'envie de retrouver le sens de la société américaine que la crise financière a abîmé : l'Amérique comme terre de réussite pour la classe moyenne.

De l'autre côté, Bernie Sanders souhaite aussi incarner une candidature "hors-système", ou en tout cas contre l'establishment. Pourtant, les primaires démocrates ne suscitent pas le même intérêt. Pourquoi ?

Tout simplement parce que c'est au tour du parti républicain de reconquérir la Maison-Blanche, et parce que Sanders et ce qu'il représente n'ont pas la mesure de Trump. Sanders attire une frange de l'électorat démocrate ou centriste sensible à la déshérence du contrat social américain, y compris les jeunes générations méfiantes à l'égard des forces de l'argent et des lobbies industriels. Son message n'a pas le potentiel de "Make America Great again" ; il est circonscrit. Comme l'est Sanders, homme politique marginal, élu d'un petit Etat rural de la côte Est. Trump lui, c'est la Trump Tower à Manhattan, c'est l'Amérique ! Sanders est un juif de Brooklyn intello, pas un bâtisseur qui fait réver. Il assène des coups qui sonnent juste à une candidate plastique, insincère et carriériste, mais qu'il sera difficile de battre. Trump bouleverse le champ républicain. Donc le match démocrate n'est pas aussi spectaculaire que le cirque républicain. Mais là aussi, c'est l'âme du parti démocrate qui est en jeu au fond. La candidate des jeux sont faits contre le rebelle du fond de la classe qui n'était pas même membre du parti, cela exprime le désarroi de la politique américaine, la quête d'un souffle. Obama a su le produire, mais sa présidence a déçu et Clinton est incapable d'insuffler et de galvaniser car elle ne projette ni vision ni esprit, sinon la conformité qui détourne de la politique. 

 
Commentaires

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  • Par Texas - 25/02/2016 - 11:12 - Signaler un abus La dernière sortie :

    " I love poorly uneducated " . Donald Trump . Vu de Washington , on ne pourra pas faire plus populiste . Mais c' est aussi peut-être qu' a Washington , ils ont un peu oublié " We the People " à qui ils doivent leurs sièges .

  • Par vangog - 25/02/2016 - 15:05 - Signaler un abus Le cas Mireur est grave...

    tous ces journaleux biberonnés à la pensée unique gauchiste ont l'air complètement lobotomisés par le traitement qu'ils ont subi...Cela les rend incapables d'une analyse fine et objective, et leurs références sont celles d'une AFP stéréotypée et bagayante..."populisme, populisme, populisme"...plutôt que de s'ériger en moralisateurs que plus personne ne croit, ni n'écoute, ils feraient mieux de décliner le programme de Trump, qui propose de fortes baisses d'impôts, un recentrage de l'état sur ses fonctions régaliennes, des taxes sur les produits manufacturés importés des pays à bas critères sociaux et environnementaux, le Mexique, l'Asie...et un arrêt des naturalisations d'Obama, ainsi qu'un arrêt de la pompe à forces vives du Mexique, générateur de misère et de corruption pour ce pays...si Trump est élu, il réalisera ce qu'il a dit ( et cela fait une grande différence avec Pinochio-Sarkozy), et s'il reindustrialise et redonne des emplois aux Américains, ses petits contempteurs sans arguments devront manger leurs chapeaux...n'est-ce-pas, Mireur?

  • Par Liberdom - 25/02/2016 - 15:22 - Signaler un abus Résumé de l'analyse :

    "Pardonnez aux américains car il ne savent pas ce qu'ils font" Donner des leçons de politiquement correct au reste du monde est LA spécialité du microcosme politico-médiatique franchouillard. Sauf que le reste du monde se marre de voir la France éternelle se débattre dans son cul de basse fosse.

  • Par john mac lane - 25/02/2016 - 18:44 - Signaler un abus C'est beau les dons médiumniques....

    Y'a le même genre de chroniqueurs aux USA qui le voyait KO dès le second caucus. Il a juste maintenant plus de grand électeurs que tous les autres réunis. Il prévois juste de faire de l’Amérique un paradis fiscal avec 0% de taxes sur les entreprises et 4 taux d’impôts personnels 5,10,15,20%. Il a juste un programme qui va rendre l’Amérique la plus riche du monde et attirer les investissement du monde entier. C'est drôle que les gens aient envie de voter pour un type qui promet des jobs, des emplois, des investissements, du business, les capitaux du monde entier vont se déverser dans le pays tenu par un professionnel du business juste arrivé 400 eme fortune mondiale. Vraiment très drôle....Un type qui répond aux questions même si la réponse ne rentre pas dans ce qu'ils aurait fallut dire pour plaire à tous le monde. Les chroniqueurs des médias fraise des bois semble t-il, n'apprécient pas qu'on leur réponde autre chose que des postures attendues...Ils doutent. Mais s'ils se trompent eux, c'est jamais avec leur argent, Trump lui c'est le sien.

  • Par Liberte5 - 25/02/2016 - 19:26 - Signaler un abus La pilule D. TRUMP a du mal passer chez les élites.

    Les élites médiatiques, intellectuelles et politiques sont perdues. Le peuple ne pense pas comme eux. C'est inadmissible. Ces américains qui soutiennent D. Trump ne sortent pas des grandes universités, ceux sont des salariés, des entrepreneurs, des chômeurs, des retraités enfin bref, des gens normaux qui réfléchissent et qui comprennent ce que leur dit D. Trump car il a un parler clair et il a les mots justes. Ce qui en dit long sur la déconnexion des élites à l'égard du peuple et de ses problèmes. Le désastre des années B. Obama fait le reste. Le rouleau compresseur D. Trump n'est pas prêt de s'arrêter. D. trump saura trouver l'équipe pour l'entourer le moment venu. Pour lire une analyse fine et . qui ne rentre pas dans le moule du politiquement correct il faut aller ailleurs que sur Atlantico.Ce manque de courage est affligeant et me surprend." Le vent nouveau " semble être tombé.

  • Par Le gorille - 26/02/2016 - 01:23 - Signaler un abus Dites...

    On pourrait pas essayer de ne pas comparer ce qui se passe ailleurs à notre égo ? Non ?

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Yannick Mireur

Yannick Mireur est l’auteur de deux essais sur la société et la politique américaines (Après Bush: Pourquoi l'Amérique ne changera pas, 2008, préface de Hubert Védrine, Le monde d’Obama, 2011). Il fut le fondateur et rédacteur en chef de Politique Américaine, revue française de référence sur les Etats-Unis, et intervient régulièrement dans les médias sur les questions américaines. Son dernier ouvrage, Hausser le ton !, porte sur le débat public français (2014).

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