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L'Occident mis en échec : quand les émergents disent non aux "guerres du Bien"

L’intervention avortée en Syrie marque un tournant diplomatique majeur. Pour la première fois, les velléités de "guerre du Bien" de l’Occident ont été mises en échec par le front commun des puissances émergentes, Russie et Chine en tête, qui ne tolèrent plus les diktats occidentaux.

La roue tourne

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Les relations internationales se limitent-elles au combat manichéen entre le Bien et le Mal que les dirigeants occidentaux, sous la férule des Etats-Unis, vendent à l’opinion publique depuis la première guerre du Golfe ? A cette dynamique binaire, les puissances émergentes opposent systématiquement une vision géopolitique plus traditionnelle (et plus cohérente) axée autour de leurs intérêts stratégiques et de notions-clés telles que alliés/ennemis, grands équilibres, menaces,…

Mais, des interventions en Irak ou en Lybie, en passant par l’Afghanistan ou le Mali, les protestations des émergents étaient jusque-là restées bien vaines face aux visées bellicistes de l’Occident.

Les menaces de veto régulièrement brandies (et parfois exercées) par la Chine ou la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU ne faisaient que retarder les projets des guerres civilisatrices de l’axe américano-européen.

Comment comprendre dès lors l’impressionnant recul américain (et français) sur la question syrienne ? La défiance des opinions publiques nationales des deux pays est certes un élément de réponse, mais la fermeté de la diplomatie russe, associée au front commun anti-guerre des principales puissances émergentes (du Brésil à l’Inde en passant par la quasi-totalité du continent africain) est sans nul doute l’élément décisif qui a fait reculer Barack Obama.

Pourquoi les Etats-Unis ont-il pour la première fois plié sous la pression des émergents ? L’administration américaine est consciente que le monde a profondément changé et que l’ère de la super-puissance hégémonique US est terminée. Dans un monde multipolaire et globalisé, les Etats-Unis doivent composer avec des partenaires qui ne sont pas toujours des alliés… et accepter d’avaler quelques couleuvres.

L’Amérique omnipotente des Trente Glorieuses (tout comme l’Europe au demeurant) n’est plus qu’une vieille illusion. Avec un quart de sa dette souveraine détenue par la Chine et la grande majorité de ses outils de production délocalisés dans les pays émergents, les Etats-Unis ne disposent plus de beaucoup de leviers pour faire pression sur des pays avec lesquels ils sont intrinsèquement interdépendants.

Et encore, à la différence de l’Europe (même si la France et la Grande-Bretagne font encore illusion), l’Amérique peut se prévaloir de sa puissance militaire. Indispensable mais insuffisant quand on prétend incarner l’ordre moral au niveau planétaire.

La reculade du président Obama sur le dossier syrien démontre d’ailleurs que la suprématie militaire n’est plus suffisante face à des émergents qui prennent progressivement conscience de leur puissance. Et à regarder les courbes respectives de croissance en Occident et dans ces régions, il y a fort à parier que cette tendance ne fasse que s’accroître dans les années à venir.

Le déclin des uns (Etats-Unis et Europe) et la montée en puissance d’autres puissances (Chine, Russie,…) perçues comme non interventionnistes, servent en réalité les intérêts des dirigeants attaqués qui sortent renforcés de leurs bras de fer avec l’Occident. Avant l’exemple syrien, Américains et Européens avaient déjà fait de Mugabe, Chavez ou Ahmadinejad des héros de l’anti-impérialisme.

Mais pire encore, lorsque l’axe occidental intervient militairement… puis se retire aussitôt face à une opposition publique allergique à la guerre, ils abandonnent des pouvoirs fragiles qu’ils ont eux-mêmes "mis en place" ; réduisant à zéro leur légitimité et ouvrant la porte à des guerres civiles sans fin (Irak, Afghanistan, Lybie,…)

 
Commentaires

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  • Par Fiorino - 25/09/2013 - 09:27 - Signaler un abus Et le Qatar et l'Arabie Saoudite?

    Article rempli de haine pour l'occident qui ne tient pas compte que les plus v-at-en guerre dans cette histoire était le qatar et l'Arabie Saoudite, pour le reste la Russie puissance emergente? Elle essaye juste de maintenir sa base en Syrie. Si les américains ne sont pas intervenus c'est parce que c'était pas dans leur interets. Si non un pieds noir qui defend Mugabe sur son site c'est vraiment l'exemple de la culpabilité coloniale française. Il était pour l'OAS dans sa jeunesse et maintenant il courre derrière ce qui chassent du blanc au Zimbabwe.

  • Par ARES - 25/09/2013 - 10:33 - Signaler un abus ...

    Lorsque l on fabrique, que l on vend des armes chimiques à un pays qui ne passera jamais devant la Cour Pénale Internationale c'est identique !! Qui voulait encore d'une guerre dans un pays musulman, l Arabie Saoudite belle hypocrite qui soutenait hollande en promettant des contrats de plusieurs milliards alors qu elle laisse la Syrie extraire du pétrole de son sol !! Cette mm Arabie Saoudite qui attendait de voir notre pays changer de gvt car avec la Droite c'était tendu !! Pour ma part je n'ai vu que des pays voulant imposer leur pouvoir et profiter de faire tomber Bachar El Assad !!

  • Par xeuzuex - 25/09/2013 - 10:43 - Signaler un abus Pas d'accord

    avec cette analyse. Les états-unis restent les maitres du monde rien que par leur puissance militaire démesurément supérieur au reste du monde. La, ils n'étaient pas très motivés, alors si en plus personne ne veut y aller...

  • Par trait0r - 25/09/2013 - 22:30 - Signaler un abus LOL ?

    Quelle blague cet article... et quel tissu d'âneries. La montée en "puissance" de la Russie ? Déficit record, croissance en berne, corruption, modèle social archaïque, seul moteur économique : la vente des richesses de son sous-sol... pour combien de temps ? La montée en "puissance" de la Chine ? Dette record (mais cachée), bilan économique largement falsifié, croissance bidon fabriquée à coup d'investissements improductifs, population sous le joug d'une dictature... Moi je vois une Amérique qui domine le monde par la technologie et la force de la libre entreprise : Apple, Google, Amgen, Tesla Motors, Applied Materials, Boeing, GM et tous les autres. Je vois aussi Blackrock, le fond qui gère près de $4T de fonds, le double des réserves de change de la Chine. Mon petit Ollivier, sors de ta bulle... Les USA ne sont pas en déclin, ils dirigent le monde, encore et pour longtemps. Ils viennent juste de comprendre que cette guerre en Syrie n'est pas justifiée et n'est pas dans leurs intérêts, avec le rapprochement avec l'Iran qui est en train de s'opérer. Tout simplement.

  • Par Glop Glop - 26/09/2013 - 07:02 - Signaler un abus Déclin sans doute pas...

    ... nouvelles sociétés étasunienne et européenne émergentes ça c'est peut-être davantage la réalité. Il y a une donnée très importante qui a changé le monde, c'est internet, ce moyen de communication en temps réel qui fait vaciller la désinformation, remet au goût du jour la ré-information, les peuples se parlent toujours plus sans passer par leurs anciens canaux obligés d'alors: leurs dirigeants. Le Mur de Berlin est tombé en 1989, le changement du monde s'amorçait là. La génération née à partir de ce jour est parente ou sur le point de le devenir. La Guerre Froide, les reliques politico-belliqueuses des conflits de 1945 à 1991, ça ne leur parle pas, pas plus d'ailleurs que le "petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humanité" où nous assistions au retour des astronautes engoncés dans leurs tenues et aussitôt placés en quarantaine. Eux, ils n'ont vu que des "ingénieurs spaciaux" revenus de mission de routine, descendant de leurs navettes, en polo et casquette... et même ces navettes n'existent plus. Le déclin est plutôt pour ces états esclavagistes et rétrogrades que sont le Qatar, l'Arabie Saoudite, et tutti quanti ainsi que le danger qu'ils représentent.

  • Par Glop Glop - 26/09/2013 - 07:14 - Signaler un abus Les nouvelles générations...

    ... rêvent de conquêtes... technologiques... de paix... d'innovations... de bouleversements des anciens modes et anciennes vérités... Les guerres ne sont pas leurs attentes même si ces affaires reviennent toujours en pleine poire un jour ou l'autre. Ils analysent autrement, et se disent sans doute que des choses comme le nazisme n'aurait jamais eu lieu s'il n'avait pas été tenté de mettre en esclavage et en ruine économique une Allemagne aux fortes compétences industrielles, technologiques et bien d'autres choses. Les Allemands se sont très certainement laissés inspirés parce qu'ils étaient devenus les parias de tout un continent et non pas par bellicisme comme il nous était seulement enseigné. Les pages se tournent, tout se redessine, tout se re-décide, et il faut arrêter de croire que les Etasuniens, les Russes, les Européens sont les mêmes que ceux d'hier et d'autrefois. Nos origines sont désormais et souvent de plusieurs peuples d'un même continent. La pensée change avec... surtout quand on me parle de colonialisme alors qu'aucun de mes ancêtres ne vient d'un état colonial.

  • Par Leucate - 26/09/2013 - 12:48 - Signaler un abus la "fin de l'histoire" MDR !

    A la chute de Maman Ourse et du communisme en Europe, Francis Fukuyama avait annoncé "la fin de l'histoire" en concluant que la démocratie et le libéralisme n'auront désormais plus d'entraves et que la guerre devient de plus en plus improbable. La démocratie libérale satisfait seule le désir de reconnaissance, qui serait l'essence absolue de l'homme. MDR ! A quoi Samuel Huttington avait répondu par "le choc des civilisations". Le fait est que, de la chute du mur de Berlin à 2012, les USA et ses vassaux européens eurent le loisir de lancer plusieurs opérations militaires en Yougoslavie, Irak, Afghanistan, Libye en ignorant souvent l'ONU et sans le contrepoids de pays puissants que sont la Russie et la Chine. La Russie, après avoir purgé son économie en 1998 redevient un grand pays doté d'une armée puissante et moderne, pareil pour la Chine qui s'est mis à l'économie de marché à la mort du Génial Timonnier sous la conduite du réformiste Teng Siao Ping. On en revient au monde bi ou multipolaire d'avant 1990 Il y a donc toute une génération de politiques, de diplomates qui devra apprendre à penser et à analyser comme leurs anciens de l'époque de la guerre des Blocs.

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Jean-Yves Ollivier

Jean-Yves Ollivier est un homme d’affaires français engagé depuis plus de quarante ans en Afrique qui, au-delà de ses activités commerciales, a entrepris de nombreuses médiations de paix.

 

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