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Pourquoi les maladies de la SNCF n'ont pas grand chose à voir avec son statut public ou privé mais beaucoup avec sa gestion

La grande désorganisation due à une panne électrique sur un réseau de la SNCF montre certes des failles dans la société publique, mais n'ont rien à voir avec son statut. Si l'on veut soigner, c'est vers d'autres dysfonctionnements qu'il faut se tourner.

Faux débat

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Pourquoi les maladies de la SNCF n'ont pas grand chose à voir avec son statut public ou privé mais beaucoup avec sa gestion

La désorganisation due à une panne électrique illustre comme le dit très bien Jean-Yves Archer la complexité de nos systèmes et la difficulté de traiter les crises qui peuvent en résulter. Je pense d’abord à tous ces agents que j’ai eu l’honneur de diriger et à leur désespoir d’entendre toutes les opinions négatives sur « leur » société depuis quelques jours. Je dis » leur » car le point fort de l’entreprise est là, dans l’engagement « cheminot » à faire rouler les trains dans les meilleures conditions à la satisfaction des voyageurs. 

Depuis quelques années, cet esprit de corps, ce sentiment d’appartenance à un entreprise d’excellence est en déclin, le voyageur ex-Président que je suis devenu peut l’observer fréquemment, et les accidents récents dont celui de Brétigny n’ont pas arrangé les choses.

La fierté dans le train et le dévouement sans calcul de tous était un acquis de la SNCF et je crains que cet esprit que j’ai rencontré à tous les moments de difficulté lorsque j’étais Président soit en voie de disparition. Il est clair que j’ai vu des dizaines de techniciens arriver en pleine nuit, sans avoir été sollicités par leur hiérarchie, pour traiter un problème que l’un d’entre eux avait rencontré, en sommes-nous là encore aujourd’hui ? Les accidents récents ont montré aussi une perte de technicité avec l’usure du temps, les retraites trop précipitées, et beaucoup m’ont dit leur crainte de manque de transmission du savoir. Quand la complexité s’accroit et que la technicité va dans l’autre sens, tandis que la motivation diminue, la recherche des causes d’une panne devient de plus en plus ardue, c’est ce qu’il semble que nous ayons vécu ensemble, crucifiés par les  commentaires désastreux et les problèmes insurmontables des clients ballottés et impuissants ! 

Mais il est aussi d’autres questions à se poser car si l’on sait que les isolations électriques sont d’un diagnostic très compliqué, on peut mesurer aussi comment la surcharge due à de nouveaux trafics comme ceux de Paris-Bordeaux et Paris-Rennes risque d’occasionner des difficultés. Cet aspect des choses a été sous-évalué probablement car tandis que les capacités augmentent les budgets sont de plus en plus serrés, ce que tous les agents techniques de la SNCF dénoncent tous les jours en parlant de l’armée mexicaine pour dire comme Jean-Yves Archer sur-staffée ! A problèmes techniques complexes il faut répondre par plus de techniciens et moins de chefs, d’ailleurs avec le numérique on aura besoin de personnel interconnecté et non de supérieurs hiérarchiques. 

Enfin il faudra affronter deux difficultés majeures dans le futur. La première c’est que la SNCF marchait correctement avec un corps de cheminots, le fait de séparer les métiers y compris dans différentes entités pour des raisons philosophiques est absurde car le numérique conduit, au contraire, à faire disparaitre les « silos » constitués. La déréglementation qui veut « séparer » est contraire à la démarche de l’avenir. La deuxième est qu’il nous faut en priorité assurer la maintenance de l’outil exceptionnel que nous avons créé collectivement et arrêter de vouloir augmenter les lignes à grande vitesse tant que nous n’aurons pas effectué les travaux sur le réseau existant. J’avais averti en son temps les politiciens sur les risques insensés de privilégier la nouveauté à l’existant. Nul doute que la concomitance entre la mise en service des nouvelles lignes sur l’Ouest et la panne géante un mois après n’est pas due au hasard. Revenons aux fondamentaux de la technique travail collaboratif, compétence, transmission du savoir, suppression de niveaux hiérarchiques inutiles, et vive la SNCF !  

 
Commentaires

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  • Par moneo - 03/08/2017 - 12:04 - Signaler un abus "l'henaurme" contradiction dans le titre

    Mais si la situation catastrophique a tout à voir avec son statut. jamais une société privée n'aurait pu tenir avec un modèle socialiste ,elle aurait donc due s'adapter ou disparaître... mais voila l'esprit de la bataille du rail , la légende des farouches résistants que furent les cheminots ( on se demande qui étaient aux commandes des chemins de fer qui ralliaient quotidiennement l'Allemagne indépendamment de leurs occupants ou chargements :G Marchais volontaire du STO,y est allé en avion?) continue de sévir. La vérité est simple comme d'habitude :la société fonctionne tellement comme une société communiste + la lâcheté des dirigeants soit gaullistes ( cad opportunistes du pouvoir)soit socialiste qu'elle est irréformable et même pas privatisable .Qui voudrait d'un tel boulet financier ,qui oserait faire payer le vrai prix aux usagers sans révolte de ceux ci ,nourris au "gratuit" ? Plus grave c'est que la majorité des français pense toujours que le gentil Etat paiera sans que eux paient.Normal Hollande l'a encore déclaré peu avant son élimination politique mais bon entre insoumis et patriotes la SNCF est l'avenir de la France

  • Par Anouman - 03/08/2017 - 13:30 - Signaler un abus SNCF

    On en revient toujours au même point qui est que l'on ne peut pas vendre en-dessous de son prix de revient. Si les gens veulent des services ils doivent être prêts à les payer, que ce privé ou public.

  • Par vangog - 03/08/2017 - 14:44 - Signaler un abus La gestion, c'est le socialiste Pepy!

    Bon ben...dehors, le mauvais!

  • Par J'accuse - 03/08/2017 - 16:17 - Signaler un abus La gestion dépend d'abord du statut

    Les principes de base de la gestion d'une entreprise sont entièrement dépendants de son statut et de celui des salariés. Une entreprise publique, verrouillée par des idéologues et des syndicalistes, fonctionne à peu près comme une administration irresponsable (pléonasme?), plus encore lorsqu'elle détient un monopole, et pas du tout comme une entreprise privée. Je ne dis pas que ça fonctionne forcément bien dans le privé, mais la gestion y est fondamentalement différente.

  • Par karbo - 03/08/2017 - 16:36 - Signaler un abus Sabotage?

    Capacité de nuire des syndicats, démontrée pour avertissement!!!

  • Par Ganesha - 03/08/2017 - 17:57 - Signaler un abus Pauvres débiles, renseignez-vous !

    Une majorité des lecteurs et des abonnés d'Atlantico est composée de retraités aisés, et en échange de leur modeste contribution, il faut bien donner de temps en temps à ces chiens pavloviens l'occasion d'aboyer ! Sur n'importe quel sujet, surtout s'ils n'y connaissent strictement rien, ils ne font aucune recherche internet, ils se contentent de réciter stupidement leur ''petit catéchisme libéral''. La privatisation des chemins de fer britanniques a malheureusement entraîné une série d'accidents dramatiques. La situation actuelle est la conséquence habituelle du capitalisme sans scrupules : un coût des prestations a atteint des sommets astronomiques ! On estime que les anglais dépensent six fois plus pour aller travailler que les français. Les grèves et les retards sont insupportables et, selon un sondage, les deux tiers des anglais souhaitent une re-nationalisation ! === http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/au-royaume-uni-la-privatisation-des-chemins-de-fer-deraille-628489.html

  • Par Ganesha - 03/08/2017 - 18:11 - Signaler un abus Six fois plus cher !

    Si vous comprenez l'anglais, lisez-donc cette étude sérieuse et bien documentée. ==== http://www.independent.co.uk/infact

  • Par Deneziere - 03/08/2017 - 22:50 - Signaler un abus Le Floch-Prigent dit vrai... hélas

    Le réseau ferré français est très ancien (l'anglais aussi, et ils en bavent comme nous), dense et recèle un enchevêtrement de technologies disparates et complexes, assez sidérant quand on le découvre. Et cela ira en s'aggravant de manière exponentielle, car chaque fois qu'une technologie apparaît se pose la question de la compatibilité avec TOUTES les anciennes. Plus cela ira, moins les cheminots maitriserons techniquement leur réseau, sauf à en abandonner des pans entiers et à repartir d'une feuille blanche, ce qui se fait, mais de manière larvée et à reculons. Bien sûr que les bolchos beuglards syndiqués sont une nuisance. Mais ils ne font partie ni du problème, ni de la solution. Si c'était le cas, cela serait facile, il suffirait de les dégager à coups de pied au cul, ce qu'une vraie droite ferait si elle était au pouvoir. Cela défoulerait, mais cela ne réglerait pas le problème.

  • Par Olivier62 - 04/08/2017 - 10:36 - Signaler un abus Armée mexicaine, une dérive bien française !

    Je travaille au siège d'une branche de la Sécurité Sociale, et je peux vous dire que c'est la même chose exactement, avec une multiplication de directions à l'intitulé aussi ronflant que pittoresque, avec des attributions mal définies qui recoupent celles d'autres directions, d'innombrables strates hiérarchiques peuplées d'arrivistes inutiles, en réunion permanente où on se présente en retard et les mains dans les poches, sans l'avoir préparé. L'activité de nombreux cadres de haut niveau se résume à des parlotes et des commentaires généraux, en évitant soigneusement le vrai travail et les responsabilités ! Il est vrai qu'ils ont été promus sur la base du copinage, de la servilité et de CV totalement bidonnés qu'on a pas pris la peine de vérifier.

  • Par dgbrt - 04/08/2017 - 12:40 - Signaler un abus c'est justement çà le problème...

    Faux. La mauvaise gestion n'est possible à long terme que dans une entreprise publique, pas dans une entreprise privée. La première sera sauvée par le contribuable, la deuxième péréclitera et laissera la place à une entreprise mieux gérée.

  • Par jerome69 - 04/08/2017 - 15:10 - Signaler un abus Attentat ?

    Je ferai le lien avec ce problème , entre autre , et l 'article d'Alain Rodier , sur les consignes au Djiadiste de faire une guerre éconimique de l'ombre et dont un des objectifs donnés etait de semer la pagaille dans les infracstrutures de transport. un panne difficile à détecter, sur un WE classé noir ... étrange coincidence, comme les divers incendies proche d 'habitations, autres objectifs cités par A.R.

  • Par Ganesha - 04/08/2017 - 17:14 - Signaler un abus Tarifs ''privatisés'' !

    Le lien internet que j'ai indiqué hier à 18h11, n'était pas bon. Si vous allez consulter l'adresse ci-dessous, vous verrez que, par exemple, un abonnement mensuel Londres-Lutton, distance 35 miles, coûte 387 livres, en train ''privatisé'', alors que Düsseldorf-Cologne (28 miles) ne coûte que l'équivalent de 85 livres anglaises avec la DB. Et pour Paris-Mantes la Jolie (34 miles), la SNCF ne facture que 61 livres anglaises pour un mois ! http://www.independent.co.uk/news/uk/home-news/british-rail-passengers-rpice-hike-train-fares-europe-income-southern-virgin-gwr-a7506711.html

  • Par vangog - 05/08/2017 - 02:18 - Signaler un abus @Olivier62 Merci pour votre post!

    Il est important que les "résistants de l'intérieur" notent et identifient les collabos du système gauchiste , car le verdict et la sentance vont bientôt tomber...

  • Par Ganesha - 05/08/2017 - 05:00 - Signaler un abus Intérêt personnel ?

    Lorsque je choisis de prendre le train pour aller de Mantes la Jolie à Paris, c'est un geste ''écologiquement responsable'', et je trouve souhaitable que les ''drogués de la bagnole'' me subventionnent, avec la taxe sur les carburants et le péage des autoroutes ! En tout cas, c'est un magnifique exemple de la redoutable connerie d'affirmer que ''le privé, c'est toujours moins cher pour l'usager'' ! Actuellement, 1% de la population possède la moitié du patrimoine. Les lecteurs d'Atlantico ne font probablement pas partie de ces privilégiés : ils auraient d'autres distractions que de dialoguer sur internet, mais ils pensent avoir un intérêt personnel à défendre ce système délirant !

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Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

 

 

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