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Pourquoi la (vraie) révolution numérique n’a pas encore eu lieu (et pourquoi c'est l'occasion de réinventer notre modèle)

Depuis plusieurs années, secteurs après secteurs, des pans entiers de notre économie font face au défi du numérique. Jusqu'à présent, le grand boom n'a pas encore eu lieu. Mais la France a pris du retard et devra au plus vite se préparer à l'explosion de la sphère digitale.

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Pourquoi la (vraie) révolution numérique n’a pas encore eu lieu (et pourquoi c'est l'occasion de réinventer notre modèle)

Atlantico : Vous avez remis, la semaine dernière, un rapport à la ministre du Travail traitant notamment du financement de la protection sociale des travailleurs indépendants. Pourtant, la bonne formule semble difficile à trouver. Au vu de la complexité du sujet, est-il finalement légitime de se demander si l’économie numérique "existe" vraiment ? N’est-ce pas davantage une question de moyens que de changements de nature de l’économie "traditionnelle" ?

Benoit Thieulin : Nous l’affirmons depuis le début de notre mandat, et nous réinsistons dans le rapport Nouvelles Trajectoires : la révolution numérique que nous vivons est une véritable métamorphose, globale, et beaucoup plus importante que les précédentes révolutions industrielles. L’économie et la société se transforment dans leur ensemble en même temps. Il n’y a donc pas d’économie numérique à proprement parler puisqu’aucun secteur n’est épargné, toutes les organisations sont bouleversées. Cela justifie d’autant plus que nous nous interrogions sur les fondamentaux de notre modèle économique et social.

D’autant que les fondamentaux de la révolution numérique sont loin d’être stabilisés et sont encore, à ce jour, loin d’être soutenables : en terme de fiscalité, de protection sociale, de création d’emploi ou d’empreinte carbone, une révolution dans la révolution numérique est à venir !

A la lecture de votre rapport, on constate votre volonté de protéger le statut des travailleurs indépendants en faisant intervenir davantage les plateformes de mise en relation, dans le financement de cette protection. Quels éléments motivent ce choix ?

Qui peut encore se satisfaire de la précarité du statut des travailleurs indépendants et en particulier des travailleurs des plateformes numériques, qui connaissent un boom et vont aller croissant ? Qui peut encore croire qu’un chauffeur Uber est juste un entrepreneur au même titre que je le suis, à la tête de La Netscouade, qui fait 4,5 millions de chiffre d'affaires avec 45 personnes, mais sans les mêmes capacités d’épargne qui lui garantissent une bonne couverture sociale et un complément de retraite ? Si l’on n’y prend pas garde, on pourrait fabriquer une génération de mini-entrepreneurs précaires à 10 ou 20 ans ! La zone grise où ils se situent pose problème : ni vraiment employé -protection trop faible-, ni vraiment entrepreneur -indépendance de façade-.

Les plateformes numériques, a fortiori celles de l’économie collaborative, organisent une intermédiation de la production de valeur et du travail. Si bien que les travailleurs qui les utilisent peuvent se retrouver en situation de double subordination : par rapport à la plateforme, donneuse d’ordre en matière de prix, et par rapport aux utilisateurs-clients. Il sont dits “travailleurs indépendants” mais sont d’une dépendance rare vis-à-vis de la plateforme ! Nous devons rééquilibrer la relation, redonner du pouvoir aux travailleurs des plateformes qui doivent être en capacité d’anticiper leurs revenus, et ne pas recevoir un mail leur annonçant leur baisse de revenu de 20% du jour au lendemain. Ils doivent se sentir représentés d’une manière ou d’une autre : les syndicats seraient bien inspirés de s'occuper de cette clientèle naturelle pour eux, et jusque-là délaissée. Nous prônons ainsi le principe de loyauté des plateformes, que nous avions déjà poussé lorsqu’il s’agissait d’algorithme ou d’API vis-à-vis d’un écosystème de start-up, par exemple. Nous le prolongeons en disant : une relation nouvelle, plus responsable, plus loyale doit s’établir avec ces travailleurs d’un nouveau genre, qui doivent pour se faire, s’organiser, aidées par les organisations syndicales ou pas.

 
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Benoît Thieulin

Benoît Thieulin est le fondateur de l'agence La Netscouade et président du Conseil National du Numérique.

En 2006-2007, il a participé à la campagne Internet de Ségolène Royal, notamment à travers la création du site Désirs d'Avenir.

 

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