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"Nouvelles routes de la soie" contre "Make America Great Again" : Chine ou États-Unis, qui gagnera le match du 21e siècle ?

Les deux pays s'affrontent avec de nouvelles stratégies.

Confrontation

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"Nouvelles routes de la soie" contre "Make America Great Again" : Chine ou États-Unis, qui gagnera le match du 21e siècle ?

Deux nouvelles stratégies se partagent le monde : chinoise et américaine. Avec Xi Jinping, la Chine entend, depuis cinq ans, ouvrir et nouer partout des « routes de la soie » à partir de ses villes, gares, ports et aéroports, pour aller vers l’Europe, notamment en Allemagne et en Angleterre (post-Brexit). En même temps, elle n’exclut pas un détour par l’Afrique, pour y trouver terres agricoles, métaux et plus encore ces « terres rares » (scandium, ytrium…), décisives pour le numérique ! L’idée chinoise est, officiellement, de nouer des partenariats économiques mutuellement avantageux entre les pays émergents, qu’elle entend représenter, et les pays industrialisés, auxquels elle veut les présenter.

Avec Donald Trump, les États-Unis sont entrés dans une nouvelle stratégie. Elle se veut bien sûr mondiale elle aussi, mais part du renforcement des Etats-Unis sur le territoire national. Ensuite, parce qu’ils auraient plus de croissance interne, plus d’innovations, un site industriel plus efficace, ils seraient moins déficitaires en termes de commerce extérieur. Ils seraient alors mieux à même de recouvrer leur puissance antérieure, puis de s’étendre à partir d’une base plus stable.

Au fond, la Chine entend renforcer sa projection externe, en la rendant moins dépendante des exportations aux Etats-Unis, grâce à d’autres relations. Et les Etats-Unis veulent, eux, se ressourcer en interne, pour mieux repartir en externe. Ces deux politiques ont deux points communs : la course aux armements, pour mieux assurer la paix mondiale évidemment, la course aux endettements, pour tout financer. La Chine croît ainsi à 6,8 %, avec un crédit qui augmente de 13%. Sa masse monétaire est désormais égale à 2,3 fois son PIB, contre 0,9 fois pour les Etats-Unis et 1,3 pour la zone euro. La course américaine à l’endettement passe par les obligations publiques. La dette publique américaine représente 1,05 fois le PIB américain, contre 0,46 fois le PIB chinois pour la dette publique chinoise. Le point faible chinois est la dette bancaire, l’américain est la dette obligataire.

D’où les questions voisines, derrière ces deux stratégies : quelle est donc la qualité de ces crédits chinois, qui achètent la dette publique américaine, jusqu’à combien et jusqu’à quand ? Que vaut le crédit de l’un, qui achète celui de l’autre ?

Sans trop le dire, la Chine est très inquiète de la montée de ses crédits. Le FMI parle même de « zombies crédits » faits par des « zombies banques » à des « zombies entreprises », privées et publiques, « zombies connectivités locales » et « zombies ménages ». La montée du crédit ces dernières années, notamment depuis deux ans, est évidemment derrière la croissance maintenue de la Chine, au moment même où elle change de stratégie économique. En effet, décider d’exporter moins vers les Etats-Unis (notamment), de faire monter le Yuan et de soutenir la demande interne implique nécessairement moins de croissance, la productivité augmentant moins vite dans les entreprises de biens de consommation et de services que dans les entreprises de biens industriels exportés, sauf si on soutient le tout à crédit. Mais c’est aussi plus risqué pour les exportations industrielles, d’acier notamment, taxées comme faisant du dumping aux Etats-Unis et en zone euro. Ces entreprises chinoises doivent alors réduire leur voilure ou fermer, ce qui fait apparaître des crédits « compromis ». Même chose avec les dépenses d’infrastructures ou avec les projets immobiliers de certaines collectivités, souvent pharaoniques et de piètre qualité. Là encore, les crédits sont « compromis ». Même chose quand des entreprises chinoises s’endettent à l’intérieur pour acheter à l’extérieur des entreprises, des hôtels de grand luxe, des demeures de prestige, toutes au plus haut de leurs prix, donc avec une rentabilité fragile malgré des taux d’intérêt bas (qui monteront).

 
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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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