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Pourquoi la situation du monde est bien pire qu'après le 11 septembre

Partout, le parallèle entre les attentats du 13 novembre à Paris et ceux du 11 septembre à New York est fait. Pour autant, la situation est désormais pire pour l'Occident. Sur tous les aspects, diplomatique comme militaire, l'éradication de l'Etat Islamique promet d'être compliquée.

Extension du domaine de la lutte

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Pourquoi la situation du monde est bien pire qu'après le 11 septembre

Un combattant de l'Etat islamique en Irak. Crédit Reuters

Atlantico : Dans une interview accordée au Monde, le Premier ministre algérien soutient la volonté de François Hollande pour une résolution de lutte contre le terrorisme. "Il faut agir sur le plan sécuritaire mais aussi agir pour éteindre les foyers où ce phénomène est né." A quels niveaux la situation actuelle est-elle plus difficile à gérer pour l'occident comparativement à celui d'après le 11 septembre ? La menace terroriste n'est-elle pas aujourd'hui diffusée notamment sur plusieurs territoires ?

Lesquels ?

Fabrice Balanche : Pour enrayer la dynamique de recrutement dans le monde arabe et en Occident, il faut prendre les problèmes à la source et éliminer les raisons qui poussent des jeunes à s’engager dans ce groupe terroriste. C’est un processus long et difficile, je ne suis pas sûr que nous puissions réussir avant quelques décennies. Pour faire simple cela passe par une réelle politique d’intégration en France et non plus le simple achat de la paix sociale. Quant au monde musulman, il faudrait supprimer les causes de la frustration politique, économique et sexuelle. Cela signifie des réformes politiques et une libéralisation des mœurs, auxquelles les Etats et les sociétés ne sont pas prêts. Par ailleurs, il faudrait sécuriser le Moyen-Orient ce qui n’est pas une mince affaire. Un article paru dans le Washington Post explique bien ce travail de Sysiphes : "Is it too late to solve the mess in the Middle East ?". Il faudra pourtant bien trouver une issue. Les objectifs sur le plan des droits de l’homme seront revus à la baisse au profit du pragmatisme et de l’urgence sécuritaire. En clair nous allons restaurer les Etats autoritaires comme cela est le cas en Egypte. Les problèmes de l’Egypte ne sont en rien résolus à terme avec le Maréchal Sissi, mais il faut éviter que le bateau coule. En Occident, cela passe aussi par une réponse militaire et policière : détruire l’organisation de Daesh au Proche-Orient et démanteler ses réseaux sur notre territoire.

Comment la lutte contre le terrorisme a-t-il pu prendre de telles proportions, au point que le roi Abdallah II de Jordanie évoque une "troisième guerre mondiale" ?

Le roi Abdallah est amoureux des formules chocs. En 2004, c’est lui qui avait lancé l’idée du "Croissant Chiite". Est-il visionnaire ou provocateur ? Il reprend à son compte le concept du "choc des civilisations" de Samuel Huntington qui décrit dans son ouvrage l’affrontement entre l’Occident chrétien et un monde musulman radicalisé. Il est vrai que la nébuleuse du terrorisme islamique s’étend du Mali aux Philippines avec des ramifications dans les communautés musulmanes installées en Amérique du Nord, Europe et Russie. Mais il ne s’agit pas d’une troisième guerre mondiale, car elle n’oppose pas des armées conventionnelles. Nous sommes davantage dans un combat identitaire qui confère à une guerre civile mondialisée entre différents modes de vie et de pensée. Le XIXème siècle fut celui des guerres civiles sociales, le XXème des guerres civiles idéologiques et le XXIème est celui des guerres civiles identitaires, ce qui recouvre la religion et le fondamentalisme. Le combat est inégal, par conséquent les fondamentalistes ont recours au terrorisme, la bombe atomique du pauvre. Avec Daesh nous atteignons des proportions inégalées car le terrorisme de masse constitue la base de son action : des attentats à la voiture piégée en Irak dès 2004 à ceux de Paris.

En 4 ans, quatre pays ont implosés (Syrie, Yémen, Libye, Irak). L'Etat islamique commence à prendre pied dans de nouveaux pays : l'Egypte, la Libye et l'Afghanistan. Selon le Premier ministre algérien, "Si nous ne faisons rien en Libye, il y aura un autre Daech aux portes de l’Europe"....

Daesh et autres mouvements fondamentalistes tels les Talibans ou Boko Haram prospèrent dans les zones grises, c’est-à-dire où l’Etat n’existe plus. Soit parce que nous sommes dans un Etat failli : la Somalie, la Libye ou l’Afghanistan, soit parce que l’Etat a perdu le contrôle des périphéries comme le Sinaï en Egypte ou l’Est de la Syrie. Les groupes rebelles, en opposition avec le pouvoir central et qui se disputent le territoire, reposent le plus souvent sur des structures tribales ou ethniques. Pour dépasser ces liens primaires, ils prêtent allégeance à Daesh, ce qui leur apporte un encadrement idéologique et une aura susceptible de rallier à eux d’autres clans et d’élargir ainsi leur assise territoriale. Dans le chaos libyen, Daesh fait des émules puisqu’il n’y pas plus d’Etat : l’influence du gouvernement de Tobrouk, reconnu par la communauté internationale, ne dépasse pas quelques dizaines de kilomètres. Si nous ne parvenons pas à faire émerger un acteur susceptible de fédérer les clans libyens c’est Daesh qui le fera à son profit.

Dans quelle mesure la multiplication des acteurs locaux -et surtout de leurs intérêts divergents- complique-t-il une intervention diplomatique et militaire occidentale, en comparaison de l'après 11 septembre ?

Après le 11 septembre 2001, les Etats Unis pouvaient se permettre d’intervenir de façon unilatérale au Moyen-Orient puisqu’ils étaient la puissance hégémonique dans le monde depuis la chute de l’URSS en 1991. Désormais ce n’est plus cas : la Russie est de retour, la Chine joue un rôle géopolitique non négligeable et après 8 ans de guerre en Irak, Barack Obama ne veut pas s’engager dans un nouveau bourbier au Moyen-Orient. L’Etat Islamique a profité de la vacance du gendarme régional pour se développer avec l’appui de la Turquie et de l’Arabie Saoudite, qui voient en lui le meilleur rempart contre l’Iran. Nos différents alliés Kurdes, la Russie, Bashar el Assad ne sont pas exempts non plus de calculs intéressés vis-à-vis du développement de l’Etat Islamique. Il serait trop long de décrire ici les intérêts divergents des uns et des autres. Cela a déjà été fait notamment par France 24. Si véritablement François Hollande veut détruire Daesh, il va devoir faire d’énormes concessions à la Russie, notamment accepter le maintien au pouvoir de Bashar el Assad. Il va se mettre à dos la Turquie d’Erdogan, car l’appui des Kurdes nous sera indispensable pour les offensives terrestres. Enfin nos "alliés arabes du Golfe" risquent de nous en tenir rigueur également, ce qui signifie la perte de plusieurs contrats d’armement. La détermination de François Hollande risque de fléchir rapidement d’autant plus qu’il ne réussira pas à convaincre mardi prochain Barack Obama à s’investir davantage contre Daesh.

 
Commentaires

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  • Par Gordion - 22/11/2015 - 11:25 - Signaler un abus Détermination de Mou-Président

    Effectivement, elle risque d'être mise à mal, faute de soutien de nos amis européens. Qui peut croire que l'Allemagne, les démocraties nordiques, voire l'Italie (en Libye?) vont nous soutenir militairement et financièrement? Leur volonté de soutien sera inversement proportionnel au nombre de musulmans chez eux. En outre, bon nombre de pays européens préfèrent déléguer leur soutien à l'OTAN, menée par les US. L'Europe de la Défense et des Affaires Etrangères n'est là aussi qu'un ectoplasme. Enfin, le R-U, qui comme la France, a les plus gros budgets militaires et une capacité d'intervention importnate n'a peut-être pas envie de faire cavalier seul avec la France, si les US, la Russie et l'Iran mènent la danse. Je suis d'accord avec ce qui est écrit. Quant à la Turquie, elle risque, comme la France, d'être marginalisée comme les monarchies sunnites du Golfe par ce nouvel axe US/Russie/Iran, soutenu par la Chine. Hollande n'a clairement pas les moyens de ses ambitions, encore eût-il fallu qu'il eût une vision géopolitique claire!

  • Par Aldebaran45 - 22/11/2015 - 15:23 - Signaler un abus La source du problème

    Il faut repenser notre stratégie au Moyen Orient, la source du problème c'est l'Arabie Saoudite. Pour résoudre les problèmes de Moyen Orient, il faut que cette monarchie corrompue qui véhicule une idéologie de mort tombe. Le seul allié crédible pour ce faire, c'est l'Iran qui veut protéger la minorité chiite. N'écoutons pas Israël avec ses arrangements machiavéliques et sa politique jusqu'au boutiste, défendons nos propres intérêts et nos propres valeurs.

  • Par vangog - 22/11/2015 - 17:58 - Signaler un abus Les solutions geo-politiques sont les bonnes!

    Fabrice Ballanche a raison de dire que l'axe Russo-Iranien est devenu prééminent, que Assad devra rester au pouvoir, afin de contrôler les minorités ethniques, qu'il vaudrait mieux armer les Kurdes que le FLS, qui doit être combattu, au même titre que Daesh. Le gouvernement gauchiste ne doit plus s'impliquer au Moyen-Orient car il se trompe régulièrement d'ennemi (et d'allié) et n'a plus les moyens de sa politique étrangère. A l'inverse, lorsque Ballanche parle de traiter la source du problème, il retombe dans les bisounourseries gauchistes et messianiques qui font croire aux benêts qu'ils doivent étendre leur fonctionnement démocratique et droitdelhommiste à tout le reste du monde...non! Car ce n'est ni souhaitable, ni cohérent. Les peuples arabes ont besoin de dirigeants forts comme Assad pour rattraper leurs cinq siècles de retard sur la globalisation. Et ils le feront à leur rythme qui n'est pas celui de l'Occident. L'urgence n'est pas d'intégrer, mais de stopper l'immigration, afin de cesser d'alimenter le chômage gauchiste...copie à réécrire!

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Fabrice Balanche

Fabrice Balanche est maître de conférences à l’Université Lyon 2 et directeur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient.

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