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SOS émergent en difficulté : le Brésil décroche-t-il ?

La présidente brésilienne rencontre François Hollande ce mardi 11 décembre. Elle sera accueillie mercredi matin dans l'auditorium du Medef par Laurence Parisot, en compagnie du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg.

Amérique du Sud

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SOS émergent en difficulté : le Brésil décroche-t-il ?

L’économie brésilienne connaît ce que l’on appelle une primarisation de son activité. Crédit Flickr/M.J.Ambriola

Atlantico : Alors que le sommet du Mercosur vient de prendre fin et la présidente brésilienne Dilma Roussef vient d’arriver à Paris, l’économie du Brésil est au ralenti depuis plusieurs mois. Quelles sont les causes de ce phénomène ?

Pierre Salama : Depuis plus d’une année, l’économie brésilienne est effectivement au ralenti et plus particulièrement au niveau de la production industrielle. On observe cependant une très légère reprise qui pourrait être liée à des mesures de relance prises récemment.

Ce ralentissement économique a particulièrement inquiété à cause du contraste qu’il a créé par rapport à l’extraordinaire croissance du pays après la crise de 2010. En réalité, le Brésil est simplement en train de payer les quinze dernières années de baisse de l’investissement. Par rapport à leurs PIB respectifs, le Brésil à investi deux fois moins dans son parc industriel que ne l’a fait la Chine. Sans investissement donc, aucune surprise à ce que la croissance du pays soit médiocre et sans réformes profondes, la situation n’est pas prête de changer.

Pour mieux comprendre le phénomène, il faut se placer à un autre niveau d’analyse. L’économie brésilienne connaît ce que l’on appelle une primarisation de son activité. C’est à dire que celle-ci est essentiellement dynamisée par l’exportation de matières premières dont la Chine est le principal client. De ces exportations a résulté une appréciation continuelle de la monnaie nationale qui, si elle faisait le jeu des entreprises multinationales et du secteur financier dans on ensemble, n’a fait que handicaper l’exportation de produits industriels. Si la balance commerciale globale, celle de l’industrie n’a cessé d’être de plus en plus négative particulièrement pour les produits de moyenne et haute technologie ce qui a engendré la baisse de la valeur ajoutée produite par le pays.

Le deuxième élément que paie aujourd’hui l’économie brésilienne est le maintien d’un taux d’intérêt très élevé qui a bloqué l’investissement. Il est cependant intéressant de voir que même à présent que ces deux points ont été améliorés, l’économie du pays ne repart presque pas, tant les séquelles sont profondes.

Quelles sont ces mesures de relance que vous évoquiez ? De quel type d’investissements manque le Brésil, interne ou IDE ?

Je parle du niveau de l’investissement national puisque comme je l'évoquais précédemment le Brésil investit moitié moins que la Chine par rapport à son PIB. Il n’y a donc aucun miracle, avec si peu d’investissement il est impossible d'obtenir une croissance forte. Les IDE quant à eux sont assez importants puisqu’ils représentent annuellement soixante milliards de dollars qui répartissent essentiellement entre les services, les matières premières et une partie du secteur manufacturier. Ils ont cependant eu un effet pervers dû à une mauvaise gestion interne en se substituant aux investissements nationaux.

Les premières mesures de relance date de la présidence de Lula en 2009 et étaient en rupture totale avec la politique d’austérité croissante appelée Washington consensus. Ce sont ces mesures qui sont à l’origine de l’extraordinaire croissance de 2010. Elles prenaient notamment la forme d’une forte augmentation du salaire minimum et d’un accès facilité au crédit qui a permis de maintenir la demande et d’impulser la croissance. Avec la nouvelle présidente Dilma Roussef, ces mesures arrivent au bout de leur efficacité et elle a donc mis en place une politique d’austérité économique favorisant ainsi la dépression économique. Malgré tout Roussef a su réagir en changeant de politique de taux de change et de politique de crédit notamment dans l’industrie de la construction qui est actuellement la seule qui connaît un léger rebond.

 
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  • Par Atlante13 - 11/12/2012 - 09:51 - Signaler un abus Et pas un mot

    dans tout ce discours sur les positions gauchistes de Lula et communistes de Dilma. Histoire de ne pas faire de peine aux socialistes français.

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Pierre Salama

Pierre Salama est professeur émérite des universités, professeur et chercheur au Centre d'Economie de Paris-Nord où il est spécialiste des économies sud-américaines. Il a publié de très nombreux livres traduit en espagnol et en portugais dont Les économies émergentes latino-américaines : Entre cigales et fourmis aux Editions Armand Colin dont le dernier chapitre traite de la violence comparée dans les pays latino-américains.

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