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Offensive armée sur le Yémen : l’Arabie saoudite enclenche un engrenage à haut-risque

La capitale du Yémen et ses alentours ont connu des bombardements intensifs dans la nuit de vendredi à samedi, troisième nuit consécutive de l'opération saoudienne "Tempête décisive". Les clefs pour comprendre les évènements qui secouent ce pays de la péninsule arabique.

Doigts dans la prise

Publié le - Mis à jour le 30 Mars 2015
Offensive armée sur le Yémen : l’Arabie saoudite enclenche un engrenage à haut-risque

Des rebelles chiites manifestent contre les frappes de l'Arabie saoudite, le 26 mars à Sanaa. Crédit Reuters

Le Moyen-Orient est aujourd’hui en plein chaos. Voici qu’à la guerre contre Daesh avec l’intervention terrestre de l’Iran en Irak et l’appui aérien d’une coalition internationale, s’ajoute au Yémen, les mêmes causes produisant les mêmes effets, une nouvelle guerre civile confessionnelle, entrainant une intervention extérieure dirigée par l’Arabie Saoudite et soutenue par les Etats-Unis.

Le contexte

Au conflit israélo-palestinien et aux affrontements géopolitiques régionaux pour la suprématie dans le Golfe Persique - qui opposent depuis longtemps l’Iran et l’Arabie Saoudite, soutenus réciproquement par la Russie et les Etats-Unis - se superposent aujourd’hui des guerres civiles confessionnelles Sunnites contre Shiites et, depuis juin 2014, la guerre des salafistes radicaux de Daesh contre toutes les autres religions et l’Occident.

Pour lire une autre analyse : Crise au Yémen : ces raisons qui expliquent vraiment l’intervention militaire saoudienne

En effet, une guerre civile confessionnelle déchire la Syrie depuis quatre ans avec l’appui ou la complicité de l’Arabie Saoudite, du Qatar, de la Turquie et aussi des occidentaux dont les dirigeants  ont cru naïvement qu’ils assistaient à un printemps arabe. Par ailleurs, en Irak, la rébellion latente des tribus sunnites contre le pouvoir sectaire du shiite Al Maliki (L’origine de ce chaos remonte à la guerre d’Irak et à l’occupation américaine qui a cru pouvoir remplacer le pouvoir dictatorial du leader bassiste Saddam Hussein par une démocratie parlementaire. Mais le Premier Ministre Shiite Al Maliki n’a pas voulu partager le pouvoir avec les minorités Chiites et Kurdes qui représentent chacune environ 20% des habitants . Se comportant de manière sectaire, il a suscité une rébellion latente des sunnites dans les cinq gouvernorats où ils sont majoritaires) a permis en juin 2014 aux terroristes salafistes dirigés par Abou Bakr Al Baghdadi (autoproclamé calife et imam des Musulmans du monde entier) - qui avait unifié ou éliminé tous les groupes rebelles syriens - d’occuper sans réelle opposition les cinq gouvernorats sunnites d’Irak et de créer ainsi le premier Etat terroriste dans un territoire grand comme la moitié de la France. Le double jeu de la Turquie d’Erdogan, qui maintient sa frontière ouverte avec l’Etat Islamique, permet à Daesh de recevoir des renforts humains et de se ravitailler en échangeant le pétrole brut issu des territoires occupés contre des armes et des munitions.

Le contexte  politique et militaire qui prévaut en Irak fait penser qu’en l’absence d’un réel engagement de la Turquie aux cotés de la coalition, il faudra à Bagdad plusieurs années pour chasser définitivement Daesh de son sol malgré le soutien terrestre de l’Iran et les frappes aériennes conduites par les Etats-Unis.

Cette révolution syrienne, que l’Arabie Saoudite a initiée et soutenue, tend à se retourner contre elle. Daesh, qui contrôle le gouvernorat d’Al Anbar en Irak, dispose aujourd’hui d’une frontière commune de 400 km commune avec l’Arabie Saoudite et a fait part de sa volonté de libérer les lieux saints de l’Islam. Ryad perçoit désormais l’Etat islamique comme une menace, à tel point qu’elle a demandé au Pakistan et à l’Egypte de déployer au moins 30 000 hommes le long de cette frontière. Mais aujourd’hui, avec la guerre au Yémen, cet effet boomerang ne se limite pas à sa frontière Nord (Israël, de son coté, espère tirer les marrons du feu : le Hezbollah engagé en Syrie et au Yémen s’affaiblit, la communauté internationale les yeux rivés sur Daesh lui laisse les mains libres pour poursuivre sa colonisation rampante de la Palestine).

 
Commentaires

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  • Par Benvoyons - 28/03/2015 - 12:31 - Signaler un abus Je suis désolé mais la réaction de l"Arabie et d'autres pays

    musulmans est parfaitement cohérente et nécessaire. Une minorité Chiite proche de l'Iran veut prendre le pouvoir au Yemen avec un port stratégique ( qui donne sur le passage du canal de Suez)et un accès directe avec l'Arabie par la terre. Ce que fait l'Arabie et l’Égypte pour leurs survies est parfaitement normale. L'idée maitresse de l'Iran des Mollah est de prendre l'ascendant Chiite sur les Sunnites. Donc nous avons une guerre d'un pays l'Iran qui veut devenir hégémonique sur l'ensemble des pays Arabo Musulmans avec une autorité religieuse Iranienne totalitaire sur son pays. L'Iran profite des erreurs des Sunnites avec l'aide octroyé à des tarés qui se retourne maintenant contre les mêmes sunnites et chiites et autres religions. Mais laisser les Mollah prendre le pouvoir dans tous les compartiments Musulman serait de la même ânerie que se que nous avons laissé faire avec les Frères Musulmans et autres débiles.

  • Par zouk - 28/03/2015 - 14:03 - Signaler un abus Yemen, Chiites....

    Je n'ai pas l'information nécessaire pour commenter les rivalités intérieures à l'Islam, mais il est clair que la politique de George Bush a mis le feu au Proche Orient, de même que celle de Fr. Hollande nous a fait perdre toute influence dans la région, enfin que Netanayahu joue un jeu extrèmement dangereux en contunuant et peut être accélérant sa politique de colonisation rampante des territoires palestiniens. Mais je regrette que le Gal Pinatel n'aie pas mentionné la menace sur le détroit de Bab El Mandel entre Yemen et Somalie tous deux aux mains de groupes islamistes, même si au Yemen, les rebelles sont chiites. L'alliance contre l'Occident également honni des deux côtés est-elle vraiment impossible?

  • Par Texas - 28/03/2015 - 14:09 - Signaler un abus Ne rien oublier..

    ...du contexte de l' invasion de l' Irak en 2003 . Une fois dépassée , la mystification des armes de destruction massive , la strategie sous-jacente des Etats-Unis consistait probablement à mettre une pression sur les velleités de nucleaire militaire Iranien en glissant simultanément un coin dans les relations Iraniennes avec le Hezbollah chiite Libanais . Le prix payé par l' armée americaine conduisant de fait à son retrait et son remplacement par une créature d'origine multiple ( Frères Musulmans inclus ) comme Daesch . La posture de main tendue de l' administration Obama vers l' Iran ( en cours de tractation ) n' est en fait que le prolongement de ce qui fût entamé en 2003 avec des " prestataires " différents . Dans ces conditions , le noeud Gordien se denouera dimanche à Lausanne ou pas .

  • Par Texas - 28/03/2015 - 14:26 - Signaler un abus Dans ce contexte..

    ...et au regard des relations tendues ( à l' inverse des Republicains )entre l' administration Obama et certaines monarchies du Golfe , la Ligue Arabe n' a plus d'autre choix que de reprendre l' initiative pour contrecarrer l' influence Iranienne par Chiites interposés . La discretion Occidentale , malgré l' importance du détroit de Bab el Mandeb est sur ce point , révélatrice des enjeux en cours sur le futur des relations avec l' Iran .

  • Par Anguerrand - 28/03/2015 - 21:44 - Signaler un abus Partout ou l'islam sévit c'est la guerre, les attentats, la mort

    pour une religion que l'on nous présente encore comme une religion d'amour et de paix, c'est vraiment nous prendre pour des demeurés. En France nous " payons" deja le conflit israélo- palestinien sur notre sol depuis des décennies, on doit encore constater qu'ils s'entretuent entre shiites, sunnites' alaouites et j'en oublie. Pour l'Arabie Saoudid elle paie des positions pour le moins troubles.

  • Par Marie-E - 29/03/2015 - 16:21 - Signaler un abus @zouk et Monsieur Pinatel

    c'est facile de parler à tout propos sur le PO d' Israël encore et encore mais il n'y aurait pas d'extensions d'implantations depuis longtemps si Arafat puis Abbas avaient accepté les négociations comme indiqué sur la feuille de route d'Oslo en particulier avec Barak et Olmert (qui avaient pratiquement tout accepté à l'époque) et vous ne parlez pas d'Abbas qui refuse de négocier et qui veut faire condamner Israël par la CPI. Maintenant le sujet est l'intervention des arabes sous l'égide de l'Arabie Saoudite au Yemen contre les milices soutenues par l'Iran et sur le terrain entraînées par le Hezbollah. Vous voyez pas besoin d'évoquer Israël dans la lutte multiséculaire entre Chiites et sunnites.

  • Par valencia77 - 29/03/2015 - 17:49 - Signaler un abus valencia77

    Pourquoi discuter et faire des analyses? Kill as many as we for as long as necessary, that is when the population of those ass holes is seriously reduced and the rest is sterilised. Pay the french moslem population to join the fight...

  • Par Amouyal - 30/03/2015 - 22:39 - Signaler un abus Cher mr pinatel

    La " palestine" comme vous dites n a jamais existé . Le mandat britannique a donne lieu a un premier partage avec 80% pour les arabes : la jordanie , puis les 20% restants ont ete proposes a la division: mais seuls les juifs ont acceptes en 1948, 1956,1967 ´, donc la palestine n est qu un outil de destruction d Israel aux mains des terroristes , qui d ailleurs ne reclament aucun etat

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Jean-Bernard Pinatel

Général (2S) et dirigeant d'entreprise, Jean-Bernard Pinatel est un expert reconnu des questions géopolitiques et d'intelligence économique.

Il est l'auteur de Carnet de Guerres et de crises, paru aux éditions Lavauzelle en 2014.

Il anime aussi le blog : www.geopolitique-géostratégie.fr

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