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A quoi ressemblerait le sommet Europe Turquie sur les migrants si l’Union européenne n’existait plus ?

Guerre entre la Turquie et la Grèce ; intérêts nationaux exprimés de façon beaucoup plus acerbe ; oubli des "petits" qui pèsent peu... Un sommet européen avec la Turquie mais sans l'Union européenne ne serait probablement pas bien plus efficace que maintenant. A défaut d'exprimer un avis unique et partagé par l'ensemble, Bruxelles reste un médiateur dans les échanges... dont le pouvoir dépend du bon vouloir des Etats à déléguer leur puissance politique.

Morte et enterrée

Publié le - Mis à jour le 11 Mars 2016
A quoi ressemblerait le sommet Europe Turquie sur les migrants si l’Union européenne n’existait plus ?

Atlantico : Au regard des tensions qui se font sentir entre les Etats membres de l'Union Européenne au sujet de la crise des migrants, traduisant un ensemble d'intérêts divergents et une très forte difficulté à exprimer un objectif commun, quel est, dans le cas présent, le réel apport de l'Union européenne dans cette négociation ? En l'absence de ces institutions, un sommet européen aurait sans aucun doute eu lieu tout de même. Quelle aurait été la différence entre ce sommet fictif et celui de ce 7 mars ? 

Henri de Bresson : Le premier sommet il y a quinze jours n'avait pas abouti, et les participants s'étaient donné rendez-vous lundi.

Dans ce processus de négociation, il faut bien comprendre que la Commission Européenne est là pour appliquer les décisions des états. Elle ne prend pas d'initiative, mais propose des solutions. C'est donc aux états, surtout sur des questions aussi complexes, que revient le rôle prépondérant : il ne s'agit pas de déléguer à l'Union Européenne le tout des négociations. En ce sens on a affaire depuis plus de trois mois à une préparation pour savoir qui reçoit ou ne reçoit pas, qui paye ou ne paye pas. Effectivement, on distingue deux camps : ceux qui essayent de se cacher sous la table (ce qui est un peu le cas des Français) et ceux qui refusent de recevoir des migrants (les Britanniques, les pays d'Europe Centrale ou l'Autriche) et enfin il y a au dessus de la mêlée l'Allemagne, vers laquelle convergent les gens, qui se trouve esseulée, marquée par un débat intérieur important et avec une chancelière qui défend mordicus une position humaniste. 

Est-ce que cela changerait avec une institution décisionnelle ? Sans doute. Si l'Union Européenne avait les moyens de mieux protéger les frontières et d'organiser une répartition dans des zones d'accueil selon des clés acceptées par tout le monde. Dans le cas présent, chaque état reste méfiant et veut prendre sa propre décision. En ce sens le rôle de l'Union Européenne n'est que celui d'un médiateur et ne diffère pas de celui d'un organisateur d'un sommet international et non supranational. En Europe, comme toujours en temps de crise, on retrouve deux solutions : soit on veut moins d'Europe et on se replie sur les états, et chacun décide. Les premiers à payer sont ceux sur la ligne de front. 

Ou alors on fait à nouveau confiance dans l'intégration, et on décide de donner plus de moyens à une police commune des frontières, à ce genre de choses.

Christophe Bouillaud : Tout d’abord, rappelons qu’il est difficile d’imaginer ce que serait actuellement l’Europe si l’Union européenne n’avait pas existé, ou plutôt que toute hypothèse à ce propos sera sans doute très marquée par les orientations idéologiques de celui qui parle. Si l’on essaye d’être réaliste, on pourrait déjà dire que l’Union européenne oblige à la consultation au moins formelle de tous ses pays membres. Le sommet fictif aurait peut-être eu tendance à oublier certains Etats peu importants pour la discussion. En même temps, le récent sommet des pays de la route des migrants, organisé par l’Autriche, qui rassemblait des pays dans l’UE et hors l’UE mais sans la Grèce, montre bien l’importance de tous les pays d’une région quand il faut traiter un problème,  y compris en dehors du cadre de l’UE. Il est vrai que ce sommet ressemblait furieusement à une bonne vieille réunion des familles austro-hongroise et yougoslave.  De fait, sans l’UE qui oblige à certaines précautions entre pays, on pourrait surtout parier que les intérêts nationaux s’exprimeraient dans des formes encore plus acerbes qu’actuellement. En particulier, il faudrait réfléchir à ce que la Grèce serait devenue sans l’Union européenne. Il existe une forte tendance au nationalisme de gauche comme de droite dans ce pays, et une longue tradition d’affrontement bilatéral avec la Turquie. Une Grèce, hors des mécanismes de l’Union européenne, pourrait en plus difficilement être en plus mauvais état économique que celle que nous connaissons suite aux mémorandums européens. Cette Grèce fictive aurait sans doute une attitude beaucoup plus agressive vis-à-vis de son voisin turc lui faisant passer des réfugiés indésirables sur son sol. Il y aurait sans doute du coup une intervention massive de la diplomatie au sein de l’OTAN pour éviter un affrontement direct entre les deux pays – sans compter que le problème de Chypre serait sans doute plus ouvert encore qu’il ne l’est aujourd’hui. 

Que révèle cette situation des difficultés actuelles de l'Union européenne ? Quels sont les principaux points de blocage institutionnels permettant de comprendre cette incapacité à exprimer une direction commune ? 

Henri De Bresson : Le point de blocage est d'abord une question de financement. La négociation budgétaire il y a deux ans sur ce point avait été arrêtée par la volonté des états de limiter les dépenses au strict minimum. On se rend compte qu'il nous faudrait une politique étrangère commune, une défense commune et une force qui défende les frontières communes s'il on veut être crédible. Mais on n'a pas les moyens de le faire, et l'Union Européenne est obligée d'aller quémander à chaque fois de l'argent aux états, qui eux-même ont des problèmes de budget importants ! 

Christophe Bouillaud : La situation traduit surtout l’incapacité de l’Union européenne de mener une stratégie cohérente face à son "étranger proche" pour utiliser le terme russe, et une stratégie qui soit approuvée par les électeurs européens. En l’occurrence, la Turquie d’Erdogan manipule les faiblesses des Européens de manière éhontée. Ce pays est train de racketter les Européens. Surtout Erdogan construit pas à pas dans son pays, et de plus en plus rapidement désormais, une dictature qui bientôt n’aura rien à envier à celle de Poutine, avec en plus une tendance génocidaire vis-à-vis des Kurdes. Une Europe unie aurait dû mettre tout son poids pour chasser cet apprenti dictateur du pouvoir, comme préalable à la résolution de la crise des réfugiés, plutôt que de faire semblant de s’appuyer sur lui, y compris en allant le soutenir de fait avant les élections comme l’a fait A. Merkel. En tout cas, les Européens ne devraient pas compter sur la Turquie d’Erdogan pour les aider. Les dirigeants de ce pays jouent double ou triple jeu, et tout le monde le sait et s’en accommode. Derrière cette faiblesse, il y a l’incapacité des Européens à s’être dotés d’une grande stratégie énergétique pour éviter d’être dépendants du pétrole vendu par des gens qui ne sont pas très recommandables, les monarchies sunnites du Golfe persique et la Russie chacun dans leur genre. A mon sens, les institutions ne sont nullement en cause, elles organisent et autorisent vraiment toutes les coordinations qui seraient nécessaires : simplement, les différents Etats nationaux qui composent l’Union européenne ne sont pas dirigés par des forces politiques capables ou désireuses de fusionner leurs intérêts dans une grande politique géostratégique européenne. L’Union européenne ressemble malheureusement de plus en plus à la défunte Yougoslavie d’avant 1990 : ce ne sont pas les institutions de la fédération qui étaient en cause dans l’agonie de cette fédération, mais simplement l’existence de forces politiques aux intérêts divergents à la tête des différents Etats fédérés et l’incapacité du gouvernement fédéral yougoslave à trouver une bonne politique économique. 

 
Commentaires

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  • Par Mike Desmots - 07/03/2016 - 08:57 - Signaler un abus C'est le sacandale du siècle....!

    Il est incroyable que Bruxelles fasse preuve d'autant d'incompétence politique ...! depuis 4 ans que le problème de l'invasion des migrants ...personnes à Bruxelles pour dire que c'est d'abord un problème arabo/arabe ...et la ligue arabe aurait du être convoquée ...pour que l'ensemble des pays de la ligue ..(hors pays en guerre) ;au nom de la solidarité avec leurs frère ...reçoivent et aident les réfugiés ...ce n'est pas aux européens de recevoir ce flux ,constitué d'hommes jeune bons marcheurs ... et qui sont 'il des déserteurs? des prisonniers évadés ? des djihadistes ..? des réfugiés économiques ..? autres..?

  • Par J'accuse - 07/03/2016 - 09:18 - Signaler un abus L'UE est un obstacle à la construction européenne

    L'UE devrait être une solution aux problèmes européens : elle est un problème supplémentaire. Il y aurait eu une forme de Schengen sans l'UE, en plus solide, en mieux maîtrisée, en plus capable de résister aux migrations massives. Schengen n'est pas l'UE, mais une démonstration de plus que l'UE est incapable de faire face aux crises. Tout ce qui a été apporté par la CEE, puis par l'UE, aurait été bien meilleur sans cette structure mammouthesque, aussi autoritaire avec les États membres qu'impuissante pour surmonter les épreuves. Notre agriculture, par exemple, ne serait pas devenue un kolkhoze, totalement inadapté aux marchés et en voie de disparition. L'Europe s'est enlisée dans l'UE, dirigée par des politiciens plus attirés par une vision soviétique que par une confédération démocratique : pour donner un avenir à l'Europe, il faut profondément refonder l'UE, dissoudre le Politburo appelé Commission, et le Soviet Suprême appelé Parlement.

  • Par zouk - 07/03/2016 - 09:28 - Signaler un abus Migrants et UE

    Que de tristes constatations des deux contributeurs de cet article! Curieusement, ils rejoignent Krugman qui plaide pour une relance économique vigoureuse aux Etats Unis comme en Europe en négligeant les déficits. Serait-ce la solution pour cesser de décevoir l'espoir d'une "vie bonne" promise aux citoyens de tous les pays de l'UE ? Oui, l'incapacité de l'UE à s'entendre sur les moyens à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à cette crise est terriblement menaçante, et il faudrait évidemment abandonner toute illusion sur la Turquie, Erdogan est un dictateur et cherche à rétablir l'Empire Ottoman, centre du monde sunnite en éliminant l'Arabie Saoudite; c'est la raison de son pseudo-combat, combat pour le moins théorique, avec Daesh. Quant à aider l'UE vis à vis de la masse des immigrants, il faudra acheter, très cher, un soutien purement verbal.... et encore.

  • Par Gordion - 07/03/2016 - 10:01 - Signaler un abus @zouk

    Oui. Mais par relance, laquelle? Relance budgétaire, monétaire ou réglementaire? Relance budgétaire, c'est la politique keynésienne...pratiquée depuis toujours, avec les merveilleux résultats que nous connaissons (explosion endettement, etc)..

  • Par Olivier62 - 07/03/2016 - 10:21 - Signaler un abus Le "grand remplacement" en route grâce à l'UE

    "la Turquie d’Erdogan manipule les faiblesses des Européens de manière éhontée. Ce pays est train de racketter les Européens." On ne saurait mieux dire. Cela dit il y a une complicité objective entre dirigeants européens et Erdogan, puisque les premiers poursuivent un agenda mondialiste de 'grand remplacement" de leur population "de souche" par une immigration de masse. Erdogan, quant à lui, espère que la Turquie puisse reprendre pied dans les balkans en y faisant immigrer des turcs en masse, en profitant de l'impossibilité, pour des pays de l'UE, de protéger leur frontières.

  • Par Olivier62 - 07/03/2016 - 10:21 - Signaler un abus Le "grand remplacement" en route grâce à l'UE

    "la Turquie d’Erdogan manipule les faiblesses des Européens de manière éhontée. Ce pays est train de racketter les Européens." On ne saurait mieux dire. Cela dit il y a une complicité objective entre dirigeants européens et Erdogan, puisque les premiers poursuivent un agenda mondialiste de 'grand remplacement" de leur population "de souche" par une immigration de masse. Erdogan, quant à lui, espère que la Turquie puisse reprendre pied dans les balkans en y faisant immigrer des turcs en masse, en profitant de l'impossibilité, pour des pays de l'UE, de protéger leur frontières.

  • Par Gordion - 07/03/2016 - 10:54 - Signaler un abus @Olivier 62

    Certes. Et le grand dessein d'Erdoğan de recréer le califat en lieu et place des Saoudiens actuellement gardiens des lieux saints. Califat dissous par Atatürk. Comme l'histoire se répète

  • Par vangog - 07/03/2016 - 11:51 - Signaler un abus Invasion de 2000 musulmans par jour...

    Contrairement à ce qu'affirme ce penseur unique et mondialiste, si l'UE n'existait pas, il ne faudrait pas l'inventer...et on aurait plus de chance de dire merde à la Turquie islamiste et à la Grèce communiste qu'avec ces technocrates impuissants!

  • Par langue de pivert - 07/03/2016 - 13:06 - Signaler un abus Tranchons le nœud gordien :

    Il n'y a rien à demander à la Turquie, seulement déployer une flotte européenne pour repousser les envahisseurs mahométans ! Ça fera grincer des dents - tant mieux - il y aura un peu de casse - tant pis ! Pas plus de casse que toutes les noyades déjà évitées par les interventions européennes qui AUGMENTENT les bénéfices des passeurs mahométans sidérés, mais encouragés, par notre bêtise et nos scrupules ridicules ! Nous n'avons AUCUN devoir envers des musulmans qui payent des musulmans pour fuir des musulmans. La Turquie - mais pas que - se débarrasse d'un problème en nous le refilant et en affaiblissant l'Europe ! Et en prenant du fric au passage ! Triple bénéfice pour ces rats ! il faut leur mettre le nez dans leur merde ! Il feront quoi ? RIEN ! Ils seront bien obligés de trouver des solutions à LEURS problèmes C'est quand même pas les pays d’accueil qui manquent au Moyen-Orient ? Ou alors l'oumma c'est de la merde ! Pas besoin de référendum : l'opinion publique européenne est prête ! Au boulot ! Faut que j'fasse tout ? ☺

  • Par langue de pivert - 07/03/2016 - 13:12 - Signaler un abus Laissons faire la nature ! ☺

    Si tu veux nourrir celui qui n'a rien, ne lui donne pas de poisson : apprends lui à pêcher (Confucius ou un truc comme ça ! :-) Si tu veux la paix dans les pays musulmans : laisse les se démerder entre eux ! Fin des OPEX ! Charbonnier est maître chez lui !

  • Par Gré - 07/03/2016 - 21:28 - Signaler un abus Nos pays ont des armées qui

    Nos pays ont des armées qui vont se battre aux quatre coins du monde mais qui ne sont pas capables d'arrêter une invasion de "migrants". Pourquoi ? parce qu'ils sont "désarmés" ? Mais le nombre est une arme ! Ces personnes savent qu'elles ne peuvent passer. Alors ? Si quelqu'un veut rentrer chez vous contre votre gré, vous ne vous défendrez pas, en lui tapant dessus si nécessaire ? ------------ Refuser de se défendre revient aussi à se coucher devant un dictateur. C'est quand même incroyable : La Turquie, génocidaire et négationniste, mène la danse. A côté de cela, Valls et consorts poussent des cris de porcs qu'on égorge quand on évoque la possibilité que le FN accède au pouvoir. Crétins, abrutis et Cie.

  • Par valencia77 - 08/03/2016 - 00:21 - Signaler un abus Davutoglu

    Il n'a aucune card. S'il continu a faire chier l'Europe pas de visa pour l'Europe pour les Turcs et deportations. Ankara sera bombarde pour chaque bombardement des Kurdes. Mitrailler les bateaux de migrants qui arrivent en Grece(en dehors des eaux territoriales). ca arretera l'immigration instantanement.

  • Par valencia77 - 08/03/2016 - 00:28 - Signaler un abus moyen orient est inutile

    La Russie a asse de petrole pour toute l'europe. Minerais? idem. Pourquoi se faire chier avec les arabes ou les turcs ou l'afrique?Les chinois sont asses nombreux pour s'occuper de l'afrique... Uranium pour la France? buy from US or the canucks. Let's hope we have Trump for prsident next year. This PC crap is unbearable.

  • Par valencia77 - 08/03/2016 - 00:35 - Signaler un abus The germans are useless

    The old lady bought a Lexus. We had a Beemer, screw them and the rest of the chinese community is switching over due to my nasty influence.

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Henri de Bresson

Henri de Bresson a été chef-adjoint du service France-Europe du Monde. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du magazine Paris-Berlin.

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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