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Ce risque énorme que prend Donald Trump en partant en guerre contre les services de renseignements américains

Bien que Donald Trump semble avoir remporté la première manche du match l'opposant à ses services de renseignements, aucune des deux parties n’a intérêt à entrer dans un conflit ouvert et durable qui nuirait à la sécurité et à l’influence internationale des Etats-Unis.

Tête brûlée

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Ce risque énorme que prend Donald Trump en partant en guerre contre les services de renseignements américains

Atlantico : Après les révélations de Wikileaks au début du mois sur la CIA, Donald Trump a enfoncé le clou en ajoutant que ces services étaient "obsolètes". Quels sont les risques qu'encourt le président américain en se mettant à dos les services de renseignement ? Stratégiquement, est-ce bien judicieux ?  

Eric Dénécé : Il convient de rappeler dans quel contexte a lieu cet "affrontement" entre le nouveau président et ses services. Depuis son élection, Donald Trump a décidé de remettre au pas les agences de renseignement extérieur américaines (NSA, CIA, DNI) , car - avec l’aide de son conseiller le général Mike Flynn, ancien directeur de la DIA - il a parfaitement mesuré la manière dont celles-ci ont dérivé au nom de la guerre contre le terrorisme, s’arrogeant sans cesse des pouvoirs supplémentaires, bafouant lois et libertés civiles et allant jusqu’à influencer et contraindre les deux derniers présidents, afin qu’ils fassent ce qu'elles jugeaient bon.

Trump a très tôt déclaré que cela ne serait pas le cas avec lui. D’où une hostilité ouverte de ces services qui représentent la majorité de la communauté américaine du renseignement.

Ensuite, il faut rappeler que la victoire de Trump a surpris tout l’Establishment américain - Démocrates comme Républicains - qui ne goutent guère le fait de voir quelqu’un qui n’est pas "de leur monde" - "un boutiquier" - accéder à la magistrature suprême. N’étant pas issu de ce milieu, le nouveau président va remettre en cause et contrarier la politique internationale que les diverses composantes de cet Establishment conduisent depuis deux décennies, quel que soit le président élu. Leur vision du monde et leurs intérêts - commerciaux et financiers - sont donc remis en cause.

Ainsi, une grande partie de l’Establishment du renseignement, de la politique et des affaires a tout fait pour déstabiliser le nouveau président entre son élection et son investiture. Donald Trump semble l’avoir compris très rapidement, ce qui explique que c’est la première fois que l’on a vu un président non encore en fonction s'exprimer ouvertement, prenant position sur de nombreux sujets et tweetter régulièrement. Il lui fallait prendre l’initiative pour ne pas laisser ses adversaires développer leur stratégie de décrédibilisation. Cela a parfaitement marché. Malgré quelques attaques sans guère de résultats, Trump, entre novembre 2016 et janvier 2017, a constamment gardé l’initiative, obligeant constamment ses adversaires à réagir à ses déclarations et prises de position, les prenant constamment de court.

Que pourraient faire très concrètement les services de renseignements des Etats-Unis pour porter atteinte au président ?

Il est bon de rappeler ce qu’ils ont déjà fait, car leurs actions, bien que non couronnées de succès, ont été nombreuses : accusations de liens avec Poutine ou les diplomates russes - pour Trump comme pour ses conseillers - ; affirmation que Trump était "contrôlé" par les services russes suite à une sextape tournée dans un hôtel de Moscou;  tentative de remise en cause de la victoire électorale suite à une soit-disant ingérence de hackers russes ; mise sur écoute de Trump et de son équipe pendant et après les elections, etc. Dans ces trois affaires, les services ont véritablement tout tenté pour déstabiliser le nouveau président, fabriquant des faux, transmettant des documents à la presse avant la Justice, instrumentalisant les médias hostiles à Trump, se livrant à des déclarations mettant en cause ses capacités et sa politique, salissant ses conseillers. Le Director of National Intelligence, James Clapper, et le patron de la CIA, John Brennan, semblent avoir été les principaux instigateurs de cette cabale. 

Il est essentiel de rappeler qu’aucune de ces accusations n’a été accompagnée de preuve ! Il ne s’est agit que de "suspicions", de "convictions"  des services non argumentées, "d’informations secrètes" non révélées à la presse… L’implication et le danger russes ont été également démesurément amplifiés pour rendre les accusations crédibles. Or, Edward Snowden lui-même a révélé, il y a quelques semaines, que la CIA avait depuis longtemps la capacité à mener des attaques informatiques contre ses adversaires en les faisant passer pour des actions venant de hackers russes ! Il est donc très difficile d’accorder crédit aux attaques des services contre leur président. De plus, récemment, suite aux déclarations du président sur les écoutes dont lui et son équipe auraient fait l’objet, des dirigeants du renseignement ont reconnu qu’ils avaient mis "par erreur" Donald Trump et ses principaux conseillers sur écoute depuis son élection… C’est édifiant !

 
Commentaires

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  • Par nicothebest - 03/04/2017 - 08:37 - Signaler un abus la voix de son maitre

    la voix de son maitre atlantiste a parlé

  • Par ajm - 03/04/2017 - 16:26 - Signaler un abus Gros moyens et faibles résultats.

    Si la CIA était vraiment efficace comme service de renseignement extérieur on le saurait. La CIA n'est pas le Mossad israélien malgré ses gros moyens financiers. S'agissant de la NSA qui écoute la terre entière comment peut-elle tirer quelque chose d'utile de l'énorme quantité d'informations brutes qu'elle récolte ?

  • Par Citoyen Ordinaire - 03/04/2017 - 23:20 - Signaler un abus Ca c'est courageux

    Que l'on aime ou pas le personnage. D'ailleurs si nous vivions vraiment en démocratie, aucun service secret ne devrait être accepté...

  • Par Totor Furibard - 05/04/2017 - 10:39 - Signaler un abus Tout a fait d'accord avec cette analyse.

    La CIA est l'une des organisations les plus dangereuses du monde et est complètement hors de contrôle de l’exécutif (et encore moins de la volonté du peuple). Un nombre incalculable d’assassinats et de renversements de gouvernement légitimes ont été perpétrés par cette agence avec des conséquences catastrophiques pour les populations et même pour "l'occident" dans la plupart des cas. Ils sont responsables de toutes dictatures sanglantes qui ont sévi en Amérique du sud pendant des années, et de la montée en puissance de l'islamisme partout dans le monde. Vouloir la reformer me semble être une évidence.

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Eric Denécé

Eric Denécé, docteur ès Science Politique, habilité à diriger des recherches, est directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

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