Zone franche
Faut-il laisser couler SeaFrance ?
SeaFrance n’a à peu près aucune chance de survivre sur un marché transmanche acquis au ferroviaire et à l’aérien. D’où le peu d’empressement de ses salariés à y engloutir leurs économies.

Un chauffeur de poids lourd patiente avant d'embarquer sur un ferry au terminal de Calais : "Bon sang, j'aurais dû prendre le train, j'aurais pu être à l'heure pour dîner..." Crédit Pascal Rossignol / Reuters
Je lis et j’écoute tout ce qui s’écrit et se dit de l’affaire SeaFrance, cette compagnie maritime à deux doigts de couler ― OK OK, c’est pas drôle, il y a un tas d’emplois en jeu, ne vous énervez pas, je retire ― et j’ai l’étrange impression qu’il manque un tout petit quelque chose au débat.
J’ai bien compris que tout le monde était d’accord ― CGT, CFDT, gouvernement, élus locaux ― pour sauver la boîte et un maximum de salariés (ce qui est bien la moindre des choses dans notre France humaine et solidaire) mais que les uns et les autres se prenaient le chou sur la manière de le faire (ce qui est bien le minimum dans notre France vindicative et querelleuse).
Transformation en SCOP, reprise partielle ou intégrale par Machin SA ou Truc Ltd, propriété des navires par celui-ci ou celui-là, mise au pot commun des primes de licenciement du personnel, soulte de la SNCF, subventions locales et nationales... Ajoutez deux-trois ratons-laveurs et vous êtes couverts.
Le petit quelque chose dont on ne parle pas, pour autant, et qui rend pourtant tout le reste assez surréaliste, c’est l’absurdité d’engloutir quelques dizaines de millions d’euros dans une initiative aussi manifestement vouée à l’échec. Et le peu d’empressement des matelots à "investir" dans leur outil de travail devrait au moins mettre la puce à l’oreille des plus enthousiastes parmi les relanceurs.
Déficitaire depuis une bonne décennie, SeaFrance n’est pas seulement dans les choux parce qu’elle est gérée par une poignée de gros bras ayant érigé l’absentéisme et le népotisme au rang des beaux-arts (dixit la Cour des comptes), mais surtout parce qu’il y a un bail que le trafic transmanche, qu’il s’agisse de transporter des voyageurs et des marchandises, a déserté la voie des eaux. Et de la kyrielle d’armements qui, il y a encore une vingtaine d’années, se tiraient la bourre entre Douvres et Calais ne demeure plus qu’une poignée de survivants ― dont une SeaFrance sous perfusion permanente de son grand actionnaire ferroviaire et une P&O britannique quasi hégémonique.
Pourquoi ? Allez, je suis sûr que vous avez entendu parler de ce souterrain qui relie Albion au Continent depuis 1987 (comme le temps passe), voire de ces compagnies aériennes dites low-cost qui vous transportent de Paris à Londres ou de Bruxelles à Manchester pour des clopinettes. Grosso modo, le tunnel plus l’avion, ce sont les deux tiers des trafics de passagers ; sur le fret, le tunnel est à peu près à 40% de parts de marché.
Reconvertir efficacement les salariés (sans leur piquer leurs indems pour autant) et investir dans l'avenir de cités portuaires fatiguées semble, à tout prendre, un usage plus judicieux de l'argent public que la France prévoit déjà de débourser sous le regard sombre de Bruxelles.
Ah oui, on peut aussi fermer le tunnel et les aéroports mais à ce stade, personne ne l'a encore proposé.
Hugues Serraf
Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.
Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).


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Il faut le dire pour une fois. Sans elle, nos politiques auraient comme d'habitude succombé au racket honteux de nos incontournables syndicats mafieux. En faisant un cas d'école de cette affaire, on devrait prendre la résolution de dissoudre tout ce qui se réclame syndicat en France et en refaire de nouveaux apolitiques et auto financés avec leurs adhésions...
OUI!
Un projet peu coûteux est à "l'étude" baptisé Métro TransManche : la liaison cadencée à grande vitesse via le tunnel entre Lille et Ashford (Kent) avec arrêt à Calais-Frethun.A Ashford on peut rejoindre de nombreuses destinations. Infrastructure et matériel existent. mais personne n'appuie sur le bouton Les collectivités préfèrent injecter des millions dans un projet mort-né
Si ces messieurs de la CFDT et leurs (nombreux) obligés avaient accepté d'y mettre leurs indemnités (la moindre des choses à mon avis) c'aurait été une expérience intéressante que de voir leur changement de comportement pour faire tourner LEUR boite.
En attendant, ils veulent bien en être propriétaires, à condition que ce soit NOUS LES CONTRIBUABLES qui payions.
;;; il ne restait plus de la place que pour un transporteur maritime au plus. Et c'est P&O qui a gagné. Ce qui n'est pas étonnant quand on sait le comportement des salariés de Seafrance en général et de leur syndicat CFDT en particulier.
Alors, qu'ils coulent : ils ont patiement construit cette situation depuis des années.
@Manuman
Pourquoi s'en tenir aux syndicats? Ils ne sont pas en charge de l'intéret général. En revanche nos gouvernants ne devraient pas entrer dans cette problématique. Tous les économistes un peu sérieux savent, et ont dit, qu'il ne sert a rien d'essayer de conserver des entreprises non concurrentielles, cela coute beaucoup plus cher a tout le monde que de les laisser faillir.
de ces syndicats (souvent CGT) qui noyautent des pans complets d'activités, le port de Marseille, les trains, les aéroports... Ils sont aussi honteux que les patrons qu'ils dénoncent, car comme eux ils exercent un pouvoir abusivement, et ils causent des dommages ahurissants à l'économie
je crois qu'une activité qui n'a pas d'avenir, pas la moindre chance d'être rentable doit être close, à moins qu'on veuille maintenir du folklore local ou d'être au patrimoine de l'UNESCO, je crois que les bateaux Seafrance n'y sont pas..Des salariés reclassés à salaire constant doivent accepter et s'adapter, ce n'est pas mal les traiter.. je dis aussi stop à l'assistanat (une formule de droite?)
qui ferment en france ????
moi je dis non.... l'état n'a pas à se mêler des boites de droit privé, si une boite ne peut survivre c'est qu'elle n'est pas rentable c'est tout !
SeaFrance, les patrons de petites entreprises qui coulent n'ont pas autant de projecteurs et pourtant pas d'indemnités et souvent la vente du patrimoine familial oui pour ces salariés c'est triste mais il ne faut pas exagérer.
Devant le peu d'enthousiasme des salariés à investir leur prime
et surtout à s'investir dans cette entreprise dans le coma et sous perfusion depuis plus de dix ans, l'Etat malgré sa tentative de sauvetage doit laisser tomber ...
Ainsi tous ces syndicalistes seront mis devant leur responsabilité
et s'arrangeront avec leurs encartés...qui les auront suivi jusqu’à l'enterrement de Sea France !!
Qu'auriez-vous écrit si le président avait tranché pour le NON :
On n'essaie pas de solution, on laisse tomber, cette entreprise n'est pas viable .
Vous pouvez nous l'écrire ...?
Que le "Socialo" que vous êtes admette cela est une bonnenouvelle!!
En effet nous somme dans un cas d'école de la démagogie , tout mettre en oeuvre pour sauver des salariés qui ont déliberement coulés leur boite,qui refusent d'engager leur argent,plutot le notre, dans leur outil de travail..tout ca pour un societe gérée par des syndicats irresponsables..c'est ca la France de gauche !!